Tout ce que vous devez savoir sur le sacre de Charles VII à Reims !

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La cathédrale - ©Johan Bakker / CC-BY-SA La cathédrale - ©Johan Bakker / CC-BY-SA
Cathédrale Notre-Dame de Reims Cathédrale

17 juillet 1429, cathédrale de Reims. On vous fait découvrir les secrets du sacre le plus célèbre de l'Histoire de France !

La situation, avant le sacre (une histoire de Pucelle)

Un dauphin déshérité !

Le roi de France, Charles VI, fait crise de folie sur crise de folie. Incapable de régner.

Pendant qu'une guerre civile ravage Paris pour la conquête du trône, le futur Charles VII a fui pour se planquer à Bourges. On est alors en 1418, il a 15 ans.

Deux ans plus tard, le traité de Troyes signé par sa mère Isabeau de Bavière le déshérite et refile le trône au roi anglais Henri V, qu'elle a marié avec sa propre fille, la sœur du dauphin !

Charles se retrouve replié au sud de la Loire, il ne contrôle plus rien.

Les Anglais règnent en maîtres, avec la promesse que leur roi montera sur le trône de France après la mort de Charles VI.

Jusqu’à l’arrivée d’une Pucelle à cheval...

Heureusement, Jeanne arrive

On est dans la mouise : les Anglais ne comptent pas repartir, ils attendent que le petit Henri VI, le neveu du dauphin Charles, grandisse et monte sur le trône de France.

Mais une certaine Jeanne est en train de galoper dans la poussière des routes sèches, pour rendre son trône à Charles !

« Jeeeaaaanne... » La petite bergère lorraine de la légende dorée entend des voix d’anges lui dire d’aller flanquer son roi sur son trône, à Reims...

Elle se met en route. La voilà à Chinon, où Charles se trouve. Elle a de grandes choses à lui révéler... qu’on l’a choisie pour bouter les Anglais hors du royaume et lui, le faire sacrer roi à Reims !

Il s’en est fallu de peu pour que le dauphin n’arrive jamais à Reims

Oui, c'est bien beau, de vouloir se faire sacrer à Reims, la ville traditionnelle du sacre...

Sauf que l’ennemi cerne la ville ! Il en faudra, des combats, pour ouvrir la voie vers la cathédrale…

En plus, les Anglais convainquent les Rémois que l’arrivée des troupes du dauphin représente un danger. Le conseil de la ville, pro-anglais, appelle la population à prendre les armes.

De son côté, le dauphin écrit aux Rémois pour annoncer son arrivée, en vue du couronnement, leur demandant loyauté et obéissance…

Tu parles d'un dilemme ! On hésite. D'un côté, on craint les représailles anglaises, de l'autre on veut qu’ils dégagent…

Finalement, une délégation rémoise va à la rencontre du futur roi, lui offrir leur soutien et leur obéissance !

La préparation du sacre la plus rapide de l’Histoire

On dispose d'à peine 24 h pour préparer le sacre ! Le roi arrive le samedi 16 juillet 1429, le sacre doit avoir lieu le lendemain.

C’est une cérémonie particulière, faite... à l’improviste ! Et dans l’urgence, des fois que l’Anglais ne débarque.

On y passe toute la nuit, tout le monde s’active.

Normalement, un sacre se prépare des mois, voire une année entière...

Il manque absolument tout. Les vêtements royaux se trouvent à Saint-Denis (zone anglaise), on doit les remplacer par d’autres, spécialement confectionnés par des dames rémoises.

Normalement, on a besoin des regalia, ces objets indispensables au couronnement du roi : problème, eux aussi se trouvent à Saint-Denis, en zone ennemie !

On en trouve des moins glorieuses, dont une vieille couronne, dans le trésor. Bah, elle fera l'affaire !

Les otages et l’Ampoule

Le matin du sacre, quatre seigneurs se préparent pour escorter la Sainte Ampoule de l’abbaye de Saint-Rémi à la cathédrale, même chose au retour.

Otages, parce qu’ils s’engagent sur leur vie et par serment, à sauvegarder ce liquide précieux.

Pour ce sacre, on compte :

Jean de Brosse, maréchal de Boussac ;

Gilles de Rais ;

• l’amiral Louis de Culant ;

• Jean de Graville, grand maître des arbalétriers.

Charles à l’archevêché

Comme la tradition le veut, Charles VII loge au palais du Tau, l’archevêché. Le palais servait pendant et après tous les sacres.

C’est là que le roi prend son festin après la messe du sacre, dans la salle du Festin : il est à jeun depuis la veille !

Jeanne d'Arc dans la foule

Le jour J, princes, chevaliers, seigneurs, clergé, noblesse, armée, peuple… tous tentent de se masser dans l’immense cathédrale, bien trop petite, pourtant, pour accueillir cette foule grouillante qu'on voit refluer vers les rues voisines.

Dans le chœur, les visages graves du duc d'Alençon, des comtes de Clermont et de Vendôme, des sires de La Trémoille et de Laval.

Et puis... Jeanne d'Arc, rayonnante. Elle voyait enfin son dauphin se faire couronner. Comme dans ses rêves !

Elle est la seule à avoir son étendard à la main. Sacrilège !

Quand ses juges rouennais lui poseront la question de cette présence incongrue dans l'église, elle répondra : « Il avait été à la peine, c'est bien raison qu'il fût à l'honneur. »

Comprenez : j'ai pris tous les risques pour mener le roi ici, alors, lâchez-moi un peu la grappe !

Des traîtres dans les rangs

Sur les 12 pairs devant assister au sacre, seuls 3 ont répondu présents : les autres ont rejoint le parti anglais !

Dont le célèbre Pierre Cauchon, futur ordonnateur du procès de Jeanne d’Arc à Rouen et évêque de Beauvais !

On les remplace par des figurants choisis parmi la noblesse.

Le dais de Charles VII

Existe-t-il un vestige de ce sacre ? Oui ! Il se trouve au Louvre, depuis 2009 ! Il s'agit du dais du trône du roi.

Une tapisserie découverte en 2008 chez un particulier, par un antiquaire qui a eu le nez creux.

Une création exceptionnelle du maître flamand Jacob de Littemont, peintre de Charles VII (on lui doit la verrière de l’Annonciation de la cathédrale de Bourges) !

Ingrat !

Le roi a retrouvé son trône grâce à Jeanne d'Arc : pourtant, il la laisse brûler à Rouen !

On peut se dire : « Rooh, quel salopiot, ce Charles ! »

Une fois roi, Jeanne, il s’en fiche. Ingrat ? Oui, sûrement.

Mais pas que. Les Anglais jugeront Jeanne comme une hérétique, à Rouen. Alors, s'acoquiner avec une hérétique face à l’Eglise, c’est se mettre soi-même dans une sacrée mouise…

Deux rois sacrés… mais un seul légitime !

On se demande pourquoi les Anglais n’ont pas pensé à faire disparaître la Sainte Ampoule, pour empêcher le sacre de Charles VII et s’en servir eux-mêmes, pour le sacre de leur roi à Paris...

Oui, car pendant ce temps, à Paris, les Anglais faisait sacrer Henri VI, roi de France et d'Angleterre !

Celui qui récupère la couronne après la destitution du dauphin, fils de la sœur de Charles VII et du roi d’Angleterre Henri V...

Mais sans la Sainte Ampoule, le sacre d'Henri VI n’a aucune signification…

De toute façon, il n’y a qu’un roi de France, Charles VII. Point !


Et encore !