La douche, cette invention normande

Image d'illustrationImage d'illustration | ©Laszlo Gajo / Pixabay

En plein courant hygiéniste, un médecin de l’Hôtel-Dieu de Rouen invente... la douche !

Un peu d'histoire, pour commencer !

Qui l’eût cru ? La douche, une invention normande de la fin du 19e siècle ?

Mais d'abord, petit rappel éclair de l’histoire de la douche, avant d’en savoir plus sur l'invention rouennaise, en 1873 !

Chez les Grecs

Nous sommes des rustres infâmes, puisqu’ailleurs, notamment dans la Grèce antique, on connaissait déjà la douche.

Au 2e siècle avant notre ère, un système voit le jour dans le gymnase de Pergame, avec la pratique de l’athlétisme.

Une douche glacée, revigorante ! Un corps sain dans un esprit sain, vous connaissez le refrain…

Une première !

C’est Jean Pidoux, médecin d’Henri IV, qui le premier introduit le mot douche, en France : traduction du mot italien doccia, jet d’eau ou tuyau.

Son ouvrage La Vertu et Usage des fontaines de Pougues et administration de la douche, publié en 1597, explique comment prendre des douches.

Malheureusement, il se heurte à l’incompréhension générale.

Hé oui : l’eau, à l’époque, est réputée dangereuse, car propageant miasmes et maladies, via les pores de la peau…

La baignoire, au commencement

L’hygiène publique, vaste question en ce milieu de 19e siècle !

Avec les travaux de Louis Pasteur en première ligne : alors que sévissent choléra et tuberculose, on découvre que les maladies sont causées par des germes.

Parallèlement, le médecin hongrois Semmelweis constate une hécatombe chez les femmes ayant été accouchées par des médecins qui ne se sont pas lavés les mains !

En plus de revoir la propreté des villes (poubelles, aération des logements), les scientifiques préconisent le lavage des mains, la toilette à l’eau et au savon, de préférence dans un bain.

Mais une baignoire, c’est une installation coûteuse. Qui utilise une quantité d’eau phénoménale, de combustible, aussi.

Comptez également le temps pour se laver dedans. Tout sauf rapide ! Et puis, c’est peu hygiénique : on y macère, est-on vraiment propre ?

La douche va donc révolutionner le monde de l’hygiène. Avec le docteur rouennais Delabost, que l’on va rencontrer maintenant !

Douche en plein air des GrecsDouche en plein air des Grecs | ©Wellcome Collection / Public domain

Qui est l’inventeur de la douche ?

Il s'agit de François Merry Delabost, médecin normand, chirurgien à l’Hôtel-Dieu de Rouen entre 1867 et 1883, professeur et directeur de l’École préparatoire de médecine et de pharmacie de Rouen.

Il est également médecin-chef de la prison Bonne-Nouvelle de Rouen, de 1864 à sa mort en 1918.

C’est là, en 1873, qu’il a l’idée de la douche, pour améliorer l’hygiène dans les prisons françaises : le système de la douche en pluie s’appelle à l’époque « bain-douche. »

L'hôtel-Dieu, actuelle préfectureL'hôtel-Dieu, actuelle préfecture | ©Giogo / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Les prisons de la fin du 19e siècle, l’enfer sur terre

Les prisons françaises à l’époque sont des endroits où l’on meurt, où l’on s’entasse dans la crasse la plus totale.

À Rouen, on compte 900 détenus. Et pour ces 900 âmes, seulement 3 baignoires. Il faut faire quelque chose !

Le ministre de l’Intérieur, en novembre 1872, met son nez dans les conditions de vie des détenus. Il faudrait bien !

Après la Commune et la guerre de 1870, les prisons débordent.

Le ministère adresse donc une circulaire aux directeurs de prisons, leur demandant de réfléchir aux moyens d’améliorer l’état sanitaire de leurs établissements.

Ça tombe bien, Delabost est spécialiste de la science pénitentiaire !

Il compte bien faire de la prison rouennaise un endroit sain, le nec plus ultra de la savonnette, le summum du débarbouillage, le temple du décrassage.

Comment ? En pensant à un système de douche à jet d’eau chaude.

Eglise Sainte-Madeleine de l'hôtel-DieuEglise Sainte-Madeleine de l'hôtel-Dieu | Église Sainte-Madeleine de l'hôtel-Dieu | ©Giogo / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Les bains-douches naissent à Rouen

Les « bains-douches » naissent donc à la prison de Rouen à l’été 1873.

Leur principe ? Des douches collectives avec jets d’eau chaude individuels.

« De l’eau chaude élevée à une température d’environ 40°C et tombant d’une certaine hauteur, par un ajustage à pomme d’arrosoir, permet à un homme de se laver complètement, quel que soit son état de malpropreté, en 5 minutes au plus, et sans que la consommation par homme dépasse 25 litres d’eau, soit le 10e environ de ce qu’exige un bain de baignoire. Voici comment le docteur Merry Delabost recommande d’opérer. Chaque homme, après s’être déshabillé dans un vestiaire voisin, se place dans une stalle sous la pomme d’arrosoir ; le doucheur tourne le robinet, la pluie à 40°C tombe et imbibe tout le corps ; après une demi minute, le robinet est fermé, l’homme se frotte à peu près pendant le même temps avec du savon noir et une petite brosse, soit en chiendent, soit d’une autre substance analogue ; le robinet est ouvert de nouveau pendant une demi minute ; trois ou quatre fois, on recommence la même opération. »

La suite !

L’invention de Delabost est adoptée pour le grand public sous la forme de bains-douches publics, dont les premiers ouvrent en Autriche, à Vienne, en 1887.

Suivent Bordeaux en 1893, Rouen en 1897 et Paris en 1899, rue de Bretagne.

Quid des salles de bains dans les appartements ? Il faut attendre le début du 20e siècle...

Sources

  • Annales d’hygiène publique et de médecine légale (2e série, tome 43). 1875.
  • Bulletin de la Société générale des prisons (12e année). 1888.