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Crocé-Spinelli et Sivel, morts à 8000 mètres d'altitude

Croce-Spinelli et Sivel juste avant l'accident | © Wellcome Collection / CC-BY
Lieu de sépulture Accident Exploration Cimetière du Père-Lachaise

« Morts à 8000 mètres d'altitude ».

C'est l'épitaphe qui orne la très émouvante tombe des deux aéronautes disparus en 1875...

Le récit du drame

A bord du Zénith !

Crocé-Spinelli, 29 ans, et Sivel, 40.

Deux aéronautes, qui le 22 mars 1874, réalisent une première ascension en ballon à une altitude de 7300 mètres, à bord de L’Etoile polaire.

Les 23 et 24 mars 1875, ils volent à bord du Zénith : un vol record de presque 23 heures !

C'est sur le Zénith, lors d’un nouveau vol parti de La Villette, que les deux amis trouvent la mort, le 15 avril 1875...

Les mains gelées

Une mort horrible ! Asphyxiés. Montés trop haut dans le ciel, ils se sont brûlés les ailes.

Oh, oui, ils ont bien ressenti les premiers malaises vers 8 000 m, mais pensez-vous ! Ca ne les décourage pas ! Ils continuent leur montée…

Le ballon atteint alors les 8 600 m... ils perdent connaissance.

Et le froid, oouuh, le froid ! Ils en ont bien souffert.

Gaston Tissandier, le troisième aéronaute présent dans la nacelle le jour du drame, écrit ceci d’une main glacée, à près de 7000 m d’altitude :

« J’ai les mains gelées. Je vais bien. Brume à l’horizon. Nous montons. Croce souffre. Nous respirons de l’oxygène. Sivel ferme les yeux. Croce aussi. Sivel... assoupi. Sivel... jette... lest... »


Les mots deviennent illisibles...


L'accident à bord du Zénith

L'accident à bord du Zénith | ©The Library of Congress / Public domain

C'est la fin...

Sivel se réveille brusquement pour lâcher du lest, une nouvelle fois : le ballon saute à 8000 m.

Soudain... tous trois perdent connaissance. Pouf ! S'écroulent, vulgaires sacs de son.

Puis Tissandier reprend connaissance :

« Mes deux compagnons étaient accroupis dans la nacelle, la tête cachée dans leur manteau. Je rassemble mes forces et j’essaye de les soulever.
« Sivel avait la figure noire, les yeux ternes, la bouche béante et remplie de sang. Crocé-Spinelli avait les yeux fermés et la bouche ensanglantée. »
La Navigation aérienne (Arthur Mangin, 1894)


Il est 16 heures à Ciron, dans l'Indre, quand le ballon s’écrase contre un arbre, à 300km de Paris, 5h après son départ de la capitale.

Avec à son bord... un survivant et deux hommes déjà morts.

Plus de bouteilles...

A l’époque, on ne connaissait pas vraiment les risques liés à l’altitude.

Une lettre du médecin Paul Bert avertit pourtant nos aéronautes de prendre plus de bouteilles d’oxygène que ce qu'ils ont prévu.

Mais vous savez quoi ? La lettre n'est jamais parvenue à temps...

Le troisième homme !

Un troisième homme faisait partie de la tragédie du Zénith, nous l'avons vu : Gaston Tissandier, chimiste et aéronaute parisien.

Il a repris connaissance lors de la chute, mais perdra irrémédiablement l’ouïe.

Lui aussi a été inhumé au Père-Lachaise, à sa mort en 1899 : sa tombe est ornée d'un petit ballon…


La tombe

La tombe | ©Coyau / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Les funérailles

Histoire de mes ascensions (Gaston Tissandier, 1887) évoque l'enterrement des deux aéronautes :

« Les funérailles de Sivel et Crocé-Spinelli eurent lieu le 20 avril au milieu d'un grand concours de population. Dès dix heures du matin, la cour des marchandises de la gare d’Orléans était remplie par une foule considérable, qui débordait en dehors des barrières et en obstruait les abords.
« A onze heures précises, la levée des corps a été faite et les cercueils ont été transportés à bras d’hommes jusqu’aux corbillards. L’émotion des assistants était profonde, chacun rappelait les actes d’énergie, de dévouement des deux jeunes savants et les tristes incidents du drame terrible du 15 avril.
« Puis le cortège s’est mis en marche et a suivi le pont d’Austerlitz, le boulevard Contrescarpe, la place de la Bastille et la rue de la Roquette jusqu’au Père-Lachaise.
« Tout le long du parcours, ce cortège marchait au milieu d’une double haie humaine et grossissait à mesure qu’il avançait. On était parti dix mille à peu près de la gare d’Orléans, on était près de vingt mille en approchant du cimetière. »


Parmi la foule, parmi tous les amis venus leur rendre un dernier hommage, une silhouette voûtée attire tous les regards...

Le vieux père de Crocé-Spinelli !

Il s'est laissé tombé devant la tombe, poussant ce cri terrible : « Adieu ! mon fils ! adieu ! à toi l'immortalité ! »

Le tombeau les représente en gisants couchés côte à côte, une main serrée l’une dans l’autre...


À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !