This website requires JavaScript.

La maison natale du docteur Gabriel Roux à Issoire, précurseur dans la découverte de la pénicilline

Penicillium agrandi au microscope | ©Wellcome Collection / CC-BY
Maison Maison natale de Gabriel Roux

En deux mots !

Cette maison à arcades donnant sur la place de la République d'Issoire date du 15e siècle.

Elle a vu naître le docteur Jacques Germain Gabriel Roux, le 1er mars 1853 : « précurseur qui prépara la voie à la découverte de la pénicilline et des antibiotiques », comme le rappelle la plaque apposée sur la façade.

En effet ! En 1897, Roux confronte le champignon Penicillium glaucum à des cultures de bacille de typhoïde et d’Escherichia coli : il note que le champignon stoppe la prolifération des bactéries.

Ses travaux ont permis d'établir les propriétés antibiotiques de la pénicilline, 31 ans avant la découverte du célèbre antibiotique par l’Écossais Alexandre Fleming !

Maison natale de G. Roux

Maison natale de G. Roux | ©Cruccone / WikimediaCommons / CC-BY-SA

Vous voulez en savoir plus ?

La moisissure dévoreuse de bactéries

Le père de Gabriel Roux, un fonctionnaire, déménage d’Issoire à Lyon : Gabriel y suit des études de médecine.

Devenu médecin en 1869, il est nommé directeur du bureau d'hygiène de la ville, en 1892. Il :

  • surveille la contamination de l'eau potable ;
  • fait distribuer du lait stérilisé aux bébés de familles défavorisées ;
  • lutte pour améliorer les logements insalubres des gardiens d'immeubles…

Mais pas que !

C'est à ce poste qu'en 1897, Roux travaille sur des cultures de bacilles d'Eberth (la typhoïde) et de colibacille (Escherichia coli).

Il remarque qu'un bouillon a été contaminé par une moisissure : le penicillium glaucum. Oui ! Celui-là même qui donne couleur et goût au gorgonzola ou au bleu !

Roux est soufflé : figurez-vous que la moisissure a stoppé nette la progression de la bactérie !

Aux côtés d'un élève médecin, Ernest Duchesne, Roux injecte ensuite la bactérie sur un groupe de cobayes : tous meurent. Sur le 2e groupe, ils ajoutent le penicillium à la bactérie. Victoire ! Tous survivent.

Maison natale de G. Roux : détail

Maison natale de G. Roux : détail | ©Père Igor / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

D'autres avaient ouvert la voie

Alors oui, Roux et Duchesne sont des précurseurs majeurs (et Français, cocorico), dans l’histoire des antibiotiques.

Mais bien des scientifiques s’étaient intéressés avant eux aux pouvoirs des moisissures !

  • Déjà, dans l'Antiquité, l'application de champignons ou de farine moisis en cataplasmes se pratique en Grèce ou en Chine ;
  • En 1870, l'Anglais John Burdon-Sanderson observe que les bouillons de culture recouverts de moisissures empêchent la prolifération des bactéries ;
  • En 1877, Louis Pasteur note que le bacille du charbon régresse, lorsqu'il y a contamination des cultures par des moisissures ;
  • Le terme même d'antibiote (qui donnera bien sûr antibiotique) nous vient du mycologue Jean-Paul Vuillemin, en 1889.

Des travaux laissés sans suite...

Duchesne publie les résultats de ce travail dans une thèse, Contribution à l'étude de la concurrence vitale chez les micro-organismes : antagonisme entre les moisissures et les microbes.

Mais la découverte des deux hommes reste dans l'ombre. Ni Roux, ni Duchesne ne poursuivent leurs travaux sur l'influence de la pénicilline sur les microbes.

Roux meurt en 1914 à l'âge de 61 ans, mis tôt à la retraite pour raisons de santé ; Duchesne était mort 2 ans plus tôt à 37 ans, de pneumonie.

31 ans après, enfin, la pénicilline de Fleming

Il faut attendre 31 ans pour que le médecin écossais Alexander Fleming isole l'antibiotique appelé pénicilline, à partir du champignon Penicillium notatum, en 1928.

Et dire que Duchesne notait dans sa thèse, en 1897 :

« On peut espérer qu’en poursuivant l’étude des faits de concurrence biologique entre moisissures et microbes, étude seulement ébauchée par nous et à laquelle nous n’avons d’autre prétention que d’avoir apporté ici une très modeste contribution, on arrivera, peut-être, à la découverte d’autres faits directement utiles et applicables à l’hygiène prophylactique et à la thérapeutique. »

Sources

  • Morgan Couturier. Emblème du vieil Issoire, la rue Pissevin abrite une maison du XVe. La Montagne, lamontagne.fr. 06/02/2012.
  • François le Tacon, Jean-Paul Maurice. L'odyssée des champignons. Éditions Quae, 2019.
  • Philippe Rassaert. À la mémoire de Gabriel Roux (1853-1914). Bibliothèque municipale de Lyon, numelyo.bm-lyon.fr. 2021.
  • Collectif. Des moisissures à la pénicilline : quelques « prélèvements » dans la « colonie » des précurseurs. Communication présentée à la Société française d'histoire de la médecine dans sa séance du 24 janvier 1981.
  • Jean-Noël Fabiani. Il a failli découvrir la pénicilline : histoire d'un flop. Les Généralistes-CSMF, lesgeneralistes-csmf.fr. 02/09/2016.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !