Chapelle Saint-Yves, Menez Bré | ©J.C EVEN / Wikimedia Commons / CC-BY-SAOriginaire des Côtes-d'Armor, le prêtre Tadig Kozh est resté célèbre pour les extraordinaires exorcismes qu'il pratiquait dans la petite chapelle Saint-Hervé, au sommet du Menez Bré, au milieu du 19e siècle !
Tadig Kozh, le vieux petit père
L'abbé et prêtre Placide Guillermic (1788-1873) est plus connu sous son surnom de Tadig Kozh. En breton, tadig kozh signifie « vieux petit père. »
Ce nom a été donné à l'abbé, parce qu'il s'adressait à ses paroissiens toujours de la même façon : Kontit din ho stad, va bugel. Me eo ho tad, ho tadig koz (« Racontez-moi où vous en êtes, mon enfant. Je suis votre père, votre vieux petit père ! »)
Un curé devenu légende vivante
Notre prêtre breton est si mythique, qu'il est entré dans la légende ! Ses talents d'exorciste ont tant marqué les esprits, que la tradition a fait de lui un magicien, un homme doué de pouvoirs surnaturels. Au service du bien, bien entendu !
L'écrivain Anatole Le Braz explique (La légende de la mort en Basse-Bretagne, 1893) :
« Ce vénérable prêtre a existé réellement, mais peu à peu il tend à se transformer dans l’imagination populaire en une sorte de personnage surnaturel et mythique doué de dons merveilleux, et cette transformation deviendra plus complète à mesure que s’effacera de la mémoire des générations successives de conteurs le souvenir d’une époque où communément les prêtres accomplissaient les conjurations et obligeaient par leurs exorcismes les âmes méchantes à quitter les lieux qu’elles hantaient. »
Une messe très particulière, dans la chapelle du Menez Bré
Parmi ses nombreux pouvoirs, lui seul (quasiment) était en pouvoir de célébrer l'oferenn drantel : les 30 messes successives destinées au repos des morts. Les 29 premières se déroulaient dans une église, peu importe laquelle. Mais la 30e devait
impérativement avoir lieu... au sommet du Menez Bré, dans la chapelle Saint-Hervé !
Le Menez Bré est une montagne vestige de la chaîne des monts d'Arrée : elle culmine à 302 mètres. À son sommet, la petite chapelle Saint-Hervé. Très ancien, l'édifice actuel date des 16e et 17e siècles. Mais revenons à cette 30e messe !
Chapelle Saint-Yves, Menez Bré | ©Pymouss / Wikimedia Commons / CC-BY-SAExorcismes au sommet du Menez Bré !
Attention, le rituel de cette 30e messe est ultra précis ! À suivre à la lettre... Il faut commencer par faire monter un sac de graines de lin jusqu'à la chapelle.
Le lendemain, en pleine nuit, le prêtre, goupillon à la main, gravit la montagne, aspergeant les âmes errantes au fur et à mesure de l'ascension.
La messe commence à minuit tapante. Il ne faut pas oublier de la dire à l'envers : les derniers mots en premier, les premiers à la fin ! La messe dite, vient le moment fatidique : le prêtre appelle tous les démons. Mieux vaut savoir leurs noms !
Lorsqu'ils se montrent enfin, le prêtre doit les obliger à défiler un à un, pour montrer le visage du damné qu'ils tiennent entre leurs griffes. Des damnés qui sont les morts de l'année : ils ont commis des péchés et se sont retrouvés en Enfer... Quand le prêtre voit celui pour qui l'oferenn drantel est dite, le diable qui le tient doit le lâcher. En guise d'échange, le démon reçoit une graine de lin.
L'écrivain breton Gwenc'hlan Le Scouëzec dit :
« On voit qu'une telle cérémonie n'était ni une plaisanterie ni un jeu d'enfant. Les hommes qui, au long des siècles, vinrent à minorité sur le Menez Bré, armés de leur seul foi et de leur connaissance des exorcismes, réciter l'oferenn drantel, savaient conscience de risquer leur propre salut, s'il se trompaient, même légèrement. Il leur fallait une sérénité peu commune pour affronter les terroirs de la nuit armoricaine et les redoutables enchantements du Menez Bré. Tadig Kozh était l'un de ces hommes, et des plus hardis. »
Sources
Gwenc'hlan Le ScouëzecGuide de la Bretagne mystérieuseÉditions Tchou, 1966
