
Je vous parle d'un remède que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître... la Jouvence de l'abbé Soury ! Ce médicament à base de plantes est réputé soulager les sensations de jambes lourdes et améliorer la circulation sanguine.
Elle doit son nom à Gilbert Soury (1732-1810), abbé normand curé de l'église d'Alizay, dans l'Eure, de 1764 à 1793.
Né à Celloville (76) d'un père modeste marchand de rubans, le petit Gilbert est très vite pris sous l'aile du curé du village, l'abbé Delarue. Il lui apprend le latin, bien sûr, mais surtout la connaissance des « simples » : les plantes médicinales. Pourquoi les plantes, me direz-vous ? Hé bien, ce bon vieil abbé les connaissait drôlement bien. Il réalisait même des remèdes avec, qu'il donnait gratis aux plus pauvres de ses paroissiens.
Alors, tout naturellement, sous la férule du brave abbé, le jeune Gilles embrasse une carrière religieuse : le voilà ordonné prêtre en 1764. C'est à la fin de cette année qu'il est nommé chapelain de l'église Saint-Germain d'Alizay, dans l'Eure : il va y rester plus de 25 ans.

Sa connaissance approfondie des plantes lui permet de soigner bien des paroissiens. Et c'est en 1765 que Gilbert Soury met au point un breuvage qu'il nomme Tisane des Deux Abbés, en hommage à l'abbé Delarue : la future Jouvence ! Tisane jamais commercialisée, du vivant de Gilbert Soury... qui se contente de la distribuer gratuitement. Bref !
Aux heures les plus sombres de la Révolution Française, il refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Hors-la-loi, il se fait arrêter en pleine messe en l'église d'Alizay, en octobre 1793 !
Le voilà en prison de 1793 à 1795. Il se fait libérer, dit-on, après avoir guéri le député révolutionnaire Robert Lindet, venu le consulter dans sa cellule pour un mal... soi-disant incurable ! L'abbé Soury finit tranquillement sa vie dans son village natal de Celloville en 1810, à 77 ans.
La recette secrète de sa Tisane est transmise à son filleul et cousin, puis léguée de génération en génération jusqu'à son arrière-petit-neveu, le pharmacien Magloire Dumontier, à la fin du 19e siècle. Celui-ci fabrique et commercialise le breuvage à échelle industrielle, sous le nom d'Élixir de Jouvence. La veuve Dumontier rebaptise celui-ci en Jouvence de l'abbé Soury, dans les années 1930, avec le succès qu'on lui connaît (merci la publicité).
La recette de la formule originelle n'est pas connue. Elle a subi bien des changements, avant d'arriver à sa composition actuelle : Hamamélis
de Virginie, Viburnum caprifolium, Calamus, Piscidia, Condurango, anis, cannelle.
Sources
Jacques MarchandDeux remèdes rouennais célèbres : la Jouvence de l’abbé Soury et l’Eau des JacobinsÉtudes Normandes (63e année, n°1, 2014)