Une histoire d'escourgette et d'eau dans le vin : la discipline du roi saint Louis

Vinaigrette 0
La tunique - ©Alexander Baranov / CC-BY • La discipline ©PHGCOM / CC-BY-SA La tunique - ©Alexander Baranov / CC-BY • La discipline ©PHGCOM / CC-BY-SA
Cathédrale Notre-Dame de Paris Cathédrale Louis IX

Deux éléments du trésor de Notre-Dame de Paris plutôt originaux... deux objets ayant appartenu au roi saint Louis. Saint Louis ? Le roi Louis IX !

Venez plus près... On voit sa tunique en lin et sa discipline. Sa... quoi ?? Discipline ?! Ou « escourgette ». Rien à voir avec le nom moyenâgeux d’un légume bien connu, c’est un petit fouet de métal ou de fibre qui sert à s’auto-flageller.

Vous avez vu ? Celui-ci a son étui en ivoire (Louis le porte toujours sur lui, dès fois qu’une envie de s’auto-punir le prenait, comme d’autres ont une petite envie pressante).

Auto-flagellation et mortification

Non, blague à part : pas d’histoires sado-masochistes en vue... Car Louis ne rigole pas, avec son surnom de saint. Il a une foi intense. Entière. Et s’auto-flageller fait partie de sa foi.

J’en entends qui disent : « Maiiiiis... pourquoi tant de violeeeence ?! »

Pas de panique, ça s’explique : dans la religion catholique, s’imposer une souffrance physique permet de mieux faire pénitence... on reconnaît sa faute et on accepte la punition en conséquence.

Bref, Louis se mortifie.

Se... mortifie ? Oulà ! Comme vous dites.

La mortification consiste à contrarier un sentiment, un penchant, en s’infligeant des souffrances volontaires ou en se privant de quelque chose d’agréable. Tout ça pour que le « renoncement à soi-même » se fasse : renoncement qui permet de se tourner vers Dieu plus facilement.

C’est comme ça que Louis se fait donner la discipline tous les vendredis par son confesseur ! Oui : avec Louis, le vendredi, c’est escourgette...

De l'eau dans son vin... ou dans son potage

Mais y’a pas que l’escourgette, dans la vie !

En voyage, à cheval, Louis s’arrête dans la moindre petite chapelle et prie, prie, prie comme si sa vie en dépendait. La nuit, hop, lever 3 fois pour ses prières.

On a vu que dans son abbaye de Royaumont (95), il va jusqu’à soigner les plus repoussants des lépreux et partager leur repas. Fait rare pour un roi !

Sa piété s’insinue dans les moindres détails de sa vie : il jeûne souvent, longtemps. Il boit aussi de la bière alors qu’il en a horreur, et met 3 fois plus d’eau dans son vin que la normale ! Toujours rapport à la privation, vous savez...

« Il mangeait des pois, des fèves et d’autres viandes grossières qui avaient peu de goût, plutôt que de celles qui étaient plus agréables. Il mangeait souvent des potages mal assaisonnés, dont d’autres n’eussent pas voulu manger. Et même quand on lui apportait quelque ragoût et quelque sauce bien apprêtée, il y mettait de l’eau afin qu’elle n’eût plus de goût. »

(vu dans Vie de Saint Louis (Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont, 1849)

N.B. : la cathédrale Saint-Aspais de Melun (77) conserve le cilice de Louis... une chemise en crin qui gratte la peau sans arrêt !


Et encore !