La raison de la présence d'une statue de la Liberté à Gourin : l'étonnante histoire de ces Bretons partis en Amérique du Nord

De 1881 à 1970

Statue de la Liberté, New YorkStatue de la Liberté, New York | ©Frankieleon / Flickr / CC-BY

Gourin, c'est une petite ville de 4000 habitants aux confins du Morbihan, du Finistère et des Côtes-d'Armor. De 1881 à 1970, près de 11 000 Bretons de Gourin et ses environs, dans cette région des Montagnes Noires, se sont exilés en Amérique du Nord : les États-Unis, mais aussi, il ne faut pas l'oublier, le Canada.


Voilà pourquoi l'on trouve à Gourin une réplique de la statue de la Liberté !

1881 : le départ outre-Atlantique du premier Breton

Le mouvement d'émigration outre-Atlantique a été lancé en 1881, avec un certain Nicolas Le Grand. Ce petit tailleur de vêtements de Roudouallec (Morbihan) décide de tout quitter pour vivre le rêve nord-américain.


Tour à tour bûcheron au Canada, fermier, ouvrier métallurgiste et cheminot aux États-Unis 4 ans durant, il revient finalement au pays devant des habitants médusés : comme il n'avait pas pu donner de nouvelles, on le croyait mort, dévoré... par les Indiens !

Les Bretons aux États-Unis

À la suite de Nicolas Le Grand partent les petits commerçants, les artisans pauvres, puis les fermiers. Sur la côte Est américaine, les hommes deviennent jardiniers, leurs épouses femmes de chambre.


On les trouve également dans les usines comme Ford. Dans les années 1950, c'est surtout dans le « travail de cuisine », dans les hôtels, que l'on retrouve nos Bretons. En concurrence avec Portoricains et Chinois !


Dès 1928, on dénombre à New-York environ 3000 habitants originaires de Gourin. 400 d'entre eux directement employés par Michelin : établie en 1901 au sud de New-York, cette célèbre société recrutait de façon privilégiée les Bretons...

L'émigration bretonne à son plus haut niveau dans les années 1950

C'est essentiellement à la fin des années 1950 que Gourin et ses environs se vident, devenant le siège de l'émigration bretonne.


Rien qu'entre 1946 et 1955, 747 émigrants quittent Gourin (soit 13,4% de la population) : pour la plupart d'entre eux, vers les États-Unis. Seule la Seconde Guerre Mondiale a temporairement freiné cet exode massif.


Au plus fort de cette période, 3 agences de transports, dont la Cunard Line, la Compagnie Générale Transatlantique et Air France, avaient leurs sièges à Gourin et ses communes voisines, afin de mieux organiser les départs !

Retour aux sources, à Gourin !

Le premier retour des émigrants bretons dans leur commune natale a lieu entre 3 et 10 ans après leur départ. Et de retour en Bretagne, tous apportent avec eux la langue anglaise, les habitudes, bref... l'American way of life !


Gourin devient ainsi le « pays des Américains. » On y entend parler anglais, il n'est pas rare de voir de grosses voitures américaines rouler sur les routes de campagne. Chaque famille de la région possède au moins un de ses membres aux États-Unis.

Les États-Unis, c'est bien... mais quid du Canada ?

Dans la région de Gourin, l'émigration au Canada ne prend de l'importance que vers 1902-1905. Ce sont d'abord des hommes seuls, puis des familles entières, qui partent vers l'inconnu. Ils y deviennent bûcherons ou ouvriers agricoles.


Ils forment des colonies : à l'image de Gourin-City... fondée par un habitant de Gourin, Yves Ulliac ! La localité, dans la province de l'Alberta, a été formée avec des familles venues de Gourin, de Langonnet et des environs.

Le saviez-vous ?

Certains Gourinois reviennent au pays plus riches qu'ils n'étaient partis ; d'autres ne sont jamais revenus au pays natal. On estimait, en 2024, à 5000 le nombre de descendants de Gourinois exilés habitant encore New-York.


C'est ainsi que l'on trouve le Stade brestois, à New-York, fondé par un Gourinois en 1955 !

Sources

Bernard LysianeL'émigration « américaine » de la région de Gourin et ses conséquences géographiquesInstituts de géographie des Facultés des lettres de Caen, Rennes et PoitiersRevue Norois (n°34, avril-juin 1962)

Commune de GourinLa statue de la LibertéSite officiel de la commune de Gourin, gourin.bzh

JeffNicolas Le Grand, l’un des « premiers » à partir...Association Bretagne TransAmerica, bretagnetransamerica.fr, 08/09/2022

Jeff5 000 Bretons à New York » : à Gourin, le musée américain garde vive la mémoire de l’émigrationAssociation Bretagne TransAmerica, bretagnetransamerica.fr, 27/08/2024