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La mort et les funérailles de Mlle Rachel

Tombe de Rachel | ©Touron66 / CC-BY-SA
Lieu de sépulture Cimetière du Père-Lachaise

Rachel, la grande tragédienne « qui très probablement ne sera jamais remplacée », dit Le Figaro du 7/01/1858, repose au Père-Lachaise.

La mythique Rachel

La plus grande tragédienne du XIXe siècle, modèle de Sarah Bernhardt !

Née Elisabeth-Rachel Félix de parents colporteurs sans le sou, dans la misère, elle erre de ville en ville à mendier et chanter, tandis que son père l’accompagne à la guitare.

Miséreuse, maigre, analphabète, la petite Rachel arrive à Paris en 1831 et prend des cours de musique puis d’art dramatique.

En 1838, après une audition, on l’embauche au Théâtre-Français. Elle n’a que 17 ans.

Son succès est immédiat. Racine, Corneille… elle enchaîne les tragédies antiques. Elle innove, casse les règles !

Sa mort

Rachel meurt des suites « d’une maladie des poumons, d'épuisement, d'étisie » rapporte Le Figaro, au Cannet, en 1858.

Elle avait 36 ans seulement.

Elle repose dans le carré juif du Père-Lachaise, division 7, aux côtés de sa sœur Adélaïde, dite Lia.


Rachel (William Etty, 1845)

Rachel (William Etty, 1845) | ©York Museums Trust / Public domain

Scandale sur le lit de mort de Rachel !

En 1858, le portrait dessiné de la tragédienne sur son lit de mort est publié dans un journal, sans autorisation de sa famille.

Un portrait normalement réservé aux proches, exclusivement...

Or, le peintre Frédérique O’Connell se procure ledit dessin et en fait une esquisse au fusain, ensuite reproduite dans le journal L’Illustration.

La famille attaque le journal. Le tribunal civil de la Seine se saisit de l’affaire.

Une grande première en France dans le domaine du droit à l’image !

Le procès s’ouvre en juin 1858. Au terme de plusieurs jours, le substitut du procureur tranche en faveur des Félix.

Toutes les images incriminées devront être détruites et la peintre est condamné à payer 5000 francs de dommages et intérêts.

En France, cette jurisprudence est toujours valide !


Rachel sur son lit de mort, d'après O’Connell

Rachel sur son lit de mort, d'après O’Connell | ©Austrian National Library (ÖNB) / Public domain

Les funérailles au Père-Lachaise

Un cortège de 20 000 personnes suit la dépouille mortelle de la tragédienne, en ce jour sombre et pluvieux de janvier 1858.

Alexandre Dumas relate les obsèques dans son journal Le Monte-Cristo.

Ce sont les textes qui suivent !

L'antichambre place Royale

Le cercueil de Rachel « fut introduit dans ce vaste appartement de la place Royale qu'elle avait loué tout exprès, disait-elle (avec un sourire !) pour que ses amis y fussent à l'aise le jour de ses funérailles », raconte Rachel et la tragédie de Jules Janin (1861).

« Les obsèques étaient indiquées pour 11 heures du matin. Dès 8 heures, la place Royale était encombrée.
« A 11 heures, lorsque nous nous sommes présenté pour entrer dans la maison mortuaire, non seulement les colonnades de la place Royale, non seulement l'immense voie quadrangulaire qui la longe sur ses quatre faces, étaient inabordables, mais les arbres du square étaient chargés de curieux.
« Avec des peines inouïes, et une persistance qui n'était pas sans danger, nous sommes arrivés à pénétrer dans la cour. En ce moment seulement, un détachement de gardes municipaux à pied et à cheval arrivait.
« M. le préfet de police n'avait pas eu l'idée qu'une pareille foule vint rendre hommage à une simple artiste, quand tous les jours sans encombrement on enterre des généraux et des ministres. »

Vers le Père-Lachaise

« Vers une heure à peu près le convoi partit. Il était précédé de 11 gardes municipaux à cheval, escorté d'une trentaine dé gardes municipaux à pied. Le char funèbre était traîné par 6 chevaux richement et tristement caparaçonnés, noir et argent.
« Il y avait littéralement haie sur 5 et 6 personnes de hauteur, depuis la place Royale jusqu'au cimetière du Père-Lachaise. Quant au cimetière, il était encombré.
« Au cimetière, après avoir fait 100 pas à peu près en droite ligne, et 50 pas après avoir tourné à droite, le corbillard s'arrêta.
« Il s'arrêtait pour laisser porter à bras le cercueil jusque dans le cimetière Israélite, séparé du cimetière chrétien par une muraille et par une grille.
« Là, tous les efforts des gardes municipaux présents furent impuissants à maintenir la population, qui se précipita ardemment pour se mêler aux 3 ou 4000 mille personnes qui accompagnaient lé corps depuis la maison.
« Un garde municipal fut renversé, son fusil lui échappa des mains. »

Englouti par la foule !

« La brèche était faite. Il y eut un instant oppression et étouffement, dans une allée de trente pieds de large, comme la chose pourrait avoir lieu dans un couloir d'un ou deux mètres. L'enclos d'un petit jardin fut brisé. 50 ou 60 personnes y furent entraînées. J'étais de celles-là.
« Pendant ce temps la grille s'était fermée. 500 personnes à peine avaient pu suivre le corps. 30000 personnes peut-être restaient de l'autre côté de cette grille.
« Le corps, enfermé dans une bière nue en noyer, fut déposé dans la terre. La religion israélite, dans laquelle était morte la grande artiste, ne permet aucun ornement.
« Ce n'est qu'au bout d'un an qu'un monument peut être élevé sur l'emplacement où repose le corps. »

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !