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L'origine de l'expression « pays de Cocagne »

Pastel des teinturiers (Isatis tinctoria) | ©Annette Meyer / Pixabay
Château Musée Expression française Château de Magrin

Bienvenue au château-musée du Pastel, à Magrin, pour évoquer la mystérieuse expression « pays de cocagne » !

Sources : Revue de la société des études historiques (4e série, tome II, 1884), article d’Eugène d’Auriac.

La définition

Le pays de Cocagne est un paradis terrestre, un pays utopique et joyeux où le travail est banni, où règnent flemme, jeux, alcool et grande bouffe à volonté.

La meilleure illustration ? Ce tableau de Pieter Brueghel l’Ancien (1567), où gros bonshommes et petites bonnes femmes cuvent et se bâfrent à loisir !

À l’origine de l’expression : le pastel

Le pastel, guède ou encore isatis, est connue des Grecs depuis l’Antiquité, comme plante médicinale et tinctoriale.

On l’utilise massivement au Moyen Age et à la Renaissance en Europe, pour la production d’une belle teinture bleue extraite des feuilles.

En France, le pastel est surtout cultivé dans le Lauragais (Languedoc), qui reçoit le nom de pays de Cocagne à cause de la grande quantité de coques de pastel (cocagnes) que l’on prépare, et de toute la richesse qui en découle pour ses habitants.

Tenez ! Deux des plus riches habitants de Toulouse sont marchands de pastel : Jean de Bernuy, sous le règne de François Ier, puis Pierre d‘Assézat pendant les guerres de Religions.

Mais revenons à la cocagne ! Nous y voilà. C’est en effet cette boule composée de feuilles de pastel broyées, puis séchées.

Dictionnaire portatif de commerce (1762) explique sa fabrication :

« À chaque récolte on porte les feuilles au moulin à mesure qu’on cueille, pour les écraser et les réduire en pâte fine. Quand les feuilles sont bien écrasées en pâte sous la meule, on en fait des piles : après avoir pressé la pâte avec les pieds et les mains, on la bat et on l’unit par-dessus avec la pelle, c’est le pastel en pile. Il s’y forme en dehors une croûte qui devient noirâtre, qu’on unit avec beaucoup de foin, autrement le pastel s’évente. Après quinze jours, on ouvre le morceau de pastel, on le broie entre les mains et on mêle ensemble la croûte et le dedans. Il faut même quelquefois écraser la coûte avec une masse, pour la pouvoir broyer. On fait ensuite de cette pâte de petits pains ou pelotes rondes. On serre bien ces pelotes en les formant. On les donne ensuite à une autre personne, qui, en les appuyant dans une écuelle de bois, les allonge par les deux bouts opposés. Les pelotes s’appellent coques ou coquaignes. »

Plus tard, l’indigo importé d’Asie ruinera définitivement le commerce du pastel du Lauragais…

Château de Magrin

Château de Magrin | ©TWojtowicz / Flickr / CC-BY-SA

D'autres origines ?

Dictionnaire de la conversation et de la lecture (1844) explique que notre expression pourrait avoir d’autres origines possibles !

En Italie, on a une cité portant le nom de Cuccagna, réputée pour sa terre très fertile et ses denrées très bon marché.

Dans la région de Naples, on a une fête pendant laquelle on distribue des victuailles aux habitants :

« Pendant le XVIe siècle, on élevait sur une des places de Naples une montagne censée représenter l’Etna ou le Vésuve. Du cratère de ce volcan jaillissait une éruption de saucisses, de viandes cuites et de macaronis s’enfarinant de fromage râpé en dégringolant. Le peuple se battait pour en attraper, cela s’appelait une cocagne ».

A rapprocher avec le mât de cocagne, ce jeu populaire et ancestral de foires, qui consiste à grimper en haut d’un poteau pour attraper des objets qui y sont suspendus, notamment saucissons et sucreries !

En Angleterre, on connaît aussi the land of Cockaigne, idem dans les pays flamands avec le « pays de Cockaengen ».

En France, un texte du XIIIe siècle connu sous le nom de Fabliau de Coquaigne évoque une terre d’oisiveté et de plaisirs perpétuels : les murs des maisons sont en saumons, les toits en saucisses, des rivières de vin coulent au milieu de tables dressées et de boutiques où l’on peut tout prendre sans payer… sans oublier la fontaine de jouvence : « Li païs a nom Coquaigne, Qui plus i dort, plus i gaigne. »

Le pays de Cocagne, d'après Brueghel

Le pays de Cocagne, d'après Brueghel | ©Rijksmuseum / CC0

Le musée du pastel de Magrin

Le château de Magrin abrite le musée du Pastel... le seul de France !

Hormis les salles d’exposition (consacrées aussi à l’empire wisigoth de Toulouse au Ve siècle), on peut admirer les très rares vestiges d’un moulin à pastel avec sa roue en granit de deux tonnes, ainsi que le séchoir à cocagnes !

Conclusion

Vous l’aurez compris, l’origine de l’expression pays de cocagne reste entourée de mystères… à vous de choisir celle qui vous plaît le plus !

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !