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La tombe de Blanche d’Antigny, la Nana de Zola

Blanche d'Antigny | ©Society of Swedish Literature in Finland / CC-BY
Lieu de sépulture Funérailles Cimetière du Père-Lachaise

Blanche d’Antigny, actrice et courtisane, inspire à Emile Zola son personnage de Nana. Elle repose au Père-Lachaise, division 36 !

Nana / Blanche

L'enfance, la vie, la mort de l'héroïne de Zola font écho à celles de Blanche d'Antigny.

Mêmes origines populaires (moins miséreuses pour Blanche), mêmes débuts de courtisanes, mêmes succès fulgurants sur scène.

Viennent la vie d'oiseau de nuit dans les restaurants chics, l'argent, les grands couturiers, les rivières de diamants...

La dégringolade, ensuite, où la vie se révèle bien amère : l'une comme l'autre finissent sans un sou en poche. Elles succombent aussi toutes deux à une maladie qui les défigure.

L’histoire de celle qui se cache derrière Nana, Blanche d’Antigny

De la Brenne à Paris

Notre histoire commence à Martizay, au cœur de la sauvage Brenne berrichonne.

Marie-Ernestine Antigny y naît, en 1840. Son père, Jean, est menuisier, sa mère Eulalie Guillemain, ménagère.

Elle quitte son Indre natale toute jeunette pour la capitale. Guy Vauzat écrit dans sa Blanche d'Antigny, actrice et demi-mondaine (1933) :

« Elle avait le diable au corps. Son sang bouillonnait dans ses veines, toute sa nature exubérante se cabrait. C’était un véritable boute-en-train. »


A Paris, on la retrouve à deux doigts d’entrer au couvent… noooon… elle ? Impossible !

Comme le cheval qui s’ébroue, elle se ravise, devient d’abord vendeuse en mercerie rue du Bac.

Ca manquerait pas un brin d’aventures, tout ça ?! La petiote de 16 ans n’a pas quitté son Berry pour ça, tout de même ?

Rassurez-vous... De simple écuyère (elle apprend le métier avec un amant roumain qu’elle suit à Bucarest), elle devient courtisane.

Elle s’impose avec sa beauté blonde à la peau diaphane et aux yeux verts. Une cocotte, quoi, comme on dit…


Blanche d'Antigny

Blanche d'Antigny | ©Musée Carnavalet / CC0

La Russie...

Et puis, tiens, Blanche se dit un jour qu’elle ferait bien un tour en Russie, au bras du diplomate russe qu’elle a séduit, Alexandre Gortchakov, 65 printemps.

Elle ? Elle a 22 ans, elle est pétillante, elle fait tourner toutes les têtes, là-bas, et devient Blanche d’Antigny : crac, notre Berrichonne a gagné une particule, vous avez vu ?

Mais la tsarine fait expulser du pays celle qui a eu une conduite très peu orthodoxe… oui, un comble en Russie !

... puis Paris, encore !

Retour en France en 1865 : Blanche, devenue riche à millions, use de tous ses charmes pour monter sur les planches, après une formation express de comédienne : la voilà à l’affiche des opérettes d’Offenbach.

Un succès ! Est-elle bonne actrice, au moins ?

Bof, car comme dit Barbey d’Aurevilly : « Ce n’est pas une actrice, c’est une intrigue. Ses diamants jouent mieux qu’elle » !

Nana, Zola, les Rougon-Macquart

Nana

Alors, voyons un peu Zola et sa fresque monstre, sa saga des Rougon-Macquart ou Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire !

Tout est dans le titre… ladite saga comprend 20 romans, publiés entre 1871 et 1893 !

Nana, le 9e, paraît en 1880. Celui-ci retrace le parcours éphémère de l’héroïne, comédienne et courtisane, de ses débuts miséreux à sa chute finale, en passant par ses succès sur scène.

Nana, c'est la fille de Gervaise et de Coupeau, les héros de L’Assommoir.


Blanche d'Antigny

Blanche d'Antigny | ©Musée Carnavalet / CC0

La mort de Nana, tout un symbole

La mort horrible du personnage de Zola, seule, dans une chambre d’hôtel, frappe fort, symboliquement parlant : elle représente la fin du Second Empire, avec le début de la guerre franco-prussienne !

Nana meurt de la variole. Une maladie qui se caractérise, entre autre, par une impressionnante éruption cutanée sous formes de pustules remplies de pus.

Justement, voilà la fin de Nana, par le grand Emile :

« Nana restait seule, la face en l’air, dans la clarté de la bougie. C’était un charnier, un tas d’humeur et de sang, une pelletée de chair corrompue, jetée là, sur un coussin. Les pustules avaient envahi la figure entière, un bouton touchant l’autre.
« Et, flétries, affaissées, d’un aspect grisâtre de boue, elles semblaient déjà une moisissure de la terre, sur cette bouillie informe, où l’on ne retrouvait plus les traits.
« Un œil, celui de gauche, avait complètement sombré dans le bouillonnement de la purulence ; l’autre, à demi ouvert, s’enfonçait, comme un trou noir et gâté. Le nez suppurait encore.
« Toute une croûte rougeâtre partait d’une joue, envahissait la bouche, qu’elle tirait dans un rire abominable.
« Et, sur ce masque horrible et grotesque du néant, les cheveux, les beaux cheveux, gardant leur flambée de soleil, coulaient en un ruissellement d’or.
« Vénus se décomposait. Il semblait que le virus pris par elle dans les ruisseaux, sur les charognes tolérées, ce ferment dont elle avait empoisonné un peuple, venait de lui remonter au visage et l’avait pourri. »


La tombe de Blanche

La tombe de Blanche | ©Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons / CC BY-SA

La mort et les funérailles de Blanche

La mort de Blanche d'Antigny

C’est une Blanche complètement ruinée, poursuivie par ses créanciers, délaissée par ses amis, qui s'éteint au 93 boulevard Haussmann, le 28 juin 1874, à 34 ans.

Son agonie inspire donc fortement Emile Zola pour mettre en scène la mort de Nana...

Mais contrairement à son héroïne que la variole emporte, Blanche succombe de « fièvre typhoïde compliquée d’une phtisie galopante » (La Liberté du 30 juin 1874).

Tout comme Nana, la maladie la défigure, la laissant méconnaissable. Terrible, pour la belle devant qui le Tout-Paris s'agenouillait !

Elle meurt seule, dans une chambre d'hôtel déserte et silencieuse...

Les funérailles au Père-Lachaise

Le quotidien La Liberté (1/07/1874) rapporte :

« La levée du corps a été opéré à deux heures précises, et le convoi s’est aussitôt dirigé vers l’église Saint-Augustin, où a été célébré le service funèbre. L’enterrement était de deuxième classe.
« Le convoi se composait de 6 voitures de deuil, 17 voitures de maître, et une quinzaine de voitures de remise venaient ensuite.
« M. Dantigny, père de Blanche, conduisait le deuil, et venait le char funèbre où était placé le cercueil, entièrement couvert de couronnes de fleurs naturelles.
« Venaient ensuite une cinquantaine de dames et une nombreuse assistance, que l’on peut évaluer à mille personnes, au moins. »


On doit la construction de la chapelle où repose Blanche au Père-Lachaise à son amie comédienne Caroline Le Tessier : une tombe aujourd’hui tristement à l’abandon…

À propos de l'auteure

Vinaigrette

Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !