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L'incroyable histoire d'Antoine de Tounens, le Périgourdin roi de Patagonie

Quand : 1825 - 1878

Région de l'Araucanie, Chili | ©Iván Galdames Suazo / Pixabay
Lieu de sépulture Cimetière de Tourtoirac

Cet aventurier périgourdin devient le premier roi d’Araucanie et de Patagonie, entre Chili et Argentine.

C’est ici, à Tourtoirac, que se trouve sa tombe.

Sources : Les Contemporains (1892) / Grand dictionnaire universel du XIXe siècle.

La particule retrouvée

Antoine Orélie Tounens naît le 12 mai 1825 à Chourgnac, en Dordogne, au cœur de l'actuelle chartreuse de La Chèze. Sans la particule !

Il est le petit dernier d’une grande fratrie de huit enfants.

Son père s’appelle Jean Tounens, c’est un cultivateur aisé qui se reconvertit en boucher. Sa mère a pour nom Catherine Jardon.

En 1857, le paternel obtient de la cour d’appel de Bordeaux la permission d’ajouter la particule « de » à son patronyme.

Il parait que ladite particule figurait dans l’état civil aux XVIIe et XVIIIe siècles, avant de disparaître… Tounens devient donc de Tounens.


Tombe d'Antoine de Tounens, Tourtoirac

Tombe d'Antoine de Tounens, Tourtoirac | ©Bordeaux / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

L'avoué rêve d'aventures

Le jeune Antoine fait des études. Oh, pas grand-chose, de quoi obtenir une charge d’avoué à Périgueux.

Mais lui rêve de gloire, de richesses, d’aventures… de gloire surtout, oh oui !

Son rêve le plus fou ? Redonner à la France un territoire, à la place du Canada et de la Louisiane perdus.

Un peu de prestige, de paillettes, de terres lointaines, quoi !

Il découvre au fil de lectures au coin de la bougie les noms d’Araucanie et de Patagonie.

Deux bouts de terre qui échappent encore à l’autorité du Chili et de l’Argentine.

Parce qu’il faut que je vous dise : sorti de son étude obscure, une fois ses papiers et sa plume posés, Antoine file s’enfermer chez lui dévorer de gros bouquins de géographie que d’autres trouveraient imbouffables. Pas lui.

Les vieilles gravures, les cartes le font fantasmer ! Son but ? Fonder un royaume en Araucanie, tiens ! Rien que ça...


Antoine de Tounens

Antoine de Tounens | ©The British Library / Public domain

Cap sur le Chili !

En 1857, Tounens envoie tout balader. Tout ! Son bureau poussiéreux, ses collègues moroses. Oui.

Il vend sa charge d’avoué. Sa famille emprunte même 25 000 francs auprès du Crédit foncier, rapporte la biographie d’André des Vergnes (1979).

En juin 1858, le voilà qui quitte la France, à 32 ans.

Cap sur le Chili !

Deux mois plus tard, Antoine débarque à Santiago.

Il fait la rencontre du peuple autochtone des Mapuches, qui l’autorisent à vaquer sur leurs terres deux fois plus grandes que la France.

Ils font alors bloc face aux Chiliens qui convoitent leurs terres. Tounens leur promet des armes et de l’aide.

Il faudrait qu’ils deviennent plus forts et puissants, unis, pour faire face, car les Mapuches sont divisés entre eux et le pouvoir réparti entre nombres de chefs...

Incroyable... ils élisent Tounens chef de guerre !


Femmes mapuches soignant un malade

Femmes mapuches soignant un malade | ©Internet Archive Book Images / Public domain

Le royaume est proclamé

Antoine fonde le royaume d’Araucanie et de Patagonie par deux ordonnances, le 17 novembre 1860, et s’intitule roi sous le nom d’Orllie-Antoine Ier.

Le décret, écrit de sa main, commence par ces lignes :

« NOUS, PRINCE ORLLIE ANTOINE DE TOUNENS, considérant que l’Araucanie ne dépend d’aucun autre État, qu’elle est divisée par tribus, et qu’un gouvernement central est réclamé par l’intérêt particulier aussi bien que par l’intérêt général, DÉCRÉTONS CE QUI SUIT : Art. 1er. Une monarchie constitutionnelle et héréditaire est fondée en Araucanie ; le prince Orllie Antoine de Tounens est nommé roi... »


Antoine cherche des aides, des fonds, commence à rédiger un code araucan sur le modèle du code Napoléon.

Il demande du soutien à la France pour un appui éventuel et la reconnaissance de son royaume.

L’annonce de son avènement au trône fait mourir de rire les Français. L’appel de fonds fait un bide monstrueux...


Région de l'Araucanie

Région de l'Araucanie | ©Raimund Andree / Pixabay

Arrêté et condamné !

En janvier 1862, Tounens se fait arrêter comme trouble-fête politique par le Chili, trahi par son domestique et ses interprètes.

Tiens donc ! Le pays l’accuse d’avoir voulu refiler Santiago à la France et de leur piquer des terres leur appartenant. Un trouble-fête, on vous dit !

En prison à Los Angeles, il scie les barreaux de sa fenêtre et s’évade en se jetant la tête la première à l’eau.

La cavale ne dure pas : il est pris quelques jours plus tard. Zou ! Retour au trou !

D’abord condamné à mort, Antoine est finalement jugé fou par la cour d’appel de Santiago.

Il se fait finalement expulser par les autorités chiliennes et s’embarque pour un voyage retour en octobre 1862.


Famille mapuche

Famille mapuche | ©Internet Archive Book Images / Public domain

De nouvelles tentatives

Retour en France en mars 1863... Antoine s’installe à Paris. Tout le monde est au courant qu’il est le roi un peu foutraque d’un royaume qui n’existe pas vraiment.

En 1869, il tente un nouveau voyage pour reconquérir son royaume, de nouveau en 1874 avec quatre compagnons qu’il a réussi à embarquer dans son histoire, sous le faux nom de Jean Prat.

Entre-temps, en septembre 1871, il annonce au monde entier avoir fait des découvertes de taille, dont celle qui consiste en une invention révolutionnaire « pour neutraliser les projectiles lancés par les armes à feu »… on l’attend toujours, si vous voyez ce que je veux dire.

Mais il est arrêté en pleine mer et expulsé de Buenos Aires en octobre 1874.

Retour, devinez où ? Oui, à Paris, où il vit dans la misère.

Échec et mat, la fin du roi

Antoine de Tounens retourne dans sa région natale, malade, fatigué, sans un sou en poche.

Pour survivre, il crée un ordre de chevalerie dont il vend les brevets. Gros bide !

Il devient allumeur de réverbères, avant de mourir à Tourtoirac le 17 septembre 1878, âgé de seulement 53 ans.

Son acte de décès établi par le maire indique : « Antoine de Tounens, ex-roi d’Araucanie et de Patagonie »...


Maison natale d'Antoine de Tounens, La Chèze, Chourgnac

Maison natale d'Antoine de Tounens, La Chèze, Chourgnac | ©Père Igor / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

La suite de l'histoire !

Mais qu’est devenu le territoire des Mapuches ? Partagé en 1902 entre le Chili et l’Argentine, sous surveillance de la Grande-Bretagne.

Quid du royaume et de ses rois ? Après Antoine, il y a eu 7 rois et reines d'Araucanie et de Patagonie.

D’abord son secrétaire, Achille Laviarde, qui se déclare son héritier et prétendant au trône.

Depuis, plusieurs Français se sont succédé comme prétendants.

A voir, à faire à Tourtoirac

La commune de Tourtoirac abrite le musée insolite des rois d’Araucanie, à quelques mètres de la maison où est mort Antoine de Tounens : y sont exposés les insignes royaux (dont la couronne en acier), des objets mapuches, des documents officiels…

Au cimetière de Tourtoirac, on voit aussi les tombes des deux premiers souverains d'Araucanie : Antoine de Tounens, donc, et son successeur Achille Laviarde.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !