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Chez Chateaubriand à la Vallée-aux-Loups

Quand : 1807 - 1818

La Vallée-aux-Loups | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Château François-René de Chateaubriand La Vallée-aux-Loups

Le célèbre Chateaubriand y passe 11 ans, en exil. Son paradis sur terre !

A l'origine du nom !

Quelle est l’origine du nom poétique de Vallée-aux-Loups ?

Il vient tout simplement du fait qu’il y a longtemps, loups mais aussi sangliers, cerfs et chevreuils peuplaient cette terre acquise en 1683 par le ministre de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert !

Que fait Chateaubriand ici ?

Pourquoi l’écrivain atterrit là ? Il a écrit un article dans Le Mercure où il attaque Napoléon Ier (Le Tyran déifié).

Il dénonce ce qu’il dit être une dictature et affirme le devoir de l’écrivain face au tyran : « C’est en vain que Néron prospère, Tacite est déjà né dans l’Empire. »

Résultat : il est obligé de s’éloigner de Paris !


La Vallée-aux-Loups

La Vallée-aux-Loups | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Un petit coin de paradis...

1803. Chateaubriand écrit de Rome qu’il avait envie d’avoir « une chaumière, quelque hutte sur le coteau de Marly : une petite retraite où il put se cacher », « un coin de terre à labourer de mes mains ».

Quatre ans plus tard, le rêve se réalise, mais pas vers Marly... Il achète le domaine de la Vallée-aux-Loups à un brasseur de la rue Saint-Antoine, avec le produit des droits d’auteur d’Atala et du Génie du christianisme.

Et dire que quelques années plus tôt, il écumait les déserts brûlants et les cités couleur d’or cuivré en Terre Sainte, lors d’un long voyage qui le mène en Italie, Turquie, Grèce, Espagne...

Il était temps de se poser enfin quelque part !


La Vallée-aux-Loups

La Vallée-aux-Loups | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Maison de jardinier et arbres libanais

Le domaine se compose alors d’une maison entourée de 15 arpents de terre.

Chateaubriand raconte dans ses Mémoires :

« [C'est] une maison de jardinier cachée parmi des collines couvertes de bois. Le terrain inégal et sablonneux dépendant de cette maison n’était qu’un verger sauvage au bout duquel se trouvait une ravine et un taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances. »


Il paie le domaine 3000 francs, « produit de ses rêves et de ses veilles ».

Il en dépense le double pour l’aménager !

Il commence par faire venir des arbustes du Liban et du sud de l’Espagne.

Il écrit :

« Je me suis attaché à mes arbres, je leur ai adressé des élégies, des sonnets, des odes. Il n’y en a pas un seul d’entre eux que je n’aie soigné de mes propres mains, que je n’aie délivré du ver attaché à sa racine, de la chenille collée à sa feuille. »


La Vallée-aux-Loups

La Vallée-aux-Loups | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Le Chat et la Chatte, chez eux

Pensées, maximes, essais et correspondance de J. Joubert (1862) racontent que l’auteur n’a pas dû consulter sa femme et ses amis, pour l'achat de sa maison :

« Si Mme de Chateaubriand se plaît un quart d’heure dans son futur manoir, son mari n’aura pas fait une aussi mauvaise affaire que je l’ai d’abord craint. »


L’épouse en question (« la chatte », comme on l’appelait), s’ennuyait partout et les hobbies de son mari ne lui plaisaient pas.

L'écrivain Henri Latouche, le voisin de Chateaubriand, raconte comment l’auteur, alors qu’il restaure le bâtiment principal du domaine, se retire dans la tour depuis appelée Velléda, deux hivers entiers !

« Il commençait à six heures sa double journée de poète et de jardinier. Il quittait l’étude pour aller tenir de ses mains le jeune cèdre dans la place qu’il avait fait ouvrir, et après avoir, autour des racines, appuyé la terre avec son sabot de paysan, il revenait ranimer son âtre et reprendre sa plume. »
Vallée aux loups : souvenirs et fantaisies (1833)


Latouche ajoute :

« C’était Le Nôtre, Ovide et Robinson. Oui, mais ce n’était point un mari, et Mme de Chateaubriand qui avait l’âme tendre et qui aimait beaucoup la compagnie, souffrait terriblement de se voir condamnée à vivre seule dans ce désert. »


Céleste, l'épouse de Chateaubriand, rapporte d'ailleurs ceci :

« Comment oser dire que je m'ennuie à Val-de-Loup, avec M. de Chateaubriand ? Je me ferais arracher les yeux par une dizaine de femmes et le cœur même, si, après un tel aveu, elles me soupçonnaient d'en avoir un.
« Le Chat (c'était son mari) ramage des vers par le mauvais temps ; quand la pluie cesse, il vole à ses chers arbres qu'il plante et déplante tant qu'il peut.
« Pour moi, je ne suis occupée tout le jour qu'à souffler un feu de souches qui ne brûlent pas et à gronder Florette qui ne m'écoute guère. »
La vie de Chateaubriand (Marcel Rouff, 1929)


La Vallée-aux-Loups

La Vallée-aux-Loups | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

La Vallée-aux-Loups

La Vallée-aux-Loups | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Un auteur prolifique

Connaissez-vous la tour Velléda ?

Chateaubriand y installe sa bibliothèque et son cabinet de travail.

Napoléon y serait passé discrètement, en l’absence des propriétaires, pour voir comment se déroulait l’exil de l'écrivain !

En tous cas, à la Vallée-aux-Loups, Chateaubriand écrit Les Martyrs, Les Abencérages, L’Itinéraire, et le début des Mémoires d’Outre-tombe.


La Vallée-aux-Loups

La Vallée-aux-Loups | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Les arbres protecteurs des vieux jours

En 1816, Chateaubriand doit se défaire de la maison. Il a des problèmes d’argent, mais en plus, la banqueroute d’un libraire n’arrange pas les choses.

Il espère le retour des Bourbons sur le trône ; en préambule de ses Mémoires d’Outre-tombe qu’il commence en 1811, il écrit :

« Si jamais les Bourbons remontent sur le trône, je ne leur demanderai, en récompense de ma fidélité, que de me rendre assez riche pour joindre à mon ermitage la lisière des bois qui l'environnent ; l'ambition m'est venue, je voudrais accroître ma promenade de quelques arpents.
« Les arbres que j'y ai plantés prospèrent ; ils sont encore si petits que je leur donne de l'ombre, quand je me place entre eux et le soleil. Un jour en me rendant cette ombre, ils protégeront mes vieux ans, comme j'ai protégé leur jeunesse... »


Mais il est rayé de la liste des ministres d’État et privé de sa pension de 24 000 francs. C’est la perte de cette pension qui le force à vendre la Vallée.

Il note dans ses Mémoires en 1818 :

« Voici les derrières lignes que je trace dans mon ermitage. Il le faut abandonner. Mes arbres vont passer sous un autre empire : leur nouveau maître les aimera-t-il comme je les aimais ? Il les laissera dépérir, il les abattra peut-être, je ne dois rien conserver sur la terre. »

Conclusion

« La Vallée aux Loups, de toutes les choses qui me sont échappées, est la seule que je regrette ».

Lui qui avait été exilé ici par Napoléon Ier, il en sera chassé par les Bourbons... quelle histoire !

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !