La prison de la Tournelle, bouche de l'Enfer de Paris

De 1634 à 1790

Porte St-Bernard et la TournellePorte St-Bernard et la Tournelle | ©Internet Archive Book Images / Public domain

D'où le pont de la Tournelle tient-il son nom ?

Chaînes et tours

Tournelle ? Une tour carrée de l'enceinte médiévale de Philippe Auguste construite vers 1185... qui se trouvait à l’angle du pont actuel, sur le quai de la Tournelle.

La tour défend le passage de la Seine avec une autre tour située dans l’île Saint-Louis, la tour de Loriot.

On a attaché à ces tours, devinez quoi... des chaînes.

D'énormes chaînes qui traversent le fleuve, pour empêcher le passage des bateaux.

Et c’est à partir de 1632 que le roi choisit la Tournelle pour mettre en prison les condamnés aux galères.

Des prisonniers en attente du départ pour le bagne de Toulon, de Rochefort ou de Brest.

Un voyage qui s'effectue deux fois par an, en mai et septembre.

Pont de la Tournelle et porte St-Bernard (1745-75)Pont de la Tournelle et porte St-Bernard (1745-75) | ©Rijksmuseum / CC0

La fée édentée

Avant, les galériens croupissaient à la Conciergerie dans des conditions immondes… avant leur transfert à La Tournelle. Merci qui ?

Merci saint François de Paule, témoin de leur quotidien inhumain et qui intervient auprès du roi.

Alors, oui, les conditions de détention sont meilleures, à la Tournelle.

Mais ce n’est pas Byzance non plus !

Pendant les crues de la Seine, les prisonniers ont de l’eau jusqu’au milieu du corps, dans les cachots.

La prison de la Tournelle se transforme en

« un cloaque d’où partaient comme d’une bouche de l’enfer, à toutes les heures du jour et de la nuit, des cris, des imprécations et des jurements affreux. Des cliquetis de chaînes, car les condamnés, parqués 5 par 5 dans d’étroits cabanons, avaient les fers aux pieds et aux mains, se mêlaient constamment à des rugissements féroces ou à des refrains obscènes. Objet de terreur pour les criminels, objet de crainte et de dégoût pour les citoyens, cette prison de la Tournelle, accroupie sur les bords du fleuve comme une fée édentée et malfaisante, semblait receler dans son giron de pierre tous les instincts immoraux de la populace de Paris. »

La prison ferme en 1790 et la porte de la Tournelle se fait démolir.

Sources

  • Amédée de Bast. Les galeries du Palais de justice de Paris (tome 4). 1851.
  • Jacques Hillairet. Connaissance du vieux Paris. Éditions Princesse, 1963.
  • Pierre Hurtaut. Dictionnaire historique de la ville Paris et de ses environs. 1779.