Denis Papin, l'inventeur de la cocotte minute !

Du 22 août 1647 au 26 août 1713

Denis PapinDenis Papin | ©Wellcome Collection / Public domain

Direction Chitenay, le village natal de Denis Papin, l’inventeur de la toute première cocotte minute !

La médecine ? Non, la physique !

C’est dans cette commune tranquille de Chitenay, aux environs de Blois, que Denis Papin naît le 22 août 1647.

La famille est installée à Blois dès le 14e siècle. Le père porte le titre de « noble homme », dans l’acte de baptême du petiot.

Denis décroche un diplôme de médecine en 1669, mais, disons-le, il est franchement plus branché physique.

Et il a la chance immense de se retrouver à travailler pour le grand savant hollandais Christian Huygens.

Huygens est une pointure : digne successeur de Galilée et Kepler, il décrit pour la première fois, dans son Cosmotheoros, les dimensions réelles du système solaire connu, en rapportant les distances entre le Soleil et les différentes planètes. Énorme !

Huygens anime l’Académie des sciences, il a besoin d’un assistant. Va pour Papin !

Le monumentLe monument | ©Marlene96 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Cocotte minute, vitriol et gelée

Papin étant protestant, il s’installe à Londres en 1675.

En 1679, il travaille sur son Digesteur : l’ancêtre de la cocotte-minute !

Il utilise la pression de la vapeur d’eau « bouillie », pour « faire cuire toute sorte de viande en fort peu de temps et à peu de frais. »

Pourquoi ce nom de digesteur ? C’est un « instrument ou moyen artificiel propre à dissoudre les mets hors de l’estomac, suivant une voie analogue à celle de la digestion. »

Deux inventions analogues existaient déjà, décrites dans un dictionnaire de 1728 :

  • l’un des inventeurs fait cuire sa viande dans une préparation à base d’esprit de soufre, d’esprit de corne de cerf et de salive du chien ;
  • l’autre utilise huile de vitriol et térébenthine…

La machine de Papin, explique le rapport fait à la Société Royale, permet

« en mettant cette machine sur quelques charbons allumés, ou même en l’exposant simplement à la chaleur d’un petit feu de lampe, la viande, au bout de six ou huit minutes, se trouvait réduite en une pulpe, ou plutôt en un liquide parfait. En poussant le feu, ou seulement en le laissant agir quelques minutes de plus, les os durs se transformaient en gelée. »

Le digesteur, musée des Arts et MétiersLe digesteur, musée des Arts et Métiers | ©Rama / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Un tabac !

La présentation du Digesteur devant la cour du roi d’Angleterre Charles II fait sensation. Celui-ci veut même en avoir un, pour son laboratoire de Whitehall !

Leibnitz écrit même :

« Un de mes amis me mande avoir mangé un pâté de pigeonneaux, préparé de la sorte par le Digesteur, et qui s’est trouvé excellent. »

Un physicien de Florence l’utilise pour « expliquer la cause des volcans et des tremblements de terre » !

En Angleterre, toujours, un certain sir Evelyn rapporte dans son Journal le dîner qu’il fait un jour, à base d'aliments cuits avec le Digesteur.

Il décrit comment les os de bœuf et de mouton se retrouvent aussi moelleux que du fromage (« as soft as cheese »), produisant une incroyable quantité de sauce (« producing an incredible quantity of gravy »), avec une gelée réalisée à partir des os de bœuf, une des plus délicieuses jamais vue ni goûtée (« a jelly made of the bones of the beef, the most delicious that I had ever seen or tasted. »)

Le digesteurLe digesteur | ©Biblioteca de la Universidad de Sevilla / Public domain

« De bons consommés à juste prix »

Au début, Denis Papin offre son invention aux hôpitaux, pour nourrir les plus pauvres. Mais on avait tourné la machine en ridicule !

« On ne vit dans le digesteur qu’un appareil permettant de faire du bouillon, à peu de frais, avec les déchets de la viande de boucherie et de basse-cour, et plus tard de fabriquer des tablettes de gélatine, dont il s’est longtemps servi dans les hospices et à bord des navires. »

En France, au 18e siècle, des religieux l’utilisent pour nourrir la population, par temps de disettes.

Isaac Papin, cousin de Denis, a même l’idée d’une machine simplifiée, pour concocter « de bons consommés à juste prix » :

« Avec 3 livres d’os secs ayant déjà souffert la cuisson ordinaire du pot ou de la broche, il se faisait fort d’obtenir 24 livres de gelée, soit 12 pintes, dont le quart de la pinte suffisait à un repas pour soutenir un pauvre au défaut du pain… Avec 8 marmites contenant 25 pintes, il eût été possible de fournir de bouillon tous les pauvres de Blois, et il y aurait eu de quoi donner à 4000 pauvres une chopine de bonne gelée par jour... »

Denis Papin, lui, l’utilise pour conserver des fruits et des viandes, que l’on pouvait consommer pendant les longs voyages en mer, par exemple.

Il voulait même faire éclore des poulets avec !

« Les œufs étant ainsi enfermés dans des marmites de verre, on aurait vu facilement quand il en serait sorti des poulets. »

Des idées plein la tête

Loin de s’arrêter là, Denis Papin travaille aussi « à faire des lits où l’air par son ressort soutient les gens couchés, au lieu qu’on se sert ordinairement de la plume. »

Des matelas à air !

Et puis, il pense à faire « un essai pour voler ou élever quelque machine en l’air »… oh, la montgolfière viendra plus tard.

Revenu en France, puis reparti aux quatre coins de l’Europe, Papin n’a qu’une obsession : créer une machine à vapeur.

Mais il n’a pas de sous, il ne réalisera jamais son projet. Il va finir sa vie, anonymement, en Angleterre...

Sources

  • Alfred Auguste Ernouf. Denis Papin : sa vie et son œuvre. 1883.
  • Louis De La Saussaye. La vie et les ouvrages de Denis Papin. 1869.
  • Augustin Cabanès. Les évadés de la médecine. 1931.