Glénay : le château natal de la duchesse d'Aiguillon, la nièce préférée du cardinal de Richelieu

De 1604 à 1675

La duchesse d'Aiguillon (anonyme, 17e s)La duchesse d'Aiguillon (anonyme, 17e s) | ©Rijksmuseum / CC0

Salonnière et dame d'atours de la reine Marie de Médicis, elle n'est autre que la nièce préférée du cardinal de Richelieu !


Elle avait voulu que son portrait, par Philippe de Champaigne, la représente en robe rouge, comme celle d'un cardinal : la digne héritière de son oncle !

La nièce de Richelieu passe son enfance à Glénay

Marie-Madeleine de Vignerot naît en 1604 au château de Glénay, dans le Poitou. Elle est la fille de René de Vignerot, seigneur du Pont-Courlay et de Françoise du Plessis de Richelieu, la sœur du célèbre cardinal. Ce qui fait d'elle la nièce de Richelieu !


Elle passe toute son enfance au château de Glénay. Édifié entre le 14e et le 15e siècle, démantelé pendant les guerres de Religion, il en impose, avec sa silhouette moitié médiévale, moitié Renaissance !


Marie-Madeleine quitte Glénay pour la cour après la mort de sa mère, en 1616. Grâce à son oncle, elle devient dame d’atours de Marie de Médicis. Une nouvelle vie commence !

Glénay (cote 40 FI 3605)Glénay (cote 40 FI 3605) | ©A. D. des Deux-Sèvres / Etalab Licence Ouverte

Le mariage ? Plus jamais on ne l'y reprendra !

En 1620, elle épouse Antoine de Rouvre, seigneur de Combalet. Elle n'a que 16 ans. Décrit comme mal bâti, couperosé, ça promet... Oui, on est loin d'un mariage d'amour, vous imaginez bien, mais tristement politique ! L'union scelle en effet l’alliance entre le neveu du connétable de Luynes, puissant favori de Louis XIII, et la nièce de Richelieu. Mais c'est une union éclair : ledit mari meurt en 1622 au siège de Montpellier.


Voilà Marie veuve... à 18 ans ! On ne l'y reprendra plus : elle ne se remariera jamais plus, n'aura jamais d'enfants. Elle s'enferme même deux ans au couvent, veut se faire nonne ! Son oncle, qui désire en faire son héritière, la ramène à la raison... Il faut retourner au grand monde, à la cour de Versailles !

Glénay (cote 12 Fi 152)Glénay (cote 12 Fi 152) | ©A. D. des Deux-Sèvres / Etalab Licence Ouverte

Une grande dame à la cour de Versailles

Dès lors, elle abandonne le nom de son mari : fini Combalet, elle signe simplement « Du Pont », de son nom de jeune fille. La voilà à la cour : veuve, célibataire, mais puissante nièce du grand Richelieu.


Un Richelieu qui essaie de la remarier, notamment à Gaston de France, le frère du roi Louis XIII. Mais celui-ci l'ignore superbement... Alors, pour lui donner un vrai statut, le cardinal lui offre le duché d’Aiguillon, en 1638. Ce titre de duchesse lui donne le plus haut rang à la Cour, à l’égal des princesses de sang !

La duchesse d'Aiguillon (P. de Champaigne, 17e s)La duchesse d'Aiguillon (P. de Champaigne, 17e s) | ©Sailko / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

L'une des femmes les plus puissantes du royaume (attention aux jaloux)

De son vivant, l’influence du puissant cardinal rejaillit sur elle, ce qui fait d’elle l'une des femmes les plus puissantes du royaume.


Elle vit dans l’entourage de son oncle jusqu’à la mort de celui-ci, en 1642, où elle hérite de sa fortune. Était-ce ce statut qui rendait certains jaloux ?


Prenez cette mauvaise langue de Tallemant des Réaux : il raconte qu'elle est la maîtresse de son oncle, et que son mariage n'a pas été consommé. Le poète Dulot avait même fait de son nom un anagramme (de mauvais goût)... Marie de Vignerot = « Vierge de ton mari » !


Et puis... de vilains ragots lui prêtent des relations avec des femmes.

Glénay (cote 40 FI 15329)Glénay (cote 40 FI 15329) | ©A. D. des Deux-Sèvres / Etalab Licence Ouverte

Les mauvaises langues se déchaînent !

Hé oui ! On ne lui connaît aucun amant, que voulez-vous... Mme de Vigean, intendante et secrétaire de la duchesse, passe pour être sa maîtresse. Elle devient « l'hermaphrodite volontaire », dans les satires qui circulent à la cour.

« Elles s'écrivaient des lettres les plus amoureuses du monde. Mme du Vigean se jeta à corps perdu dans les bras de Mme d'Aiguillon. C'eût été une tigresse si elle l'eût rejetée. Elle a été son intendante, sa secrétaire, sa garde-malade, et a quitté son ménage pour se donner entièrement à elle. »

La duchesse et le tombeau du cardinal de Richelieu

Son oncle, sur son lit de mort en 1642, lui confie qu'elle était « la personne qu'il avait la plus aimée. » Était-ce réciproque ? En tous cas, la duchesse va se soucier d'honorer la mémoire du cardinal, en lui commandant un tombeau monumental.


Plusieurs sculpteurs sont retenus pour réaliser le projet. En 1675, quelques jours seulement avant sa propre mort, elle confie finalement l’exécution du monument au sculpteur de Louis XIV, Girardon.


En dépit de nombreux problèmes de paiement, Girardon achève ce chef-d’œuvre de l'art funéraire 19 ans plus tard, en 1694. Toujours visible à la Sorbonne !

Le saviez-vous ? Le Cid de Corneille est dédiée à la duchesse

De 1637 à 1638, une vive polémique secoue le monde littéraire français : la querelle du Cid ! Le drame de Corneille, Le Cid, a beau avoir rencontré un succès fou, des détracteurs l'accusent de ne pas avoir respecté les règles du théâtre classique. Mais surtout... dans un contexte de guerre franco-espagnole, d'avoir écrit une pièce pro-espagnole, au vu de l'intrigue !


Mais Corneille peut compter sur un soutien de poids : notre duchesse ! C'est en effet une grande protectrice des lettres, qui tient un brillant salon au palais du Petit-Luxembourg, actuelle résidence du président du Sénat.


C'est en tous cas à elle que Corneille dédie son Cid !

Sources

Lucile HaguetLa duchesse d’Aiguillon, gouvernante du HavreCentre Havrais de Recherche HistoriqueCahiers havrais de recherche historique (n°79, 2021)

Alfred de Bonneau-AvenantLa duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, sa vie et ses œuvres charitables (1604-1675)Éditeurs Didier et Cie1879

Michel LarivièreDictionnaire historique des homosexuel.le.s célèbresÉditions de la Musardine2017

Sauvegarde de l’Art FrançaisParis : tombeau du cardinal de RichelieuSauvegarde de l’Art Français, sauvegardeartfrancais.fr