Sauvan et Cornélie de Galéan : il faut sauver Marie-Antoinette

Vinaigrette 0
Le château - ©Marianne Casamance / CC-BY-SA Le château - ©Marianne Casamance / CC-BY-SA
Château de Sauvan Château Marie-Antoinette

Le petit Trianon de Provence

Les Forbin : des Ecossais aux commandes

Le château actuel de Sauvan, à Mane (04), voit le jour en 1719 sur les plans de l’architecte Jean-Baptiste Franque (il a beaucoup construit dans le coin et à Avignon, celui-là). Mais pour qui donc ?

Un gros bonnet de la région : François de Forbin, brigadier des armées du roi. Le môssieur vient juste de prendre sa retraite. Avant lui, les familles d’Agoult et Boulier s’étaient succédé. Puis les Forbin, au XVIe s. Les Forbin, on se souvient d’eux ! On les a rencontrés au château de la Barben !

Ils sont d’origine écossaise et installés en Provence depuis un petit moment. On se souvient surtout de Palamède, gouverneur de Provence pour Louis XI ; Claude de Forbin, officier de marine sous Louis XIV ; Auguste de Forbin, le peintre amoureux de la frangine de Napoléon qui fait ses parties de jambes en l’air à La Barben...

Sauvan, le Trianon de Forbin

Donc, voilà : François de Forbin compte bien profiter de sa retraite bien méritée sous le soleil de Provence : farniente et cigales ! Alors autant se faire construire une chouette maison.

Mais dites donc, le château de Sauvan, de style classique, ressemble au Petit Trianon de Versailles, vous ne trouvez pas ? Hé, si, si, c’est Forbin lui-même qui appelle Sauvan comme ça dans ses lettres, le « château du petit Trianon »... Vaste et clair, la lumière entre partout à travers ses 50 grandes fenêtres.

Cornélie, l'amie de la reine

Mais bientôt, le chantier s’arrête à cause de la grande peste de Marseille en 1720 puis reprend sous la houlette d’un certain Rollin. Les travaux s’achèvent en 1729, et Forbin meurt en 1731. Là, les travaux s’arrêtent définitivement, c’est pourquoi il manque des décors un peu partout sur les façades et à l’intérieur...

Alors, en 1731, le château de Sauvan passe au neveu de François, Michel-Palamède de Forbin, qui se marie en 1782 avec Cornélie-Gabrielle-Henriette de Galéan. Chouette, un mariage, oui, et alors ? Ben, alors, on va faire connaissance avec Cornélie... l’amie dévouée de la reine Marie-Antoinette. Plus dévouée qu’elle tu meurs, d’ailleurs !

Il faut sauver Marie-Antoinette !

Cornélie échafaude son plan

Cornélie est la fille de Charles-Antoine de Galéan, duc et prince romain, grand maître de la maison de l’électeur Palatin et de la fille du duc de Montpezat. Elle naît en 1763.

Eh bien figurez vous que notre Cornélie, devenue marquise de Forbin et châtelaine de Sauvan, ressemble comme deux gouttes d’eau à la reine de France, son amie. La reine ? Ben oui, Marie-Antoinette ! Alors que la reine est enfermée entre les 4 sinistres murs de la Conciergerie à Paris, Cornélie cogite dur.

La monarchie va mourir, il faut faire quelque chose : pourquoi ne pas mettre sa ressemblance à profit ? Elle décide d’échafauder un plan qui lui permettrait de prendre la place de la reine tandis que celle-ci prendrait la poudre d’escampette à l’étranger...

Une évasion de la Conciergerie ?

On voit l’histoire rapportée dans les Souvenirs de la marquise de Créquy : Cornélie passe pour une « personne incomparable pour le dévouement et pour le courage ». Ouais, du courage, il en faut pour ce qu’elle veut mettre en place...

La marquise et ses copines entendent parler du projet de Cornélie de Galéan grâce à la femme du gardien de la Conciergerie : Cornélie avait d’abord pris 700 000 livres sur sa propre fortune puis elle demande le reste à des proches. C’était pour sauver la reine, alors on donne.

Voilà l’argent nécessaire réuni et le plan semble bien réglé. Ne manquait plus qu’à mettre le concierge au parfum et payer deux inspecteurs de prison pour que la dame entre à la Conciergerie sous un faux prétexte ; ensuite, on laisserait évader la reine après que Cornélie ait changé de vêtements avec elle...

Pas de sacrifice

La marquise de Forbin n’aura jamais à mettre son plan à exécution : la reine a eu vent de l’affaire. Et elle n’est pas d’accord. Marie-Antoinette fait parvenir un petit mot à son amie, dont les mots ont été troués avec une aiguille dans le papier. Elle lui dit de ne pas faire cette folie et que de toute façon, elle va mourir :

« Je ne dois, ni ne veux accepter le sacrifice de votre vie. Adieu. Adieu. »

C’était vrai : le 16 octobre 1793, Marie-Antoinette montait à l’échafaud...


Et encore !