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La chartreuse de Valbonne et le frère Clément : à l’origine de la clémentine, du Gard à l’Algérie

Quand : 1852 - 1854

Clémentines | ©Miguel Santos / Pexels
Inventeur et créateur Chartreuse de Valbonne

Un des plus célèbres moines de cette chartreuse gardoise ? Vital Rodier, futur frère Clément, qui a donné, on va voir pourquoi, son nom à la clémentine !

En deux mots pour débuter !

Vital Rodier (1839-1904) débute sa vie religieuse à la chartreuse de Valbonne, dans le Gard.

C’est lui, qui, sous le nom de frère Clément, peut-être considéré comme le père d’un délicieux fruit bien connu aujourd’hui : la clémentine !

Installé en Algérie après 2 ans de vie et d’études à Valbonne, il se passionne pour la botanique, à l’orphelinat agricole où il a été nommé directeur des pépinières.

C'est là qu'il met au point un hybride, obtenant en 1892 une espèce issue d'un croisement entre un bigaradier (oranger sauvage) et un oranger.

Vital Rodier entre à Valbonne

Au début de cette histoire, pas encore de frère Clément !

Mais un certain Vital Rodier, originaire de la petite commune auvergnate de Chambon-sur-Dolore, où il naît le 25 mai 1839 dans une famille très pieuse.

Il a 13 ans, quand il rejoint la communauté religieuse de la chartreuse de Valbonne, dans le Gard, où se trouve un de ses oncles.

C'est ici à Valbonne qu'il va rester 2 ans, poursuivre ses études.

Valbonne

Valbonne | ©Calips / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Une très ancienne chartreuse

La chartreuse de Valbonne a été fondée au tout début du 13e siècle, dans ce joli et paisible petit vallon gardois.

Qui, après un assainissement des marécages présents sur son sol par les moines, trouve tout naturellement son nom de vallis bona, Valbonne. La bonne vallée !

La toute petite communauté de moines chartreux y vit jusqu’en 1901, année de son départ, plongeant le domaine dans une longue période d’abandon.

Valbonne : l'église

Valbonne : l'église | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA

Un lieu pittoresque !

La grande majorité des magnifiques bâtiments composant la chartreuse de Valbonne, comme l’église, date des 17e et 18e siècles.

Le cloître, le portail Renaissance datent du 16e siècle.

Ce qui fait sa spécificité, ce sont les toitures de l’église conventuelle, recouvertes de tuiles vernissées... typiquement bourguignonnes !

Tellement pittoresque, sous le ciel du Sud !

Valbonne : le petit cloître

Valbonne : le petit cloître | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA

Vital dépérit à Valbonne...

Mais voilà : tout décor idyllique que soit la chartreuse, à cette époque, le jeune Vital Rodier, de santé fragile, ne supporte pas la dure vie très austère des moines de l'ordre des Chartreux.

La règle impose silence, abstinence, prière et travail solitaires. Les repas, frugaux, se prennent en solo, une fois par jour ! Plus éventuellement une collation d’eau et de pain.

Ajoutez à cela le climat rigoureux qui vient faire des siennes... bref, la vie à Valbonne mine l'adolescent.

Après 2 ans passés au sein de la chartreuse, l'heure du départ a sonné…

Valbonne : le grand cloître

Valbonne : le grand cloître | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA

Vital devient frère Clément

Le jeune Vital Rodier profite en effet du passage d'un oncle pour quitter Valbonne, le Gard, la France.

Il part avec son parent en Algérie, non loin d'Oran, à Misserghin, plus précisément : s'y trouve un orphelinat agricole géré par une congrégation religieuse.

C'est là que Vital Rodier, à la fin de l'année 1866, prononce ses vœux et devient frère Clément !

Frère Clément, l'horticulteur

À Misserghin, frère Clément va se passionner pour la botanique et l'horticulture (surtout les agrumes) : on lui donne la charge de la pépinière de l’orphelinat.

Mais comment découvre-t-il le petit fruit qui portera plus tard son nom ?

Deux possibilités :

  • le frère trouve un arbre inconnu près d'un oued, portant des fruits semblables à la mandarine, mais en plus délicieux encore (et sans pépins) ! Il tente des greffes, qui prennent ;
  • il observe des abeilles butinant entre un mandarinier et un bigaradier, se demande ce que peut donner le mélange des deux pollens ; il cueille le fruit arrivé à maturité, réalise un semis et obtient la clémentine.
Bigaradier (Citrus aurantium)

Bigaradier (Citrus aurantium) | ©Zeynel Cebeci / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Le fruit devient clémentine, un hommage

Au début, le petit agrume hybridé ne s'appelle pas encore clémentine, mais « mandarine du frère Clément. »

Il faut attendre 1902 pour que le professeur Louis Trabut, président de la société horticole d'Alger, le baptise en honneur de son créateur, Clément, dans un article scientifique où il décrit l'agrume pour la première fois.

Mais oui, au fait... quid du frère Clément ?

Celui qui avait été Vital Rodier, religieux pendant 2 ans à la chartreuse de Valbonne, s'éteint à Misserghin le 20 novembre 1904, à l’âge de 65 ans.

Sources

  • Christine Masuy. Curieuses histoires des noms propres devenus communs : de Marcel à poubelle. Éditions Jourdan, 2012.
  • François Jaulhac, Laurence Tournebize. Saviez-vous que le créateur de la clémentine était originaire du Livradois-Forez ? L'incroyable destin de Frère Clément. La Montagne, lamontagne.fr. 25/08/2019.
  • Isabelle Morand. La clémentine, une histoire algérienne. Hortus Focus, magazine.hortus-focus.fr. 07/12/2023.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !