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La mise à mort de l'amant de Christine de Suède à Fontainebleau

Quand : 10 novembre 1657

Christine de Suède | ©Skoklosters slott / Public domain
Château Homicide Château de Fontainebleau

Un meurtre, dans la galerie des Cerfs, en novembre 1657 !

Mais qui ? Pourquoi ? Que fait ici la grande Christine de Suède ?

A-t-elle un rapport avec cette tache de sang indélébile ?

Une reine sans trône

Grande, blonde, Christine a 31 ans, en 1657.

Elle est ex-reine de Suède. Elle a abdiqué il y a 3 ans, maintenant.

Elle a décidé de tout envoyer promener, tout, la couronne et tout le saint-frusquin, pour voyager en Europe avec sa petite cour composée de nains et de gentilshommes italiens.

En France, elle loge dans le pavillon et la galerie des Cerfs du château de Fontainebleau.

Il s'agit du deuxième séjour qu’elle effectue ici.

On l'apercoit sans arrêt au bras du beau Giovanni Monaldeschi, son amant...

La malheureuse victime, surtout !


Christine de Suède

Christine de Suède | ©Livrustkammaren / Public domain

Qui est Christine ?

Depuis sa naissance en 1626, Christine fait parler d’elle !

Celle dont le titre réel n’est pas reine, mais « roi de Suède »... si, si, je vous jure !

Un titre conforme au souhait de son père, qui n’a qu’une fille, mais qui veut qu’elle monte sur le trône pour lui succéder !

Alors, dès la mort de celui-ci (elle a 6 ans), on la prépare à son couronnement, en 1650 : un sacre hors normes. Une femme avec la trempe d'un homme, qui devient roi !

Alors un roi, oui, mais qu'il faut marier !

Et ça, Christine refuse : elle veut rester libre.

Elle a été élevée en tant que roi, non mais ! L’idée d’être soumise à un homme l’insupporte.

Christine abdique à 28 ans. Fatiguée du pouvoir, de l’austère religion luthérienne, aussi, elle se convertit au catholicisme à Rome.

Elle quitte définitivement la Suède... de toute façon, elle a vidé les caisses du royaume !

Alors on fera courir tous les bruits sur elle : elle fume la pipe et s’habille en homme, c’est qu’elle est forcément homosexuelle, non ?

Vous comprenez, elle défrise le poil de la cour, elle qui aime à dire que la naissance n’est rien pas rapport au mérite.

Sa grande gueule plus le fait de ne pas vouloir se marier et procréer, c’est trop pour l’époque...

Cap sur l'Europe, cap sur la France !


La mort de Monaldeschi

La mort de Monaldeschi | ©Rijksmuseum / CC0

Le récit du drame

Les lettres

Ce jour-là, le père Le Bel, supérieur du couvent des Mathurins d’Avon, se dépêche de rejoindre la reine, dans la galerie des Cerfs.

Son amant, Monaldeschi, est là. Elle lui a demandé de venir en urgence.

Christine tend un paquet de lettres à Monaldeschi en lui disant de les lire.

A peine la première lettre dépliée, le jeune homme pâlit comme un mort et se fige.

Christine lui arrache le papier et lit à haute voix.

Il s'agit d'une lettre adressée à l’ambassadeur espagnol, qui dévoile tous les faits et gestes de la reine, et pire, PIRE... se moque de son physique et son mode de vie.

Tout y est détaillé, TOUT, sans scrupules, sans cœur.

Et l’auteur de la lettre, elle l’a sous ses yeux : Monaldeschi ! Le traître...

Car il ne se contente pas de la salir avec des moqueries : il prévient l'Espagne, alors ennemie, qu'elle compte devenir reine de Naples (alors espagnole), avec l'aide de la France !

Pardon !

Il fixe Christine avant de s’écrouler à ses pieds en suppliant : « Pardon, pardon ! »

Elle s’éloigne. Il rampe, s’accroche à ses bottes.

Pfff... Pitoyable. Elle est dégoûtée, mais va essayer d’écouter ce qu’il a à dire pour sa défense.

Monaldeschi se met à bafouiller, entame un récit sans queue ni tête. Puis il la ferme enfin. Silence.

Christine le brise pour finalement lancer, implacable, la sentence qui condamne son amant à mort.

La mise à mort

Celui-ci hurle, hurle ! Le père Le Bel doit se charger de la besogne.

Elle n’écoutera ni les pleurs de son amant, ni les hoquets affolés du père qui tente de la raisonner.

Pour seule réponse, Christine court s’enfermer dans ses appartements.

Le Bel, les hommes qui accompagnent Christine, tous viennent toquer à sa porte pour la raisonner et lui dire qu’ils ne peuvent pas tuer un homme, comme ça !

Elle les met à la porte, rouge de colère.

Ce sera un certain Sentinelli qui fera le sale boulot. Sale et horrible.

Car Monadelschi ne veut pas mourir.

Le sbire vise le cœur, mais il porte une chemise de mailles.

Monadelschi repousse l’arme, tranche plusieurs doigts à Sentinelli qui devient fou et appelle ses collègues à la rescousse

Monadelschi hurle comme un porc qu'on égorge. Qu’on finit enfin par tuer.

Les valets emportent le corps en un clin d'oeil, d’autres nettoient le sol rougi par le sang épais et rubis.

Puis ils passent avec le cadavre devant la chambre de Christine, immobile sur le pas de la porte...


Fontainebleau

Fontainebleau | ©Aurele Martens / Pixabay

Conclusion

On enterre Monaldeschi secrètement dans l’église d’Avon (77).

Secrètement, oui, car Christine est l’invitée de Louis XIV : elle n’a aucun droit de se faire justice en France !

Ce n’est pas à elle d’exécuter un homme, qui plus est dans une résidence royale...

Et Christine, alors ? Que devient-elle, après ça ?

Le cardinal Mazarin doit, pour lui faire quitter Fontainebleau, lui offrir son palais à Rome et de l’argent pour y vivre.

Elle mourra dans cette ville, puis sera enterrée à Saint-Pierre de Rome.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !