La naissance des Archives nationales s'est jouée à Fréteval

La tour de FrétevalLa tour de Fréteval | ©Daniel Jolivet / Flickr / CC-BY

Près du château de Fréteval a eu lieu cette bataille qui signe un acte fondateur : la création des Archives nationales !

Philippe Auguste VS Richard Cœur de Lion

Aaah, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion… une vieille histoire, ces deux-là !

Un conflit entre Capétiens et Plantagenêts qui a commencé en 1159. Bisbille entre Anglais et Français, pour changer…

Quand commence cette histoire, Richard se trouve emprisonné en Allemagne, de retour de croisades.

Philippe en profite pour attaquer les terres de son ennemi, dans le nord de la France.

Jean sans Terre, le frère de Richard, finit par proposer une trêve, un traité au Français : il lui donne tout le Vexin normand et le coin d’Évreux.

Mais Richard se fait libérer en 1194, surprise. Hop, le revoilà qui débarque en Normandie, bien décidé à reconquérir ses terres !

Hé oui, effectivement : celles que son frère a donné au roi ennemi pendant son absence. Raaah, le félon !

La tour de FrétevalLa tour de Fréteval | ©Daniel Jolivet / Flickr / CC-BY

Oh, le traître !

Retour oblige, le frangin en question se retrouve tout bête et doit quitter le côté français pour se rallier à Richard, la queue entre les jambes.

Non sans avoir, avant, trahi les Français...

La Philippide raconte :

« Il invita à un festin tous les Français qu’il put trouver à Évreux. Le prince après les avoir rassemblés dans un seul château où ils croyaient se réunir pour dîner, appela tout à coup ses Anglais ; du sein de leur retraite les lança sur ses convives désarmés et enveloppa trois cents hommes dans un même massacre. Il ordonna ensuite d’attacher à des piques brûlantes les têtes des victimes de sa lâche félonie, et les promena tout autour de la ville, afin d’ajouter s’il était possible à la douleur du roi par une action si monstrueuse. »

Philippe Auguste contre les Anglais (Chroniques de St-Denis)Philippe Auguste contre les Anglais (Chroniques de St-Denis) | ©The British Library / Public domain

Richard se rebiffe

En attendant, Richard parvient à reprendre ses terres normandes, puis fonce vers l’Anjou, le Berry, la Touraine.

Ensuite, en juin 1194, il met le cap sur Loches, puis Amboise. Viennent Fréteval et Vendôme.

Philippe a vent que son ennemi fait la razzia de ses terres, en Val de Loire… l’occasion de le rejoindre pour en découdre est trop forte !

Il faut d’abord reprendre Vendôme, qu’il croit mal fortifiée. Mon œil ! Il se heurte à une garnison anglaise plutôt coriace.

Nous sommes le 4 juillet 1194. Philippe se mord les lèvres. Il doit renoncer à s’attaquer à Vendôme...

Lui et ses hommes n’ont plus qu’à se replier.

Ils filent le long du Loir pour s’arrêter vers la mi-journée non loin de Fréteval, dans un lieu dit Beaufour, au milieu des bois.

Histoire d’entendre la messe et de manger un morceau pour le déjeuner.

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Attaque surprise

Une file interminable de lourds chariots suit Philippe Auguste non stop : oui, à l’époque, le roi de France ne se déplace jamais sans son Trésor et ses archives.

Guillaume Le Breton donne la liste des biens ; le convoi se compose :

  • de chariots remplis d’armes, de tentes, de lits ;
  • des ustensiles de cuisine, plus la vaisselle d’or et d’argent du roi ;
  • son sceau pour sceller lettres et chartes ;
  • des tonnes d’or correspondant aux impôts, les registres du fisc...

Hé bien, tout ce petit monde se fait brusquement attaquer par Richard.

Surpris par la vitesse de l’attaque, certains fuient, en s’enlisant dans les marécages ou en se noyant dans le Loir, en voulant traverser à la nage. Ça commence bien !

Tout le reste du convoi est fait prisonnier ou tué.

Mais surtout... le roi de France perd, en plus de son armée, ses archives, son trésor et son sceau !

Tout sera déposé dans la tour de Londres !

Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion (Chroniques de St-Denis)Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion (Chroniques de St-Denis) | Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion (Chroniques de St-Denis) | ©The British Library / Public domain

Les archives sont nées !

Pour éviter qu’une telle catastrophe se reproduise, Philippe Auguste fait désormais conserver ses archives en lieu sûr, au Louvre. Elles deviendront plus tard Archives nationales.

Il confie la tâche de recomposer le trésor royal à son chambellan Gautier de Nemours, ainsi qu'à Garin, plus tard évêque de Senlis, puis garde des sceaux.

Une fonction qui voit alors le jour… un titre que conserve encore aujourd’hui le ministre de la Justice !

C’est aussi à l’époque que se forme le célèbre Trésor des chartes, que saint Louis dépose ensuite dans la Sainte-Chapelle du palais de la Cité.

Sources

  • Louis-Phocion Todière. Philippe Auguste. 1874.
  • Jules de Pétigny. Histoire archéologique du Vendômois. 1845.
  • Henri-Léonard Bordier. Les archives de la France. 1855.