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Jeanne d'Arc à Vaucouleurs : le début de la grande aventure

Quand : 13 mai 1428

Chapelle et porte de France | BRUNNER Emmanuel / CC-BY-SA
Château Guerre de Cent Ans Sorcellerie Jeanne d’Arc Château de Vaucouleurs

Jeanne d'Arc à Vaucouleurs

Une gamine en robe déchirée

13 mai 1428. Pleine guerre de Cent Ans. Nous voilà à Vaucouleurs, une garnison française au cœur d’un pays allié aux Bourguignons, donc aux Anglais.

C’est dans le château que Robert, seigneur de Baudricourt, gouverneur du roi à Vaucouleurs, reçoit une visite un peu particulière...

Celle d’une jeune fille de 16 ans, venue de Domrémy à une quinzaine de kilomètres de là en compagnie de son cousin, Durant Laxart.

Elle déboule dans la grande salle du château avec une « pauvre robe rouge toute rapiécée », un visage pâle et osseux, mais des yeux bleus qui brillent fiévreusement.

Ses voix lui ont dit d’aller là, dans la seule garnison française près de chez elle.

Il faut qu’elle aille à Chinon parler au roi de sa mission, elle a besoin d’hommes et d’un cheval !

Cette jeune fille, vous l’aurez peut-être reconnue... il s’agit de Jeanne d’Arc !

Ben... c'est Dieu qui m'envoie

Le dialogue s’entame entre les deux. Jeanne dit :

- « Dites au Dauphin qu’il ait bon courage, qu’il attende encore pour livrer bataille à ses ennemis ; car Dieu lui enverra du secours vers le milieu du prochain carême.

« Le royaume n’appartient pas à lui, mais à mon Seigneur qui veut bien lui en confier la garde.

« Le Dauphin deviendra roi, et ce malgré la guerre et ses ennemis. Moi, je le ferai sacrer à Reims. »

- « Ton seigneur ? Qui est-ce ? » dit Baudricourt. - « Le roi du Ciel », rétorque Jeanne.

La réponse laisse Robert complètement coi : il zieute rapidement cette gamine, là, plantée devant lui, résolue et si calme.

C’est-y pas possible, ces manants !

Il renvoie Jeanne chez elle en ayant dit qu’elle était folle et qu’il fallait que ses parents la corrigent...


Jeanne d'Arc

Jeanne d'Arc | ©Rijksmuseum / CC0

Jeanne ronge son frein

Compte là-dessus, Robert !

C’est mal connaître la Jeannette. Car têtue comme une mule, elle revient une 2e fois voir Baudricourt, en vain.

Tant pis : elle s’installe à Vaucouleurs chez les Le Royer, parmi le peuple qui l’aime bien.

Catherine Le Royer dit qu’elles filent la laine ensemble pour passer le temps...

Mais Jeanne s’impatiente, elle bout de partir. Elle trouve des appuis parmi les hommes de Baudricourt, Bertrand de Poulengy et Jean de Metz.

Mais voilà que les Angliches prennent Vaucouleurs. Là, Robert repense à cette gamine en rouge et ce qu’elle a dit...

Robert, laisse-moi passer !

Jeanne ne tient vraiment plus : elle se rend chez Baudricourt une 3e fois. La bonne !

Allez, Robert : il lui faut des gens pour la mener jusqu’au dauphin, non mais !

Elle lui dit qu’il met trop de temps à l’envoyer, que le Dauphin a essuyé une perte près d’Orléans.

Boudiou, mais qu’est-ce qu’elle invente, encore, bougonne Robert dans sa barbe...

Ouais, n’empêche que 10 jours plus tard, un messager lui annonce le désastre de la journée des Harengs, à Orléans...

OK, OK, là, Robert accepte de lui filer une épée et une troupe. Les gens de Vaucouleurs, qui l’aimaient bien, lui achète un cheval et des vêtements d’homme.

Et pour prendre la route, on lui coupe ses longs cheveux « à l’écuelle »... au bol !

Jeanne exorcisée à Vaucouleurs !

Mais avant, croyant toujours que la Jeanne est suspecte, Robert demande au curé de Vaucouleurs, Jean Fournier, de venir exorciser la jeune fille !

Pour savoir si c’est bien Dieu qui l’envoie et pas le Diable...

Le curé s’exécute : « Si tu es mauvaise chose, éloigne-toi de moi. Si tu es bonne chose, approche. »

Jeanne s’agenouille calmement devant le curé, mais elle n’est pas contente :

« Ce n’est pas bien ce que vous faites. Vous savez très bien que le Diable n’est pas en moi, vous m’avez déjà entendu en confession. »


Finalement rassuré, Robert finira par la laisser passer, en lui lançant son fameux « Va, fille de Dieu, et advienne que pourra »...

Le départ est fixé pour le lendemain soir, soit le 23 février 1429.

Les 6 hommes qui l’accompagnent font serment dans la grande salle du château de « bien et dûment la conduire jusqu’à roi ».


Vaucouleurs, Porte de France

Vaucouleurs, Porte de France | ©Ketounette / CC-BY-SA

Un bastion français qui résiste

La première mention d’une place-forte de Vaucouleurs date du XIe s. : en 1026, Etienne de Vaux y construit un premier château.

Laissé aux mains d’une bande de bandits redoutables, le château se fait détruire 2 fois par les ducs de Lorraine et reconstruire en 1069 par Geoffroy le Vieil, seigneur de Vaucouleurs.

Et voilà qu’en 1335, la ville entre dans le domaine royal, après un échange avec le roi.

Vaucouleurs devient donc ville royale, le fief direct du roi ! Il y tient une garnison et un capitaine.

Un capitaine comme Robert de Baudricourt, au temps de la guerre de Cent Ans, « soldat brave et astucieux ».

Autour de lui, les villes se font anglaises. Sauf Vaucouleurs, qui résiste.

En fait, en 1428, le roi de France n’a plus, au nord de la Loire, que 4 places fortes : Orléans, le Mont-Saint-Michel, Tournay et Vaucouleurs !

Les vestiges du château de Vaucouleurs

Du château il ne reste pas grand-chose aujourd’hui.

Les ruines sont cachées par la végétation : on voit notamment la partie supérieure de la porte de France (refaite au XVIIe s.) : la porte que Jeanne emprunte avec sa troupe en quittant la cité.

Regardez là : un gros et vieux tilleul daterait de l’époque de Jeanne !

On voit aussi la crypte de l’ancienne chapelle castrale : le clerc de la chapelle, Jean Le Fumeux, y voit la Pucelle tout le temps fourrée tout le temps de son séjour.

Elle entend la messe le matin et reste de longues heures en prière devant la statue de Notre-Dame-des-Voûtes...

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !