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Et lord Brougham créa Cannes !

Quand : 1834

La statue | ©Николай Максимович / Panoramio / CC-BY-SA
Statue Statue de lord Brougham

Quelques mots sur le « découvreur » de Cannes, l’Anglais Henry Brougham ! Qui a sa statue et sa tombe dans la cité provençale.

Sources : Guide de la mer mystérieuse, éditions Tchou / Lord Brougham, étude biographique et littéraire (Gustave Larroumet, 1879).

Cannes, période pré-Brougham...

Le Cannes que l’on connaît aujourd’hui date de 1834. Seulement, j’ai envie de dire !

Le petit village qui se trouve là jusqu’à alors est pourtant beaucoup plus ancien : Cannes a été l’antique Oegitna, capitale des Oxybiens, avant de devenir castrum Marcellinum.

Mais on n’y trouvait bien que quelques villageois, des pêcheurs hirsutes et deux trois rues sans grand intérêt, un brin pittoresque peut-être, mais c’est tout…

Aaah, si, « pleins de beaux orangers », remarque en 1739 le président Charles de Brosses ! (Le président de Brosses en Italie : lettres familières écrites d'Italie en 1739 et 1740)

Cigales et choléra

Mais nous voilà en 1834. Henry Peter Brougham, 56 ans, vient de débarquer à Cannes.

L’œil vif sous des sourcils arqués, un air sévère, il scrute l’horizon lumineux de la Méditerranée, en face de lui, et hume l‘air avec délice.

Le soleil franc et radieux, le ciel bleu azur, l’air qui embaume la pierre chaude et le mimosa… tout ce qu’il voit et sent lui électrise les sens. Etait-il arrivé au Paradis ?

Oooh, oui, il remarque le pittoresque du site en devenir, bien sûr. Mais il ne compte pas s’y arrêter.

Non, ce natif d’Edimbourg, juge, membre de la Chambre des Lords, rédacteur d’ouvrages sur la physique et la géométrie, membre du parlement du Royaume-Uni, était en route pour l’Italie, accompagné de sa fille unique Eleonore, malade de la tuberculose.

Mais il y avait le choléra. Un cordon sanitaire les empêche de passer la frontière du comté de Nice.

On lui dit qu’il fallait qu’il passe la quarantaine en France, avant de pouvoir pénétrer en Italie.

Bon. Lord Brougham se re-dirige vers Cannes et décide de poser ses valises quelques jours, dans une auberge.

Quelques jours qui en fait durent… 30 ans !


Lord Brougham

Lord Brougham | ©Rijksmuseum / CC0

A la mémoire de sa fille

On raconte que lord Brougham découvre la colline de la Croix des Gardes, en tombe fou amoureux, et décide d’y aménager son jardin, en achetant le terrain pour quelques pièces.

C’est là qu’il construit sa villa Eléonore-Louise (du nom de sa fille), avec un fronton portant la devise INVENI PORTUM ; SPES ET FORTUNA, VALETE ; SAT ME LUSISTIS, LUDITE NUNC ALIOS.

Traduisez ceci par : « Adieu, Fortune, Espoir ! Adieu, vous et les vôtres ! Je viens ici vous oublier. Adieu, Amour, bien plus que tous les autres difficile à congédier ! »

Eléonore… oh, je ne vous ai pas encore dit… la pauvre n’avait pas pu lutter contre le mal qui la rongeait. Elle en était finalement morte.

Lord Brougham avait exposé des photos de sa fille un peu partout dans la villa et avait fait graver dans le vestibule de la villa, sur une plaque de marbre, en lettres d’or :

MOUNT GENTLE SPIRIT TO THE SPHERE WHERE PAIN OR GRIEF NONE CAN E'ER KNOW YET SOMETIMES SHED AN ANGEL’S TEAR O'ER THOSE WHO SORROW STILL BELOW OH SWIFTLY DAWN THE BLESSED DAY WHEN WE TOO HEANVENWARD SHALL RISE CASTING THIS MORTAL COLL AWAY TO JOIN THEE IN THY NATIVE SKIES.
« Monte, âme charmante, vers cette sphère où peines et douleurs sont inconnues ; quelquefois cependant laisse tomber une larme angélique sur ceux dont la douleur ne finit pas ici-bas. Oh ! qu’il vienne bientôt le jour béni où nous aussi nous nous élancerons vers les demeures éternelles, laissant derrière nous les vains bruits de la terre pour te rejoindre dans le ciel ta patrie. »


Cannes

Cannes | ©Pixabay

Une fin paisible à Cannes

C’est en tous cas dans cette retraite paradisiaque que lord Brougham passe des hivers merveilleux, entre 1834 et 1868.

Il vit assez longtemps pour voir les débuts de la prospérité et de l’accroissement de Cannes, avant de rendre son âme le 7 mai 1868, à l’âge extraordinaire, pour l’époque, de 90 ans.

Vous pourrez toujours aller le saluer, lors de votre passage à Cannes : ses restes reposent dans le cimetière cannois du Grand-Jas !

La statue

En 1878, on fête le centenaire de la naissance de notre lord anglais avec moult festivités joyeuses et inauguration de sa statue.

Car en quelques années, Cannes était devenue la ville à la mode, le lieu de villégiature de tous les lords de la gentry britannique.

Ce qui faisait dire : « Deux nations se partagent Cannes, la France et l’Angleterre » (Guide de la mer mystérieuse, éditions Tchou)...

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !