Château de Quincey : chez la marquise de Thianges, sœur aînée de Mme de Montespan et amie fidèle du roi
Marquise de Thianges (anonyme, 17e s) | ©G.Garitan / Wikimedia Commons / CC-BY-SALe roi rend visite à la marquise à Quincey
En 1658, c'est un jeune Louis XIV âgé de 20 ans, accompagné de la cour, qui débarque au château bourguignon de Quincey. Que fait le roi en Bourgogne ? Il fait route pour Lyon, afin de négocier un éventuel mariage avec la Savoie...
Ils sont reçus par les propriétaires, le marquis de Thianges et son épouse... la sœur aînée de la célèbre Mme de Montespan, future favorite !
Le registre paroissial rapporte :
« Ils furent conduits en procession au château où la dame marquise de Thianges, née Mortemart, en grand habit, les attendait au grand portail de la cour d’honneur sur les fossés, entourée de sa maison et des femmes et filles du pays et de plusieurs pays voisins, qui, une fois les révérences faites, offrirent les fleurs. »
Château de Quincey | ©Bildoj / Wikimedia Commons / CC-BY-SAL'aînée de la fratrie
Alors, oui, cette soeur ? Elle s'appelle Gabrielle de Rochechouart de Mortemart. Elle est la fille aînée (née en 1631) de Gabriel de Rochechouart de Mortemart et de Diane de Grandseigne.
La fratrie compte en tout 4 frères et sœurs : dont la mythique Françoise-Athénaïs (née en 1640), future Mme de Montespan, ou Marie-Madeleine de Rochechouart, la « perle des abbesses » de l'abbaye de Fontevrault !
La Bourgogne ? La marquise déteste !
Gabrielle épouse en 1655 Claude Léonor de Damas, marquis de Thianges, d'une vieille famille du Forez installée en Bourgogne il y a des siècles. Un seigneur austère, franchement pas courtisan frivole dans l'âme ! Qui, une fois sa carrière militaire accomplie, rentre fissa chez lui en Bourgogne sur ses terres, se reposer.
Une retraite absolument pas du goût de Gabrielle, qui s'ennuie à mourir à Quincey. Elle se met à détester le pays. Et revient vite à Paris. Toute sa vie durant, elle gardera une aversion marquée pour la Bourgogne. Sa plus belle insulte ? Traiter quelqu'un de... Bourguignon !
Mme de Montespan | ©Rijksmuseum / CC0Le roi et la marquise se taquinent !
Gabrielle aime l'opéra, les comédies et les plaisirs de la table. Spirituelle, elle a un beau sens de la répartie et des boutades à l'emporte-pièces. Elle se chamaille beaucoup avec sa sœur cadette, Mme de Montespan (c'est Mme de Maintenon qui le dit).
Espiegle et drôle, elle n'en rate pas une. Le roi non plus, avec elle : Saint-Simon raconte qu'un jour, le roi fait « mettre des cheveux dans du beurre et des tourtes, que l'on servait à Mme de Thianges, fort propre pour le manger. Elle criait, vomissait, chantait pouille au roi qui riait de tout son coeur... Quelquefois, elle faisait mine de lui jeter au nez des saletés à travers la table. »
Louis XIV (A. de Saint-Aubin, 1779) | ©Metropolitan Museum of Art / CC0La marquise, un « chef-d'œuvre de la nature » !
Mais elle a, entre autres défauts, tendance à se croire supérieure aux autres. Mme de Caylus raconte dans ses Mémoires :
« Elle se regardait comme un chef-d'œuvre de la nature, non pas tant pour la beauté extérieure que pour la délicatesse des organes qui composaient sa machine » !
Sa famille ? Boh, la plus ancienne du royaume, plus vieille encore que celle du roi ! Donc supérieure. Saint-Simon écrit :
« Elle était impérieuse et glorieuse au dernier point. Elle vantait toujours sa maison au roi, en effet, grande et ancienne, et le roi, pour la piquer, la rabaissait toujours. Quelquefois de colère, elle lui disait des injures, et plus le roi en riait, plus sa furie augmentait. »
L'amie fidèle du roi, qui apprécie sa répartie
Bien avant que sa sœur cadette Françoise-Athenaïs, future marquise de Montespan, n'arrive dans le cœur du roi, Gabrielle faisait déjà sensation à la cour de Versailles.
Auprès du roi surtout, qui l'avait admise aux « déjeuners d'hommes. » Seule représentante de la gent féminine, pas intimidée pour deux sous, sa répartie y fait sensation ! Et même quand l'aura de la belle Montespan se fanera, Gabrielle restera proche amie du roi. Jusqu'à sa mort, en 1693.
Saint-Simon nous la dépeint d'ailleurs à la fin de sa vie :
« Elle avait les yeux fort chassieux, avec du taffetas vert dessus, et une grande bavette de linge qui lui prenait sous le menton. Ce n'était pas sans besoin. Elle bavait sans cesse et fort abondamment. Dans cet équipage, elle semblait la reine du monde ; et tous les soirs, avec sa bavette et son taffetas vert, elle se faisait porter en chaise au haut du petit escalier du roi, entrait dans ses cabinets, et y était avec lui et sa famille assise dans un fauteuil, depuis la fin du souper jusqu'au coucher du roi. »
Sources
Jean-Christian PetitfilsMadame de MontespanÉditions Fayard, 2014
Louis BertrandLouis XIVÉditions Frédérique Patat, 2013
Maurice RatLa royale MontespanLibrairie Plon, 1959
Le Bien PublicChronique bourguignonne : le roi Louis XIV à Quincey-lès-NuitsLe Bien Public, 08/07/1900

