Sulfureux, mystérieux, ces 9 Provençaux qui ont défrayé la chronique

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Les Prophéties - ©Hayato TAKUBO / Public domain Les Prophéties - ©Hayato TAKUBO / Public domain

SOMMAIRE
1 – Anicet Martel : dernier roué vif
2 – Bruni-d'Entrecasteaux : le président assassin
3 – Le couple de Sabran
4 – Nostradamus
5 – Louis Gauffridy : mon démon et moi
6 – Le marquis de Sade
7 – Perrinet Parpaille
8 – Honoré de Mirabeau : la vie de patachon
9 – Gaspard de Besse : Robin Hood provençal


Anicet Martel : dernier roué vif

Où ? : place d'Albertas, à Aix-en-Provence (13)

Barre de fer et os broyés

Saviez-vous que Martel a été le dernier roué vif de France, le 2 août 1790 à Aix ? Aah, la roue... Un sympathique supplice qui consistait à attacher votre victime sur une croix au sol, bras et jambes écartés, et de le frapper à divers endroits du corps avec une barre de fer. Et ce n'est pas fini ! Car les os broyés, le supplicié se faisait ensuite ligoter sur une roue en haut d'un poteau, face vers le ciel, pour attendre sa mort. La Faucheuse a un sens de l'humour approximatif : l'agonie pouvait durer des heeeeures... Après ça, au placard, cette pratique barbare. On comprend pourquoi.

Martel en tête !

Mais dites donc ! Qu'avait-il fait pour mériter ça, ce Martel ? Un assassinat, celui du président de la cour des comptes d'Albertas. Le monsieur fêtait le jour de la Fédération avec un petit banquet dans le parc de son domaine de Gémenos (qu'il avait ouvert pour l'occase au public). Il ne faut même pas une seconde à Martel, garde national de Toulon, pour se ruer sur lui et le poignarder... S'ensuivent des aveux, un mobile douteux, une exécution foireuse... et une momie maçonnique ! (toute l'histoire est à retrouver à l'article sur la place d'Albertas)

Bruni-d'Entrecasteaux : le président assassin

Où ? : hôtel de Vauvenargues à Aix-en-Provence (13) et château d'Entrecasteaux (83)

Il y a des gens, comme ça, qui à eux tout seul, arrivent à entacher la réputation d'une famille respectable... Jean-Baptiste Bruni-d'Entrecasteaux en fait partie. Il s'agit de l'assassin de sa femme en 1784, qui en plus prend la fuite à l'étranger...

L'affaire, à l'époque, fait du bruit. Le bonhomme est un homme du monde, respecté. La manière dont se sont passées les choses font se dresser les poils des Provençaux ! On a déjà détaillé l'affaire dans l'article sur l'hôtel de Vauvenargues d'Aix. Mais ce qu'on peut noter, c'est d'une :

• la violence des faits ;

• de deux, la triste destinée des mariages sans amour.

La violence des faits

Jean-Baptiste avait passé la soirée à jouer au trictrac avec sa femme. Vers 1 ou 2 h du matin, une fois la maisonnée endormie, il attrape une bougie et un rasoir et se dirige vers la chambre de sa moitié. Comme il savait que les portes allaient faire du bruit quand il les ouvrirait, il les avait bien frottées à l'huile dans la journée.

Une fois dans l'obscurité de la chambre, on raconte que, aidé de son domestique, il tient la tête de sa femme pendant que l'autre l'égorge... Ensuite, il va se nettoyer en sifflotant puis revient dans la chambre pour achever son œuvre : enlever les objets de valeur et mettre une corde au balcon pour faire croire à un cambriolage !

Un triste destin

Jean-Baptiste blâme ses parents. Leur faute à eux, qui ont marié leur fils trop jeune, à 18 ans à peine ! Il écrit en prison :

« C'était (le mariage, ndlr) disaient-ils pour me mettre à l'abri des passions de mon âge. Mais ils ne faisaient pas réflexion que ces passions n'étant pas encore développées, c'était les enfermer avec moi dans les liens dont ils me chargèrent plutôt que de me mettre à couvert de leur atteinte. Plus elles furent resserrées, plus leur explosion fut violente et son effet plus funeste. »

Ah ça, pour péter, ça a pété...

Le couple de Sabran

Où ? : château d'Ansouis et église d'Ansouis (84)

Des saints quelque part dans leur château en Provence... Le mystérieux couple de Sabran préférait passer leur nuit à brosser leurs longs cheveux dans leur tour d'ivoire. Bizarre, vous avez dit bizarre ? On ne les oubliera pas de sitôt, en tout cas.


Nostradamus

Où ? : Salon-de-Provence et château de l'Empéri (13)

Sacré Michel... Sa vie toute entière est entourée de mystères. Mais le plus bizarre qu'il ait fait se passe après sa mort, en ce jour de 1791, lorsque des soldats de la Garde nationale passent par Salon. Révolution oblige, ils saccagent un peu tout partout et finissent par arriver au couvent des Cordeliers. Là où repose Nostra depuis des siècles...

Rien n'est épargné dans leur fureur, encore moins la petite église du couvent.Ils ouvrent le cercueil de Nostradamus, rigolards. Mais ils se glacent vite d'effroi. Là, autour du cou de l'astrologue, ils découvrent une plaque de cuivre « avec la date de la violation du sépulcre et une malédiction pour les sacrilèges. » Celui qui avait ouvert la boîte de Nostradamus s'appelait Malheureux (c'est le Guide de la Provence mystérieuse des éditions Tchou qui nous le dit) : pas de bol, on le pend quelques semaines plus tard pour vol...


Louis Gauffridy : mon démon et moi

Où ? : Notre-Dame-des-Accoules, à Marseille (13)

Un curé démoniaque, une pauvre fille franchement dérangée, Madeleine... et voilà une affaire croustillante à souhait ! Celle de Louis Gauffridy, le curé marseillais des Accoules. Grâce au coup de pouce de son pote démon, le séduisant Gauffridy parvient à ses fins : séduire toutes les femmes qu'il veut ! Mais celle qu'il veut, c'est Madeleine. Alors, il va l'envoûter. La « souffler » comme il dit, lui mettre des pensées noires dans la caboche.

Il dira lors de son procès :

« J'avoue que je soufflais cette demoiselle plusieurs fois car tant que je la soufflais, tant plus elle était désespérée de ma jouissance. Je voulais que l'effet de la concupiscence vint de sa part. Aussi je l'infectais si bien par mon souffle qu'elle mourrait d'impatience quand je n'étais pas avec elle. Elle venait me chercher aux champs, à l'église, et voulait que je fusse 3 jours chez son père. J'avoue que 3 jours après, je lui donnais un diable nommé Asmodeus, pour l'assister, la servir et la conserver, et pour de plus fort l'échauffer en mon amour. »

Curé, vous avez dit curé ?

Le marquis de Sade

Où ? : château de Lacoste (84), place des Prêcheurs à Aix-en-Provence (13)

Débauché, va !

Le jeune marquis avait été initié très tôt à la débauche. Du coup, en 1763, on croit le calmer en le mariant avec mademoiselle de Montreuil. Bof, très peu pour lui ! Il commence à collectionner les conquêtes féminines et à fréquenter des lieux pas vraiment fréquentables. Jusqu'à ce qu'en 1768, il rencontre une mendiante, Rose Keller, sur la place des Victoires à Paris.

Il la séduit et l'emmène... pour la séquestrer, dans une maison à Arcueil ! La jeune femme parvient, mal en point, à se sauver de la bicoque. L'affaire fait du bruit et Sade doit se cacher à Lacoste. Voilà le début de ses frasques en Provence. Mais le pire reste à venir !

Y sont pas bons, mes bonbons ?!

En 1772, on le retrouve avec son valet Latour en compagnie de 4 prostituées, à Marseille. Pour faire la nouba, oui, mais une nouba un peu particulière... Sade les emmène dans une chambre de la rue d'Aubagne et abuse d'elles. Ca a été facile pour lui : juste en leur offrant des bonbons à l'anis bourrés de cantharide, tiens ! La cantharide ? Un insecte type coléoptère d'un beau vert brillant... On en fait un poison, une poudre aphrodisiaque qui à grande dose peut rendre sacrément malade, voire faire perdre la tête.

Sade la connaissait bien, la poudre. Il l'utilisait dans des bonbons qu'il donnait à ses conquêtes. Justement ce soir-là à Marseille, la dose avait été trop forte. Deux des femmes perdent la boule et sautent par la fenêtre. Les deux hommes filent se planquer à Lacoste. Mais 3 jours après, c'est le scandale : on rend Sade coupable de « crime de poison ».La suite ? Procès et condamnation à mort, à Aix. On le brûlera seulement en effigie sur la place des Prêcheurs...

Perrinet Parpaille

Où ? : place Pie et église Saint-Pierre à Avignon (84)

Saviez-vous que le très vilain terme de parpaillot utilisé autrefois pour désigner les Protestants viendrait de Jean Perrinet Parpaille ? Un catholique tombé dans le protestantisme le plus radical à Orange, condamné à mort pour ses frasques en 1562...


Honoré de Mirabeau : la vie de patachon

Où ? : église du Saint-Esprit et hôtel de Marignane à Aix-en-Provence (13)

Honoré l'débauché

Arrogant comme pas deux, débauché, violent sur les bords, Honoré n'en rate pas une. Il fait des dettes, se bat en duel, couche à droite à gauche et va le crier sur tous les toits... Les scandales s’enchaînent ! Mais le pire de tous les scandales se passe entre Honoré et sa future femme... Il était tombé amoureux du plus beau partie de toute la Provence : Emilie de Covet, fille unique de monsieur de Marignane.

Une riche héritière... pas très belle, merci du cadeau ! Mais si riche... Elle a 18 ans. On l'a promise à un autre homme. Mais ça, Honoré s'en contrefiche ! Il lui écrit, la séduit, la baratine. Rhoo, trop c'est trop ! Il le dit lui même : « Mlle de Marignane était essentiellement compromise. Je résolus d'en finir. » Alors le voilà qui en finit. Et de quelle façon !

En calfouette sur le balcon !

Un matin de mai 1772, les domestiques de l'hôtel Marignane découvrent, à une des fenêtres ouvertes, un homme débraillé, cheveux hirsutes, en caleçon et chemise ouverte, qui prend le soleil. Ca se voyait, qu'il cherchait à ce que tous les passants remarquent sa présence ! La fenêtre, c'est celle d'Emilie, qui bien sûr ronflait encore sans se soucier de ce qui se tramait.

Mirabeau avait en fait soudoyé sa femme de chambre pour qu'il le laisse entrer dans la chambre pendant la nuit... et surtout, il avait laissé sa voiture garée en évidence devant l'hôtel pour que le père d'Emilie et les autres sachent bien où il se trouvait... Honoré, de son côté, se frotte les mains : il n'avait plus qu'à attendre que le scandale éclate et qu'il puisse récupérer l'argent... euh, épouser Emilie.

Une bagarre, une bagarre

Le 23 juin 1772, on célébrait le mariage à Aix dans l'église Saint-Esprit... Les fêtes durent une semaine... 7 jours de nouba, de beuverie pendant lesquels on boit sec : ivre mort, Honoré flanque même une beigne à un ami, le capitaine Cresp de Saint-Cézaire ! Une fois marié, il s'endette. Beaucoup trop.

Les frasques repartent de plus belle, avec une maîtresse dans les pattes, en plus ! Là, Mirabeau senior pète un câble : il fait emprisonner son fiston à double tour. Pas la dernière, ni la dernière fois... Ca, quand on connaît les relations tendues entre Mirabeau junior et son daron... mais c'est une autre histoire !

Gaspard de Besse : Robin Hood provençal

Où ? : Besse-sur-Issole (83)

La petite commune de Besse-sur-Issole garde encore le souvenir très vivant de Gaspard, le Robin des Bois de Provence, comme on aime à l’appeler. L'ancien four communal dans le centre-ville accueille aujourd'hui un petit musée consacré au bandit... Une vraie gloire locale, quoi !

Au hasard... Gaspard

Mais, Gaspard, qui es-tu ? Gaspard Bouis naît à Besse-sur-Issole le 9 février 1757. C'est le fils de Jean-Baptiste et de Thérèse Roux, de simples petits paysans. Son père meurt et le laisse orphelin tout petit. Il prendra le nom de Bouis lorsque son oncle décide de s'occuper de lui. Enfin, s'occuper... bien grand mot ! Le jeune Gaspard se retrouve livré à lui-même, complètement illettré et ça jusqu'à sa mort, abandonné à lui-même dans la campagne varoise...

Il grandit. C'est un beau gars, les yeux clairs, les cheveux blonds. Il fait tourner la tête des femmes entre deux bagarres et deux beuveries. Mais on ne sait pas bien ce qui l'a mené au brigandage ! Une jeunesse mal aimée ? Les temps, si durs ? La famine qui court ? Ses fréquentations pas nettes dans les bas-fonds de Toulon ? En tout cas, en 1779, le voilà devenu le chef d'une bande de brigands.

Le Far West en Provence !

Vif comme l'éclair, Gaspard est toujours là où on ne l'attend pas. Il écume toute la Provence ! L'Estérel et ses petites grottes parfaites pour se planquer, Cuges et sa végétation impénétrable, Nice et sa route pour l'Italie...Il opère avec une précision chirurgicale : un jour, au château de Fontblanche près d'Aubagne, pendant un bal, il détrousse les invités. Ce dont se souviennent ces dames ? D'un bel homme blond au sourire ravageur...

D'autres fois, il détrousse les diligences qui se rendent en Italie. Mais ce qui caractérise ses attaques, c'est l'absence de violence. Jamais une effusion de sang. Si, peut-être une fois : lorsqu'un de ses compères coupe le doigt à une dame pour lui prendre sa bague. Horrifié, Gaspard le tue. Que ça serve d'exemple aux autres !Gaspard, c'est le Robin des bois de Provence, car jamais il ne s'en prenait aux pauvres.

A l'instar d'une Marion du Faouët : des bandits aux grands cœurs, aimés du peuple. En plus, le butin des riches permettait à Gaspard de bien s'habiller : on le retrouve lors de son arrestation avec boutons de manchettes en argent massif et une bourse en soie... Déjà arrêté une première fois en 1779, il s'évade. En 1780, ça sera la bonne : enfermé à Aix, un an de procès le condamne à mort en 1781 : roué vif... Lui qui n'avait jamais tué personne ! Il avait 24 ans.


Et encore !