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L'effondrement du mont Granier en 1248

Quand : 24 novembre 1248 - 25 novembre 1248

Mont Granier | ©Martin Greslou / Wikimedia Commons / CC0
Catastrophe naturelle Miracle Sanctuaire Notre-Dame de Myans

Direction Notre-Dame-de-Myans, qui commémore l'éboulement du mont Granier, en 1248.

La pire catastrophe naturelle de l’histoire des Alpes !

Cette nuit terrible de novembre 1248...

La paroi verticale du mont Granier, haute de plus de 800 mètres, est la marque d'un éboulement terrible qui a marqué le Moyen Age.

Dès l'Antiquité, les hommes s'installent au pied du mont et dans sa vallée. On compte 5 bourgs, dont celui de Saint-André, où vivent jusqu'à 3000 personnes.

Mais dans la nuit du 24 novembre 1248, la chute d'une partie de la paroi entraine des millions de mètres cubes de roches qui glissent vers la vallée.

Des roches, mais aussi de la boue, qui engloutissent tout sur son passage, comme un monstre vorace, sur 9 kilomètres.

Le nombre de morts ? Entre 2000 et 5000, disent plusieurs textes anciens. On sait depuis qu'ils ont exagéré : probablement entre 1000 et 2000 victimes.

Il ne reste rien des villages engloutis sous une épaisseur à peine croyable !

Mont Granier et vignes d'Apremont

Mont Granier et vignes d'Apremont | ©Florian Pépellin / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

La cause de l’éboulement

C’est la conséquence d’un glissement de terrain né au pied du mont, dans les bancs calcaires.

L’affaissement de la base de la montagne a entraîné la chute de la falaise entière.

Les blocs de roches tombés ont alors été entraînés par des coulées d’eau présente dans les strates rocheuses, qui ont descendu jusque dans la vallée.

Le dernier éboulement en date !

Un éboulement charriant entre 50 à 60 000 mètres cubes de roches s’est déroulé au mont Granier, dans la nuit du 8 au 9 janvier 2016.

Rebelote avec un nouvel éboulement, en mai de la même année.

Regardez cette vidéo, c'est impressionnant !

Changement de nom !

Avant la catastrophe de 1248, le mont s’appelle mont Apremont.

Il a, après le drame, été rebaptisé du nom d’un village enseveli, Granier.

Et d’ailleurs… le village actuel d’Apremont, construit sur les éboulis, a pris l’ancien nom de la montagne !

Oh, d'ailleurs : voici la Pierre Hachée, non loin de Myans et d'Apremont, au pied du mont Granier : c'est un vestige de l'éboulement de 1248 !

Pierre Hachée

Pierre Hachée | ©Florian Pépellin / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

La nuit du drame

Il existe plusieurs écrits relatant la catastrophe, rédigés dans les décennies qui ont suivi et jusqu’au 17e siècle. Voici celui du moine capucin Fodéré (1616)...

Dans la soirée, par un temps serein, avec une lune dégagée, il se met soudain à souffler « des vents épouvantables ». On voyait « l'air trembler » !

« Et par les diables furent causés grêles, tempêtes et tremblements de terre si étranges que le sommet du rocher de ladite montagne du Granier tomba en de prodigieux quartiers. »

Les Annales d’Erfurt, elles, évoquent :

« Une montagne toute de pierres et élevée vit ses rochers se séparer et, s’effondrant, se répandit sur un espace de près d’une lieue : elle écrasa deux monastères, l’un de moines noirs et l’autre de Prémontrés. »

En plus des monastères, la ville de Saint-André, plus 16 villages et 5000 personnes sont ensevelis, « étouffés par de la terre qui s’était détachée des montagnes », indique le moine Martin le Polonais dans sa chronique.

Ci-dessous, voici une gravure sur bois extraite du Liber chronicarum de Hartman Schedel (1493), illustrant la catastrophe du mont Granier :

Catastrophe du Mont Granier (1493)

Catastrophe du mont Granier (1493) | ©Internet Archive / Public domain

Causes (farfelues) naturelles

De nombreux moines, qui n’ont pas assisté à la catastrophe, mais ont écrit à son sujet dans les années suivantes, tentent de trouver des explications au drame.

Parmi elles, un supposé tremblement de terre survenu en Angleterre le 24 novembre 1248, suivi d’un raz-de-marée.

Mais ce terrible séisme n’aurait fait des dégâts que sur les côtes anglaises, et au seul mont Granier, sans rien détruire d’autre dans la vallée savoyarde ?

Étrange... et impossible !

Causes (farfelues) divines

La catastrophe aurait une cause... divine. Oups ! Un châtiment divin !

Les Savoyards !

Pour le moine anglais Mathieu Paris, tout est de la faute des Savoyards : usuriers, ils dépouillent et tuent les voyageurs qui passent la frontière !

Bon, ce que l’on ne vous a pas dit, c’est que ce Paris hait la Savoie, depuis que le roi Henri III Plantagenet a épousé Éléonore de Provence (petite-fille d’un comte de Savoie), dont la cour met un peu trop son nez dans les affaires du royaume anglais…

Le conseiller du duc de Savoie

Le moine français Étienne de Bourbon, lui, croit en la punition divine... mais c’est la faute d’un homme : le conseiller d’Amédée IV de Savoie Jacques Benevais.

Celui-ci a intrigué auprès du pape pour avoir la jouissance d’un prieuré situé sous le mont : la catastrophe a lieu la nuit du jour où il fait expulser les moines...

Notre-Dame de Myans

Notre-Dame de Myans | ©Zairon / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Le sanctuaire de Notre-Dame-de-Myans

La chapelle actuelle remplace un petit oratoire déjà mentionné vers l'an 1000.

C'est après la catastrophe du mont Granier que Jacques de Montmayeur décide de fonder ici un couvent franciscain.

Son but : accueillir les pèlerins qui viennent nombreux, depuis l’intervention miraculeuse de la Vierge Marie.

Car la crypte abrite la statue de la la vierge noire du 13e siècle !

C'est elle, qui, selon la légende, arrêta de sa main l'éboulement de roches, et permit que le monastère et son église soient épargnés.

Le moine Fodéré raconte :

« Et s'épancha ledit abîme une grande lieue de large et de long, jusqu'aux talons des pauvres religieux qui étaient en dévotion devant l'image de la Vierge, où ledit abîme s'arrêta tout court, sans pouvoir passer outre, et sans faire de mal auxdits religieux. »
Vierge noire de Myans

Vierge noire de Myans | ©Zairon / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

La Vierge dorée

La statue en bronze dorée, qui domine le sanctuaire, a été réalisée à Paris par Louis Rochet, et inaugurée en octobre 1855.

Notez le costume typique du 13e siècle, rapporte le site officiel du sanctuaire de Notre-Dame-de-Myans... l'époque de la catastrophe du mont Granier !

Sources

  • Collectif. Guide Gallimard : parc naturel régional de la Chartreuse. Gallimard, 1999.
  • Jacques Berlioz. L'effondrement du Mont Granier en Savoie fin 1248. Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie. 1987.
  • Patrick de Wever. Histoires secrètes de cailloux. Belin, 2021.
  • A. Pachoud. Une catastrophe naturelle majeure : l'écroulement du Mont Granier dans le massif de la Chartreuse au XIIIe siècle. 1991.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !