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La collégiale d'Écouis, fondation du puissant Enguerrand de Marigny

Quand : 1310 - 1475

La collégiale | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA
Collégiale Lieu de sépulture Collégiale Notre-Dame d'Écouis

La collégiale est intiment liée à son fondateur, Enguerrand de Marigny : le bras droit du roi Philippe le Bel, qui s’est brûlé les ailes et finit pendu, deux après la fondation du monument.

Pourquoi Écouis ?

La collégiale Notre-Dame a été fondée par Enguerrand de Marigny, célèbre et puissant ministre des Finances du roi Philippe le Bel.

Ce Normand, natif de Lyons-la-Forêt, possédait à Écouis un grand domaine.

Il entreprend donc, avec son épouse Alips de Mons, la construction d’une collégiale, entre 1310 et 1313.

Marigny (gravure de 1584)

Marigny (gravure de 1584) | ©Internet Archive Book Images / Flickr / Public domain

La mort tragique de Marigny

Pourquoi tant de haine ?

Saviez-vous qu'Enguerrand de Marigny reposait autrefois dans sa collégiale ?

Il meurt le 30 avril 1315... pendu au gibet de Montfaucon !

Devenu trop riche, trop puissant, sa politique de fer lui vaudra les haines des plus grands seigneurs : après la mort de Philippe le Bel, à l'avènement du nouveau roi, Louis X, Marigny tombe.

Il est accusé (souvent sans preuves) de crime de fausse monnaie, de détournement d'argent, de sorcellerie... au total, pas moins de 41 chefs d'accusation !

Marigny sur le gibet

Les Grandes Chroniques de Saint-Denis racontent :

« Enguerrand fut condamné à mourir pour être pendu. Et ce fait, le mardi ensuivant, très bien matin, du Temple au Châtelet, en une charrette, tout ferré de ses ferrures, fut amené, disant le peuple après et de ce esjoïssant : "Au gibet ! Au gibet soit amené !" »

Escortée par le prévôt de Paris, sa charrette quitte la prison du Châtelet pour Montfaucon.

Par intervalles, entre deux silences de mort, Marigny criait à la foule : « Bonnes gens, pour Dieu, priez pour moi ! »

Son corps se balance bientôt sur le sinistre gibet.

L’usage était de laisser les cadavres exposés au quatre vents jusqu’à leur pourrissement, où qu’on les retire faute de place.

Pour celui d’Enguerrand, des hommes le dépouille de ses vêtements et ses chausses, le laissant entièrement nu !

On lui enfilera de nouveaux habits, avant de le prendre à nouveau.

Marigny sur le gibet (Royal 20 C VII f. 51)

Marigny sur le gibet (Royal 20 C VII f. 51) | ©The British Library / CC-BY

Une inhumation bien tardive à Écouis

Sa dépouille reste deux ans sur le gibet, jusqu’en 1317, avant que des amis obtiennent l’autorisation d’inhumer ce qu’il restait de lui dans l’église des Chartreux de Vauvert, à Paris.

Sa dépouille n'est rapportée à Écouis en 1326, et inhumée dans la collégiale.

En 1475, le roi Louis XI permet aux chanoines de lui faire une tombe décente avec épitaphe à sa mémoire, avec cette condition :

« Pourvu toutefois qu’audit épitaphe ou remembrance qui ainsi seront faits, ne sera faite aucune mention de la sentence ou condamnation contre lui donnée. »

Voilà l’épitaphe :

« Ci-dessous gît de ce pays l’honneur, de Marigny, et de ce lieu seigneur, dit Enguerrand, très sage chevalier, du roi Philippe le Bel grand conseiller, et grand maître de France très utile. Cette église présente fit jadis édifier, l’an mil trois cent dix, pour honorer des cieux la reine et dame. Cinq ans après à Dieu rendit son âme, le dernier jour d’avril, puis fut mis ici. Priez à Dieu qu’il lui fasse merci. »
La collégiale

La collégiale | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA

Le gisant du frère d'Enguerrand

Le tombeau d'Enguerrand a aujourd’hui malheureusement disparu !

Pour la petite histoire : lors des saccages et exhumations des corps en 1793, on découvre le crâne d’Enguerrand, d’une grosseur prodigieuse, rapporte un certain Pierre Alan, témoin des opérations !

Allez : pour se consoler, il reste cependant le très beau gisant du frère d’Enguerrand, Jean, mort en 1351, évêque de Beauvais et archevêque de Rouen !

Gisant de Marigny

Gisant de Jean de Marigny | ©Giogo / WIkimedia Commons / CC-BY-SA

Un décor d’origine en partie préservé

Les stalles

Les 36 stalles du chœur datent de l’époque de la fondation de la collégiale.

Elles font partie des stalles les plus anciennes de France, en tous cas de Normandie !

On remarque de beaux détails, curieux ou hauts en couleurs, comme ce quadrupède à figure d’homme barbu, portant un capuchon, et des pattes de félin.

Les petites têtes humaines portent des coiffures caractéristiques du XIVe siècle.

Les stalles médiévales : détail

Les stalles médiévales : détail | ©Giogo / WIkimedia Commons / CC-BY-SA

La Vierge du portail

La Vierge du portail | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA

Les statues

Les statues datent elles aussi, en grande partie, de l’époque de la fondation de la collégiale.

Notamment les saintes Anne et Véronique, Marie l’Égyptienne, ou la jolie Vierge du portail !

D’ailleurs, lors du procès de Marigny, parmi les 41 chefs d’accusation dont il fait l’objet, on trouve le 34e, qui dit en somme :

« Il fit porter pierres et images (statues) à la cour d’Écouis, prises en la carrière de Vernon, qui montait à grand somme d’argent. »

Ce qui est faux, au passage, la carrière appartenant au domaine royal...

En attendant, il a été transporté 52 statues de pierre à Écouis, du temps d’Enguerrand de Marigny, certaines pour ses châteaux et maisons, mais aussi sans nul doute pour sa collégiale.

Sources

  • Pierre Clément. Trois drames historiques : Enguerrand de Marigny, Semblançay, le chevalier de Rohan. 1857.
  • Louis Régnier. L'église Notre-Dame d'Écouis autrefois collégiale. 1913.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !