This website requires JavaScript.

Binot Paulmier de Gonneville et les mirages du Brésil

Rio de Janeiro, Brésil | ©Nuno Lopes / Pixabay
Port Exploration Port de Honfleur

Mystère : le Normand Binot Paulmier de Gonneville a-t-il, oui ou non, été le premier Français à atteindre le Brésil, en 1504 ?

Et à en rapporter le premier Brésilien à fouler la terre française ?

Où sont-ils allés ?

Etrange affaire !

Le 7 mai 1505, une vingtaine d’hommes, vêtements sales et déchirés, traits tirés, barbes hirsutes, débarque sur l’île de Jersey.

Au large, leur bateau en train de couler.

Ils racontent qu’ils s'en reviennent d’un pays paradisiaque où le soleil coule à flots en rayons cuivrés, où la végétation est verte émeraude et foisonnante.

Où est-ce ? Ils ne savent pas !

Après des mois de voyage et de privations pour y arriver, ils ne savent même pas où situer ce pays de rêve, sur une carte...

Incroyable !

Cet équipage hagard, c'est celui du honfleurais Binot Paulmier de Gonneville.


Honfleur

Honfleur | ©Pixabay

Le départ d'Honfleur

Mais revenons au début de cette histoire, le 24 juin 1503...

Nous voilà à Honfleur, sur le quai Sainte-Catherine, où l’eau bleu ardoise clapote gentiment.

L’Espoir attend, toute voile dressée.

Avec à son bord son équipage qui rêve d’atteindre les Indes.

Et voilà le capitaine, Binot (Benoît) Paulmier de Gonneville. Il a 60 marins sous son commandement.


Paulmier de Gonneville, Jardin des Personnalités, Honfleur

Paulmier de Gonneville, Jardin des Personnalités, Honfleur | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Un cap à passer

Cap d’abord sur les îles du Cap-Vert, sur quoi le capitaine s’en remet aux deux marins portugais qu’il a engagés, qui lui conseillent de prendre la route du Sud, plus sûre niveau tempêtes.

Mais les deux navigateurs s'avèrent vite complètement paumés : ils ont raté le coche, loupé le Cap de Bonne-Espérance !

Adieu, route des Indes... Ils ne savent pas où ils vont, où ils sont.

Le bateau erre des mois, ballotté par les tempêtes, l’équipage soumis aux maladies, à la peur, la faim.

L’eau potable n’est plus qu’une eau croupie pleine de miasmes, les victuailles des miettes moisies.

Terre !

Jusqu’à ce jour du 6 janvier 1504, où une terre apparaît au large.. Tout petit point vacillant sur l'horizon immense !

Ils découvrent un pays, inconnu. Cette terre qu’on n'appelle pas encore Brésil, mais Santa Cruz.

Son roi, Arosca, ses sujets (de petits hommes à la peau brune couverte de plumes), accueillent Binot et ses hommes, leur offrent nourriture et eau tout en leur permettant de remettre en état leur bateau.

Le 3 juillet, le navire lève enfin l’ancre. A son bord, le fils d’Arosca, confié à ces Blancs venus de si loin…

Il a pour prénom Essomericq.

Bien sûr, Binot renverrait le fils du chef chez lui. Bien sûr, oui…


Indiens du Brésil

Indiens du Brésil | ©Arquivo Nacional do Brasil / Public domain

Un Indien en Normandie

Il leur faut 11 mois pour rentrer en Normandie, contre 6 à l'aller.

Un voyage cauchemardesque. Des tempêtes monstres, deux escales.

Puis au large de Jersey, une violente attaque de pirates et le naufrage.

Perdues, les cargaisons ! Perdu, le précieux journal de bord.

Paulmier de Gonneville fera un récit de son voyage, de mémoire, qu’il ne publiera jamais.

Jusqu'à ce qu'en 1664 un livre sorte sous le nom de Mémoires touchant à l’établissement d’une mission chrétienne dans le troisième monde autrement appelé la Terre australe.

Ecrit par un certain… Jean Paulmier de Courtonne, « prêtre ind ».

Prêtre indien.

Indien, ce prêtre en avait du sang, à cause d’un ancêtre surprenant : un arrière-grand-père, dont on ignorait le lieu de naissance.

Un endroit qu’on ne savait pas situer sur une carte. La terre qu’a vue Paulmier de Gonneville...

Car cet ancêtre, c’est cet Essoméricq, ce jeune Indien qu’il avait embarqué et qu'il ne ramena jamais chez lui, faute d’argent !

Oui. Essoméricq était resté à Honfleur : adopté par Binot, il lui donna la main de sa nièce Marie Moulin.

Ils eurent 15 enfants, et Essoméricq est mort à près de 90 ans, quelque part au cœur du Calvados.

Le Brésil ?

Nul doute que Paulmier a bien fait un long voyage vers une terre alors inconnue, puisqu’il a ramené Essoméricq.

Mais où a-t-il mis le pied ? Plusieurs historiens s’accordent sur le Brésil.

La découverte se serait faite par hasard, on l'a vue, alors que Paulmier de Gonneville tentait d’accéder aux Indes : le navire se perd en ratant le Cap de Bonne-Espérance.

Pourtant, le voyage de Paulmier divise les historiens : pour les uns, il a bien accosté au Brésil.

Pour les autres, c'est une pure invention de l'abbé Paulmier de Courtonne, chanoine de Lisieux... qui se disait arrière-petit-fils d'Essomericq.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !