Septembre 1940, les accusés du procès de Riom prisonniers à Chazeron

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Le château - ©Hans Lemuet (Spone) / CC-BY-SA Le château - ©Hans Lemuet (Spone) / CC-BY-SA
Château de Chazeron Château

Le château de Chazeron ? Petite forteresse du XIIe s, embellie au XVIIe s par le grand Hardouin-Mansart, pour pouvoir accueillir Louis XIV, dit la légende !

Mais saviez-vous qu'on y enferme des prisonniers très spéciaux, en septembre 1940 ?

Il s'agit des accusés du procès de Riom, dont l'ancien président du Conseil Léon Blum...

Le contexte

Seconde Guerre Mondiale, 1940.

10 mois après le début de la guerre, l’Allemagne nazie bat la France et occupe la moitié nord du pays.

La ville auvergnate de Vichy se retrouve transformée en capitale de la zone libre, au sud, sous l’autorité du gouvernement français, avec Pétain.

Et voilà Pétain qui accuse nos cinq gus d’avoir déclenché et perdu la guerre, en 1940...

D'où le procès de Riom, en 1942 !

Les 5 accusés

Dès septembre 1940 et pendant 6 mois, le château de Chazeron sert de lieu de captivité pour les accusés du procès de Riom.

Qui sont-ils ?

• L’ancien président du Conseil du Front populaire Léon Blum ;

• l’ancien ministre de l’Intérieur Georges Mandel ;

• l’ancien ministre de la Guerre Edouard Daladier ;

• l’ancien président du Conseil Paul Reynaud ;

• le général Maurice Gamelin, ancien chef de l’Etat-Major.

Pourquoi Chazeron ?

Le château se trouve tout à côté de la ville de Riom, où le procès des 5 hommes doit se dérouler, du 19 février au 15 avril 1942.

La détention à Chazeron

Des journées réglées à la minute près

Chacun des 5 prisonniers a sa propre chambre.

Interdiction formelle de communiquer entre eux ! Ce qui fait que la promenade quotidienne dans le parc du château se fait à des heures différentes.

Les prisonniers partagent leur pitance préparée sur place avec les gardiens, repas qu’ils paient entièrement de leur poche.

Ils passent le plus clair de leur captivité à la préparation de leur procès.

Vélo et écriture

L’Ouest-Eclair du 17 septembre 1940 raconte que Daladier et Reynaud passent leur temps à faire du sport, surtout du vélo, plusieurs heures par jour, dans le parc.

Au cours de leurs promenades, ils discutent avec leurs gardiens. Selon eux, Reynaud semble déprimé.

Daladier est au contraire très loquace, rugissant sans arrêt qu'il a des révélations chocs à faire au procès...

Gamelin, lui, en profite pour rédiger un bouquin sur l’art militaire. La presse le décrit comme le plus calme.

Il répète juste à ses gardiens qu'il ne se sent pas responsable de la défaite française, mais que ses généraux l'ont trahi.

Mandel, jamais content !

La presse qualifie Mandel d'« enfant terrible ».

Il critique constamment la nourriture, prétend être gelé, réclame des pelisses de fourrures.

Il a, en un très court espace de temps, réclamé les soins de trois dentistes !

Comme personne ne donne suite à ses caprices, il déverse sa mauvaise humeur sur ses gardiens !

Conclusion

Au final, le procès de Riom tourne au fiasco.

Les accusés se retournent contre les gouvernants, Pétain le premier.

Leur défense, mise au point à Chazeron, est si brillante et courageuse, que les juges se retrouvent complètement désarçonnés. Surprise ! On suspend le procès !

Blum, Daladier, Gamelin sont déportés en Allemagne.


Et encore !