L'imposant mausolée du duc de Morny

Morny par Louis PiersonMorny par Louis Pierson | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

Mais à qui appartient cette tombe, ce vrai petit château, trônant en plein Père-Lachaise ?

Au duc de Morny, célèbre personnalité du Second Empire !

Qui est Morny ?

Il a de qui tenir !

Charles Auguste Louis Joseph Demorny disait de lui-même :

« Dans ma lignée, nous sommes bâtards de mère en fils depuis trois générations. Je suis arrière-petit-fils de roi, petit-fils d’évêque, fils de reine et frère d’empereur. »

En effet, il est le fils d’Hortense de Beauharnais (fille de la célèbre Joséphine) et de Charles de Flahaut… son amant.

Ce qui en fait le demi-frère de Napoléon III, mazette !

Et attendez, le meilleur pour la fin...

Flahaut est en fait le fils du célèbre Talleyrand, l'amant de sa mère Marie-Adélaïde Filleul !

Un touche à tout

Morny commence sa carrière dans l’armée, se tourne vers la politique puis vers les affaires.

Il investit dans le chemin de fer, les mines auvergnates, le canal de Suez, la fabrication de sucre de betterave...

De nouvelles villes

Le duc crée la ville du Vésinet (78) en 1856, et réaménage en 1858 le Deauville (14) que l’on connaît aujourd’hui, qui ressemble plus à l'époque à un gros marais insalubre !

Il y crée les courses hippiques de Deauville, ainsi que celles de Longchamp, à Paris !

Le duc sur son lit de mortLe duc sur son lit de mort | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

La mort de Charles de Morny

Le duc de Morny s'éteint le 10 mars 1865, dans son hôtel parisien de Lassay, à l'âge de 53 ans.

La cause ? Une bronchite, selon les médecins de l'époque, qui constatent une fièvre violente et une faiblesse extrême.

Mais vous voulez savoir la vraie raison ? Une pancréatite !

Mémoires d'un Journaliste (H. de Villemessant, 1873) rapportent que les médecins ne connaissent pas cette maladie.

C'est lors de l'autopsie qu'ils se rendent compte de vilaines lésions au pancréas.

La tombe des MornyLa tombe des Morny | La tombe des Morny, à gauche | ©Andrea Schaffer / CC-BY
Détail du blasonDétail du blason | ©Pierre-Yves Beaudouin / CC-BY-SA

La tombe du Père-Lachaise

On doit sa tombe en pierre de Bourgogne à l’architecte attitré de la famille impériale... Viollet-le-Duc.

On y lit l’épitaphe Pro Patria Imperatore, « pour la patrie et l’Empereur. »

On note aussi le blason du duc, sculpté dans la pierre.

Le duc ne repose pas seul dans son beau tombeau : l'accompagnent la princesse Sophie Troubetskoï, son épouse, et l'une de leur fille, Mathilde de Morny.

Surnommée Missy ou Oncle Max, cette scandaleuse marquise aux mœurs libres, née trop tôt dans un monde trop austère, devient amie avec l’écrivain Colette et connaît une fin tragique avant de venir reposer, elle aussi, au Père-Lachaise...

Cortège funèbre du ducCortège funèbre du duc | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

Les funérailles

Voilà ce qu'on lit dans Le duc de Morny, prince français (Marcel Boulenger, 1925), qui évoque merveilleusement bien les funérailles du duc de Morny.

Une évocation, aussi, d'une de ces cérémonies faites à une personnalité importante du Second Empire.

« Tous les boulevards barrés par la troupe, depuis la Présidence jusqu'au cimetière, les corps de l'État représentés solennellement, les roulements de tambours voilés, rien ne manqua. Il pleuvait un peu, le ciel lui-même portait le deuil. En tête du cortège s'avançait le clergé, dans les premiers carrosses. Puis les chars immenses, vacillant sous les montagnes de fleurs. À dix pas derrière, les gens de la maison ducale. Dix pas encore, et voici un officier en manteau portant sur un coussin de velours noir tous les ordres, cordons, plaques et croix du défunt. Après quoi s'avançaient à pied, derrière le maître des cérémonies, une délégation du Corps législatif, en grande tenue officielle, et quelques amis personnels du mort. Elle roulait lentement, somptueusement, la file interminable des magnifiques carrosses de gala, dorés, surdorés, et cravatés de crêpe : carrosses de la cour et des ambassades, escortés par les cuirassiers, les dragons, les gardes de Paris. Un peuple de tuniques étincelantes, d'uniformes multicolores, de robes chamarrées, un amas de galons, d'aiguillettes, d'hermine et de plumes, s'entassaient derrière les glaces de ces voitures. Enfin apparaissaient des délégations innombrables, groupées sous leurs bannières. Le cortège était long de deux kilomètres... »

Sources

  • Mathilde de Morny. Les Amis et Passionnés du Père Lachaise (APPL) appl-lachaise.net.
  • Alain Frèrejean. Napoléon III. Fayard, 2017.
  • Jacques Vivent. Monsieur de Talleyrand intime. 1963.