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La première bachelière de l'histoire de France est vosgienne !

Quand : 24 mars 1824

Victoire Daubié | ©Limédia Galeries / Public domain
Maison Manufacture royale de Bains-les-Bains

Julie-Victoire Daubié est née ici, au sein de la manufacture royale de Bains-les-Bains, en 1824.

Source : Annales de la Société d’émulation du département des Vosges, LXIXe année, 1893.

Naissance à la manufacture

Julie-Victoire Daubié naît le 24 mars 1824. Dans une petite maison au cœur de la manufacture royale de Bains-les-Bains !

Une ferblanterie fondée en 1733.

La majorité des bâtiments qui la compose a été construite à cette époque : la chapelle, la halle au charbon, le château, les logements des ouvriers, ceux des contremaîtres ou du mécanicien...

Son papa, Jean-Nicolas-Bernardin Daubié, occupe alors le poste de caissier de la manufacture.

Sa maman, Marie-Victoire Coleuille, s’occupe des huit enfants : Julie est la plus jeune de la fratrie.

A la mort de son père en 1825, la petite a 20 mois. Elle passe son enfance à la manufacture.

A 12 ans, elle lit un compliment au directeur, le jour de Noël. Le passage suivant est le révélateur d’un sacré caractère...

« Puisque c’est Noël et la naissance du Dieu des pauvres, je voudrais dire au directeur que sucre et café une fois l’an, n’empêche pas les ouvrières d’avoir faim le reste du temps... »
(Vu sur le site officiel de la manufacture royale de Bains-les-Bains, bainsmanufactureroyale.eu)


Vue générale de la manufcature

Vue générale de la manufacture | ©Ji-Elle / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Des portes à franchir

L’objectif de Victoire, assez rapidement ? Apprendre ! Apprendre pour passer le brevet de capacité (brevet d’enseignante), d’abord, qu’elle obtient à 20 ans.

Mais ça ne lui suffit pas. Le baccalauréat, voilà la prochaine étape !

Elle travaille comme une damnée, apprend grec et latin (indispensable alors) avec l’aide précieuse de son frère Florentin, curé de Bazegney.

Seulement, les lourdes portes de l’Université sont fermées aux femmes.

Idem pour la Sorbonne : les professeurs et même le ministre de l’Instruction publique ne veulent pas d’une femme dans leurs rangs !

Victoire s’adresse alors à la faculté de Lyon, où elle trouve un immense soutien en la personne de l’un des professeurs, François Barthélémy Arlès-Dufour.

Cet homme d’affaires humaniste (oui, ça existe) est très attaché à l’égalité homme-femme.

Entre autres choses, il accole le nom de sa femme au sien, le jour de son mariage, fonde et préside également l'Association pour l’émancipation progressive de la femme...


Sa maison natale

Sa maison natale | ©Ji-Elle / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Bachelière à 37 ans !

Finalement, le ministre finit par céder en la faveur de Julie-Victoire Daubié : le 17 août 1861, elle passe son examen devant la faculté lyonnaise.

Ça y est : elle était devenue la première bachelière de France, à 37 ans !

Victoire écrira plus tard dans son livre La femme pauvre au XIX siècle :

« Le baccalauréat est la clef de tous les emplois qu’il faut ouvrir aux femmes dans les chartes, dans les lettres, dans les sciences, etc. N’arrêtons donc aucune intelligence et ne nous laissons pas gouverner plus longtemps par les préjugés qui nous ont été si funestes.
« Est-ce à dire que cet enseignement transformera les femmes en hommes ? Eh, mon Dieu, elles pourraient partager les occupations de nos bacheliers déclassés sans devenir pour cela des amazones très redoutables.
« Mais quoique je ne désire nullement les faire sortir de leur sphère, je ne connais aucune limite à leur droit ; les sciences les plus ardues ont été cultivées avec succès par des femmes, et le baccalauréat ès sciences serait aujourd’hui l’objet de l’ambition de plusieurs de nos aspirantes institutrices, si elles trouvaient pour s’y préparer les mêmes facilités que les jeunes gens.
« Telle leçon inintelligible pour telle femme ne l’est point pour telle autre. Les femmes ne suivront pas les cours qui ne leur seraient point profitables Leurs détracteurs après avoir respecté leurs droits auront la satisfaction de les voir dans la position d'un paralytique à qui on n’interdit pas le concours pour les prix de la course. »


A partir de ce moment, tout va très vite : Victoire devient journaliste, et surtout (car plus rien ne l’arrêtait maintenant), elle prépare sa licence qu’elle passe brillamment à la Sorbonne, le 28 octobre 1871.

Elle devient là encore la première licenciée ès lettres de France, les cours à la Sorbonne étant interdits aux femmes jusqu’alors !


La femme pauvre au XIXe siècle (édition de 1870)

La femme pauvre au XIXe siècle (édition de 1870) | ©Limédia Galeries / Public domain

Un doctorat, et puis...

Retirée à Fontenoy-le-Château (88), Victoire préparait son doctorat, quand la mort la cueille brusquement un jour d'août 1874, à l’âge de 50 ans.

Elle avait eu le temps d’écrire La question de la femme, Manuel du jeune homme, La tolérance légale du vice et surtout, La femme pauvre au XIXe siècle (premier prix en 1859 du concours de l’Académie des sciences et arts de Lyon).

Une décision ministérielle du 26 février 1873 interdit ces trois premiers ouvrages à la vente au colportage : on les considérait comme dangereux du point de vue social...

Rendez-vous compte, quelle horreur, une femme qui pense !

A sa mort, Victoire planchait sur un cinquième livre, pour sa thèse de doctorat : La femme dans la société romaine.

Julie-Victoire Daubié a bien sûr été une grande militante pour le droit des femmes.

Elle fait partie de plusieurs associations (Commission de l’enseignement communal, Ligue internationale et permanente de la paix), elle est vice-présidente de l’Association pour l’émancipation progressive de la femme.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !