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L’affaire de la fausse marquise de Chazelet

Quand : 1765 - 1804

Château de Chazelet | ©GO69 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA
Château Procès Château de Chazelet

Zoom sur une étrange affaire judiciaire, en plein Berry !

Sources : Le barreau français, partie moderne (A. Falconnet, 1806) / Causes célèbres de tous les peuples (A. Fouquier, 1858) / Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, tome 6e (1870).

Pour commencer...

L’écrivain anglais Willie Collins adapte cette étrange histoire dans The woman in white (La femme en blanc), en 1860.

Un des premiers romans policiers !

Une mystérieuse dame vêtue de blanc, échappée de l’asile, une usurpation d’identité, les brumes de la campagne anglaise…

Sauf qu’ici, si brumes il y a, elles ne sont pas anglaises, mais berrichonnes.

Par une nuit sombre, le drame !

L’histoire commence une nuit de 1765.

Oh, comme on l’imagine, une nuit du XVIIIe siècle au milieu d’un Berry sauvage et loin de tout, sans lumière !

Le château de Chazelet. Hautes tours, silhouette trapue, tout respire un Moyen Age brutal et rêche comme une cotte de maille.

Adélaïde Marie, la fille du comte de Lusignan de Champignelles, vit ici avec son mari, le marquis de Douhault. De presque 30 ans son aîné, l’homme est épileptique et un brin fada sur les bords.

Cette nuit noire, donc, des cris et des bruits de lutte percent l’air.

Adélaïde déboule comme une furie dans une des pièces du château, trouve le marquis, Louis Joseph, agrippé au cou de son valet de chambre... Mais ! C’est qu’il l’étrangle !

Elle s’interpose, hop, son mari se retourne, crac, il est furieux... il la frappe à la poitrine avec son épée. Le choc !

Gravement blessée, Adélaïde se remet doucement ; mais pour son père, c’en est trop.

Il fait reconnaître fou son gendre et le fait enfermer à l’asile de Charenton…

La marquise se retrouve seule, mais continue de vivre une vingtaine d’années au château de Chazelet. Tranquillement, très aimée du voisinage.


Le château

Le château | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

La mort à Orléans

Le père d’Adélaïde meurt en 1784, suivi par son mari en 1787, toujours interné.

La marquise a 43 ans. Elle hérite d’une fortune colossale, pour laquelle il faut qu’elle se rende à Paris, voir sa mère. La succession s’annonce difficile...

En chemin, la fatigue du voyage la pousse à s’arrêter chez sa cousine, à Orléans.

Là, au cours d’une promenade où l’on prise du tabac, un malaise la happe. Brusquement. En un éclair, elle sombre dans les vapes.

On la déclare morte deux jours plus tard !

Enterrée à la va-vite dans la fosse commune du cimetière de la ville, ça y est, il semble que la marquise de Douhault venait de passer l’arme à gauche…

L'inconnue internée

Nous somme en janvier 1788. Nous voilà à la veille de la Révolution.

Une femme enfermée à la Salpêtrière clame haut et fort être une marquise.

Et puis quoi encore ! Oui, messieurs dames : la marquise de Douhault.

Morte et enterrée, Adélaïde Marie de Champignelles ? Peuh ! Non, puisque c’est elle !

Malade et complètement assommée de médicaments, elle raconte avoir été enfermée par lettres de cachet. Contre son gré.

Mais… nous, on croyait que la marquise était morte à Orléans, non ?! Ah, ah ! Minute... c’est ce qu’on a voulu faire croire !

On lui a en fait donné une poudre narcotique qui fait paraître comme mort.

Et alors qu’on mettait en terre un cercueil sans corps, on emmenait, en douce, la marquise se faire enfermer à la Salpêtrière, dépouillée de tout, enregistrée sous un faux nom, clamant à qui voulait l’entendre la tragique vérité...

L’auteur de ce traquenard ?

Son frère !

Le mobile ?

S’accaparer TOUT l’héritage du père, tout...


Le château

Le château | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Le procès s'ouvre !

Toutefois, la prisonnière finit par être libérée, après des lettres envoyées à la duchesse de Polignac, qui reconnaît, sans une hésitation, la marquise berrichonne. Le frère s’insurge, non mais !

Un procès s’ouvre à Bourges en 1804.

Les témoins défilent. Les anciens domestiques reconnaissent formellement la prétendue marquise. Des amis, aussi.

Oui, c’est elle, sa façon de se tenir, l’intonation de sa voix, pas de doute !

Pour d’autres, il y a imposture : la marquise était blonde, cette femme est brune ! Elle avait les yeux bleus, là, noirs.

Sa façon de parler et d’écrire, parlons-en ! On l’a entendu dire « j’alla, je vena »… indigne d'une grande dame !

Un gros doute se met à planer dans la salle d’audience.

La femme sans nom

Le jugement conclue que la femme de la Salpêtrière n’est pas la marquise de Douhault.

On ne sait pas qui elle est !

Elle devient « la femme sans nom ». La marquise était bien morte à Orléans, point barre, sans que personne ne soit jamais allé vérifier.

Cette dame, en tous cas, reçoit une pension d’un ou une anonyme, qui lui permet de vivre confortablement rue du Bac, à Paris, en compagnie de son avocat Delorme et d’une ancienne femme de chambre qui l’avait toujours soutenue.

Un jour, la pension cesse brutalement : la dame meurt dans la misère, inhumée quelque part à Paris par le fidèle Delorme.

Devinez sous quel nom ? Celui d'Adélaïde Marie, marquise de Douhault de Champignelles...

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !