Saint Louis

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Louis IX, cathédrale de Senlis - ©Anecdotrip.com Louis IX, cathédrale de Senlis - ©Anecdotrip.com

Aujourd'hui, c'est Jean de Joinville, le biographe de saint Louis, qui répond à nos questions.

SOMMAIRE
1 - Petit aperçu de la vie de Louis
2 - Le style gothique
3 - La table au XIIIe s : on mange quoi ?
4 - Le catharisme : le château de Montségur
5 - Musique et troubadours
6 - La fondation de la Sainte-Chapelle


Petit aperçu de la vie de Louis


Anecdotrip : Tout commence avec la mort de son père...
Jean de Joinville : Oui ! Louis a 12 ans lorsque son père, le roi Louis VIII, meurt de fièvre. C'est sa mère Blanche de Castille qui prend en main la régence, d'une poigne de fer ! Car pendant toute sa jeunesse, Louis a vu son futur royaume bien bouleversé : Henri III Plantagenêt convoite l'Anjou et le Poitou, les comtes de Champagne s'enrichissent toujours plus... et Blanche veille là-dessus comme personne ! Elle fait couronner son fils à Reims en novembre 1226.

Entre Blanche et Louis, c'est une histoire un peu particulière, non ?
Ah, ça... C'est qu'elle a une forte présence, surtout pour son fils ! Soumission, obéissance, piété, voilà comment elle l'a élevé. A vrai dire, elle l'écrase totalement ! Le cousin de Louis, le roi de Castille, rapporte que celui-ci « ne cessa jamais de montrer à sa mère une obéissance d'enfant. » Bon, il faut dire que Blanche a elle-même été élevée dans une piété sans pareille ! Elle dit un jour à son fils qu'elle préférerait le voir mort plutôt qu'il ne soit coupable d'un péché mortel... Une phrase qui a du marquer le jeune Louis et lui dicter sa conduite plus que religieuse tout le long de sa vie !

Mais bon, Louis étant petit, est le plus sage et le plus doux des enfants. Il va tous les jours à la messe, plusieurs fois par jour même. Et puis alors, Blanche est d'une jalousie ma-la-dive ! Elle supporte très mal les femmes qui gravitent autour de son fils. Je ne vous raconte pas la tête de Blanche lorsque Louis épouse Marguerite de Provence en mai 1234... Elle vient taper à la porte de leur chambre à toute heure de la nuit pour qu'ils arrêtent leurs royales galipettes !

A quoi ressemble Louis ? Physiquement, je veux dire.
Et bien, on a plusieurs témoignages. Celui d'un moine italien, Safimbene, en 1248 : il le décrit comme « subtilis et gracilis, convenienter et longus », grand et maigre, si vous voulez ! Moi-même le décris comme « un bel homme armé, qui dépassait ses chevaliers de toute la tête. » Il a de longs cheveux blonds, des « yeux de colombe », l'air franc et sage. Sa mère lui avait imposé de porter un costume somptueux. Mais très vite, Louis s'en détache pour ne s'habiller plus que très simplement : dès 1248, les fourrures disparaissent, les couleurs rouge et or aussi. Il met des habits en laine sombre, finissant par ressembler à un moine !

Parlez-nous un peu de son caractère : sa grande piété, par exemple ?
Louis a reçu une éducation très, très stricte et très religieuse : il fait abstinence et se prive de tout : la bonne chère, le vin (il boit à la place de la bière, dont il a horreur !), il met de l'eau dans ses plats pour en rendre la sauce moins bonne... C'est simple, imaginez qu'à l'époque, on l’appelle « frère Louis » !

Il prie à toute heure de la journée, même en déplacement. Le confesseur de la reine Marguerite écrit : « Le roi, quand il chevauchait, si une abbaye était près du chemin, se détournait pour y aller et faisait prêcher au chapitre, assis-lui-même sur la paille, les moines dans leurs stalles... » Il porte un cilice, une chemise en crin très rugueuse irritant horriblement la peau, et les vendredis, il se fait fouetter.

Ah, d'ailleurs, je crois avoir vu que son cilice était conservé dans une église, près de Paris...Tout à fait ! A Melun, dans l'église Saint-Aspais. Avis aux amateurs...

Bref ! Reprenons.
En plus de son abstinence et des souffrances qu'il s'inflige, Louis lave les pieds des pauvres gens tous les samedis et leur donne des écus (une générosité qui finit par lui coûter cher !). Il va même, en pleine croisade à Sayette, jusqu'à transporter lui-même les cadavres des croisés pour leur donner une sépulture chrétienne ! Il a horreur du blasphème, à tel point qu'on dit qu'il fait brûler les lèvres des blasphémateurs. Il fait interdire le fait de graver des croix sur les tombes des religieux, de peur qu'on ne marche dessus.

Il donne à manger à des lépreux ravagés par la maladie, directement de sa main à leur bouche. Il fait asseoir à côté de lui à sa table les plus malades et les plus sales, allant jusqu'à manger leurs restes ! Il lave les pieds horriblement sales des mendiants, passe des journées entières dans les hôpitaux au milieu d'un air vicié et pestilentiel... Un lépreux nommé Léger, à Royaumont, devient son favori. Le pauvre homme est entièrement dévoré par la maladie, mais Louis parle avec lui et le soigne.

C'est donc un roi bienfaiteur et fondateur ?
Oui ! Déjà, avec la Sainte-Chapelle, à Paris : il faut dire que Louis achète des reliques sans compter ; en 1239, il acquiert de l'empereur de Constantinople, Beaudoin, la couronne d'épines (supposée) de Jésus. 2 ans plus tard, il lui vend encore un morceau de la sainte croix, le fer de la lance et l'éponge. Et pour abriter tout ça, il fait construire cette fabuleuse église ! Sera-t-on jamais si ces reliques sont de vrais objets ? Chut, mieux vaut ne pas savoir...

Il fonde aussi : l'hôtel-Dieu de Pontoise et de Compiègne, les abbayes de Royaumont, des Chartreux de Vauvert, des Carmes de Charenton, des Blancs-Manteaux, de Saint-Augustin à Montmartre, l’hôpital des Quinze-Vingts à Paris pour les aveugles, en 1260...

Parlons de son règne, maintenant. Il a beaucoup développé la justice royale et on le sait diplomate et sage...
Louis réforme le système. Sur le plan judiciaire : il a en quelque sorte inventé la justice ! Elle émane de lui seul, mais elle est la même pour tout le monde, riche ou pauvre. Le Parlement se met en place dès 1254. Sur le plan financier, ça y est : le roi seul peut battre la monnaie ! Les premiers écus royaux sont fabriqués, utilisables par tous : la fameuse livre tournois naît en 1263 !

Côté enseignement, Louis met en place l'accès pour tous à l'enseignement, grâce à son confesseur Robert de Sorbon, qui ouvre le futur collège de la Sorbonne, à Paris, en 1257 !En ce qui concerne la politique, Louis est effectivement un roi diplomate, oui : il tente de calmer le jeu des batailles intérieures. En 1255, il règle, avec le dit de Péronne, le conflit qui oppose au Nord de la France les familles Avesnes et Dampierre.

Il réconcilie le roi de Navarre avec sa demi-sœur, son frère Charles d'Anjou avec sa belle-mère. En 1258, le traité de Corbeil règle le conflit opposant la France et l'Aragon, la première renonçant à ses terres en Catalogne, la seconde aux siennes dans le Languedoc. Il signe le traité de Paris en mai 1258 avec les Anglais : le roi Henri III renonce à ses droits sur la Normandie, l'Anjou, le Poitou et le roi anglais redevient le vassal du roi de France.

Et les croisades ? On ne peut pas parler de saint Louis sans les croisades !
Le règne de Louis, c'est le temps de la 7e et de la 8e croisade. La 1re croisade date déjà de 1095, lancée à Clermont-Ferrand par le pape Urbain II. En ce XIIIe s, rien ne va plus : Jérusalem s'est faite assiégée par les Turcs et les armées chrétiennes se font massacrer par centaine ! Louis se trouve alors à l’article de la mort, atteint de paludisme, dans son château de Pontoise. On le croit mort, on lui met déjà un drap blanc sur le corps. Quand soudain... le voilà qui reprend vie ! C'est un signe...

Contre l’avis de sa mère, le voilà qui décide de se croiser. Blanche s’occupera de la régence pendant ce temps...Le départ se fait en août 1248, depuis le port d'Aigues-Mortes, en Provence, que le roi vient de faire construire et dont les travaux ont commencé en 1241. Il part avec près de 20 000 hommes. Damiette, Mansourah... les croisés n'ont d'abord que des victoires ! Mais la dysenterie et la chaleur suffocante auront raison d'eux très vite. Louis décide d'aller prendre des places fortes en Palestine et de les fortifier. A son retour en France, il devient le plus grand roi d'Occident !

Ca, c'est la 7e croisade, qui se déroule entre 1248 et 1254. Quid de de la 8e ?
Très vite, les nouvelles lui viennent de Terre Sainte. Ca va mal, là-bas ! Il faut qu'il y retourne. En 1267, la dernière et 8e croisade se met en place : 3 ans plus tard, Louis part d'Aigues-Mortes. Saviez-vous que lors de son embarquement pour cette croisade, Louis a pour alliée la première carte marine, un portulan génois ?

Bref... le voilà qui se rend en direction de Tunis, qu'il veut à tout prix conquérir. Mais il manque d'hommes, et les épidémies de typhus et la famine déciment ses troupes. Le plus jeune de ses fils trouve même la mort. Louis lui-même est malade, il va mourir : le 25 août 1270, tout est finit...Parlons de sa mort et de sa canonisation. Mais aussi du rapatriement de son corps en France !

Ah, oui, une histoire épique ! Imaginez qu'avec la chaleur et le temps que mettait l'armée à rentrer au pays, l'affaire ne devait pas être simple... Voilà comment on procède au Moyen-Age : on découpe le corps du roi en morceaux, qu'on fait bouillir dans de l'eau salée (on dit qu'on le « cuit » !). Ainsi, il ne reste que les os. Charles d'Anjou, le frère de Louis, emporte les muscles, Philippe Le Hardi emporte les os et le cœur.

Pour rentrer, l'armée passe par l'Italie : une partie des viscères de Louis sont déposés dans la basilique de Palerme. On emmène finalement ses ossements jusqu’à sa dernière demeure provisoire, la basilique Saint-Denis. Louis se fait canoniser par le pape Boniface VIII en août 1297 : quoi de plus normal pour un roi considéré comme un saint de son vivant ! Son cœur et sa tête sont alors transférés à la Sainte-Chapelle.


Le style gothique : une révolution !


Bon, parlez-nous un peu du style gothique...
Ah, oui, mais par pitié, n’appelez pas ça « gothique » !! Comme si ces barbares de Goths avaient inventé ce style architectural... vous savez que le terme « gothique », lancé à la Renaissance par les Italiens pour désigner ce style « sans proportion », était très péjoratif ! Il n'y a qu'au XIXe s que le gothique redevient populaire... Mais pour nous, au Moyen-Age, on ne parle pas de gothique, mais d'« opus francigenum », l'architecture française, quoi !

Oui, si vous voulez... Mais où s'est développé ce fameux « style français » ?
Un art de construire tout nouveau se répand dans la partie nord de la France, surtout en Ile-de-France, au tout, tout début du XIIe s. Ce qui le caractérise, c'est la croisée d'ogives, qu'on trouve pour la première fois en 1122 à Morienval, dans l'Oise : la 1re église qui fait la transition entre roman et gothique !

Ensuite, la croisée se retrouve un peu partout et est même utilisée dans la construction de grandes cathédrales et d'églises, quand quelques abbés et archevêques commencent à faire apparaître (timidement, ou, c'est vrai !) des éléments gothiques : celle de Sens, en 1130, puis celles de Noyon ou de Laon par exemple. Mais le style gothique commence véritablement avec la reconstruction de l'abbaye de Saint-Denis, en 1132. Votre basilique actuelle, si vous préférez...

Qu'est-ce qu'il se passe, alors ?
C'est l'abbé Suger qui demande cette reconstruction grandiose, somptueusement décorée, très claire et très vaste. Moderne, quoi ! Des vitraux colorés apparaissent aux fenêtres pour la première fois ! Une technique mise au point en Allemagne, qui prend son essor à cette époque. Après la consécration de Saint-Denis en 1144, tous les évêques de France ont compris : construisons gothique, nous aussi, se disent-ils ! En 1163, voilà Notre-Dame de Paris.

Suivent des milliers d'églises, chapelles et cathédrales à travers toutes les régions reliées au domaine royal : la Picardie, la Champagne, la Bourgogne, le Berry...La cathédrale de Chartres, brûlée en 1194, reconstruite aussitôt et achevée en 1240. La cathédrale de Reims, commencée en 1212. La cathédrale de Bourges, en 1220. La cathédrale d'Amiens, la plus vaste avec 8 000 m2, en 1120.

La cathédrale de Beauvais en 1225, avec sa nef de 48 m de haut (un exploit !), etc. On y met des reliques rapportées de Terre Sainte, reliques qui permettront l’afflux massif de pèlerins et donc, de dons ! Indispensable pour continuer les travaux... De croisades, aussi, les tailleurs de pierre rapportent des techniques sophistiquées de construction, dont, parait-il, la fameuse croisée d'ogive ! Les intérieurs se couvrent de statues, de dorures, de tableaux, de tapisseries précieuses...


La table au XIIIe s : on mange quoi ?


Au XIIIe s, que trouve-t-on dans l'assiette des gens ?Et bien, l'aliment de base, d'abord, le pain : pain brun d'Amiens, pain brun de Dijon, pain blanc (aussi connu sous le nom de pain de Chailly ou pain de bouche, le plus cher), pain bis (le pain de la famille moyenne), pain noir (le pain des pauvres). Ensuite, la viande ! On aime la charcuterie : jambon de Mayence, de Bayonne, andouille fumée, saucisse du Rouergue, cervelas et saucisson.

On aime aussi la volaille, comme le chapon ou le poulet. Mais ces seigneurs préfèrent tout de même les oiseaux sauvages qu'ils rapportent de la chasse...On mange du poisson les jours maigres et aussi parce qu'il est moins cher que la viande : hareng salé, morue séchée, hadot (actuel haddock, et oui !), langouste, oursin et poutargue... On mange aussi du dauphin, du marsouin (appelés « porc de mer »), de la baleine, des huîtres et des poissons plats comme la sole. Du poisson frais, oui, mais uniquement à la table du seigneur ! Et oui ! On le conserve très mal, alors on préfère le fumer et le saler.

On mange de la viande, du poisson, mais les légumes et les fruits ?
Mais bien sûr ! Pour les légumes, on aime les pois et les fèves, les lentilles, les choux, les navets, les poireaux et les carottes : parfaits pour faire une potée, une purée de pois et d'ail, ou un brodium (bouillon) de viande et de légumes. Les fruits n'ont pas tellement changé : on mange surtout des poires et des prunes... et quelquefois des abricots, en Provence ! Mais la pomme reste le fruit numéro un : on en cultive des variétés considérables ! La permaine, la blandurel, la passe-pomme, la malomellum (la « pomme-miel »). On mange aussi beaucoup de noix fraîches.

Et vous mangez du fromage aussi, et d'autres produits laitiers ?
Ah, c'est compliqué : avant le XIIIe s, le jeûne est très strict. On n'a pas le droit de manger de viande, ni d’œuf et de laitage. Puis, la règle se radoucit et on a pu consommer du beurre, de la crème, des œufs. Et le fromage ! Frais, sec, affiné... comme vous aujourd'hui. Le meilleur reste le brie, considéré comme le « fromage des rois » ! On mange du beurre salé, surtout en Bretagne et en Normandie (ça n'a pas changé !).

Avant le beurre, on consomme de l'huile végétale : de l'huile d'olive, de noix, de pavot... ou animale ! On se sert pour ça de l'huile de crapois (la baleine), une graisse très appréciée. On consomme aussi beaucoup de sel, mais pas comme vous pour relever les aliments mais pour les conserver : le sel est tellement important, que saint Louis établi la gabelle en 1246 ! Un impôt temporaire... si on veut, car la gabelle dure tout de même jusqu'en 1789 !

Bon ! Et pour accompagner tout ça ?Du vin ! Il vient surtout des environs de Paris, ou de Paris même (Montmartre, Passy, Charonne). On en produit des excellents en province, bien sûr, comme en Bourgogne, en Anjou, en Gascogne. L’Aquitaine et la Saintonge produisent du vin dont les Anglais raffolent. Mais les techniques de vinification ne sont pas encore au point, et le vin se conserve assez mal. Les pauvres gens boivent souvent de la piquette !...Et quand le vin tourne, on le transforme en vinaigre ! Ou alors on ajoute des nouvelles grappes au vieux vin, pour en faire du « rapé ». Mais le vin reste une boisson qui coûte cher ! Alors, à côté, on a de la bière de houblon, du cidre et de l'hydromel, surtout dans les régions qui ne produisent pas de vin, comme le Nord et l'Est de la France. On aime aussi particulièrement le célèbre hypocras, un apéritif à base d'épices et de miel.

Aah, et bien, donnez-nous la recette de l'hypocras, tiens !
Volontiers ! Alors. Vous aurez besoin : d'une bouteille de vin rouge, d'une cuillère à café de gingembre en poudre, d'une cuillère à café de cannelle en poudre, de 4 clous de girofle, d'une cuillère à café de noix de muscade et de 3 cuillères à soupe de miel liquide. Mélangez les épices et le vin, laissez macérer 4 bonnes heures et mettez en bouteille après avoir filtré les épices... Bon, ça, c'est la recette de base, à voir après si vous voulez doser différemment les épices !

Et comment se passe le repas, alors ?
Vous voulez dire en termes d'hygiène, tout ça ? Et bien, tout d'abord, on doit se rincer les mains avec de l'eau parfumée présentée dans de petits récipients. Parce qu'on mange beaucoup avec ses deux mains, directement plongées dans l'écuelle ! Et ne croyez pas que c'est une pratique QUE médiévale ! Louis XIV mange lui aussi avec ses doigts, même les plats en sauce ! La fourchette telle qu'on la connaît, ne date que de la fin du XVIIe s, soit dit en passant...

Bon, on n'a pas de fourchette ni de cuillère, mais un couteau avec lequel on pique les aliments. Sur la table, un tranchoir (une grosse tranche de pain qui sert d'assiette) et un hanap.Et puis, on est mobile, à l'époque : on va de château en château en transportant ses meubles. On déménage, quoi ! Tout est démontable, pliable, facilement réutilisable : un coffre qui sert à transporter la vaisselle va servir de banc à table, par exemple !

Une table qui se compose alors d'une simple planche montée sur tréteaux et recouverte d'une nappe : d'où l'expression « dresser la table » ! Et on la remballe une fois le repas fini. A l'époque de saint Louis, la salle où se déroule le festin royal est ouvert à tous, même au peuple ! Les restes leurs sont distribués par la suite. En 1254, Louis reçoit le roi d'Angleterre Henri III dans ces conditions dans le palais de la Cité, en présence de pas mal de Parisiens, badauds et curieux...

On a l'image de ces banquets magnifiques, très médiévaux... alors, cliché ou pas ?
Ah, mais non ! Le banquet est un vrai spectacle, surtout quand on sert le paon : on le présente aux convives comme s'il était encore vivant ! C'est à dire qu'on décolle la peau avec le plumage, on le farcit d'herbes et d'épices et hop ! On cuit l'oiseau à la broche et on le rhabille en lui mettant des tiges de façon à ce qu'il fasse la roue !

On place aussi dans son bec un morceau de tissu imbibé de camphre, comme ça, on l'allume, et le paon crache du feu... Du grand spectacle ! On mange évidemment bien, et beaucoup : on compte en général 3 services, chacun se composant d'une douzaine de plats ! Tout d'abord, les potages. Ensuite les venaisons et les pièces de viandes, très relevée en muscade, gingembre, cannelle...


Le catharisme : le château de Montségur


Montségur, triste épisode du XIIIe s...
Effectivement... Le XIIIe s signe la fin de ceux qu'on appelle cathares.

D'où viennent-ils, et que revendiquent-ils ?
On trouve des hérétiques dans la région de Toulouse dès le milieu du XIe s. Ce n'est pas pour rien qu'on a appelé les cathares du Sud de la France « albigeois », parce qu'on les trouve en grande majorité près d'Albi ! Leur vision du monde ? Le bien, le mal ! A vrai dire, ils font une relecture de la Bible à leur sauce : l'homme naît bon mais est corrompu par Satan. Il doit lutter contre le mal pour tenter de gagner sa place au ciel. Mais pas que ! Il doit aussi se désintéresser de tous les biens matériels, le luxe, mais aussi le mariage et le sexe.

Tout ça pour devenir un « pur », un cathare... On devient un pur, un « parfait » au bout d'un apprentissage de 3 ans, qui se termine par le « consolamentum » : c'est là qu'on fait vœu de chasteté, on jeûne souvent, on ne mange pas de viande. Les adeptes de cette nouvelle religion sont de plus en plus nombreux. Le pape voit rouge ! En 1120, Calixte II dénonce cette pratique pas très catholique. En 1179, un concile décide d'armer des troupes pour s'en aller calmer les hérétiques. En 1206, saint Dominique, un jeune moine italien, décide d'aller convertir les hérétiques : il fonde les ordres mendiants et tente de convaincre ses frères albigeois de renoncer à leur foi. En vain !

Mais le feu est mis aux poudres en 1208, quand le légat du pape, Pierre de Castelnau, est mystérieusement assassiné. Est-ce le comte de Toulouse Raymond VI, hérétique en puissance ? On n'en sait fichtre rien ! En tout cas, le pape lance la croisade : voilà les armées de nombreux seigneurs, dont Simon de Montfort, qui débarquent dans le sud de la France, pour combattre. C'est une véritable marée de croisés et un océan de violences qui se met en marche : bûcher, tortures... « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » dit le légat du pape...

C'est une véritable flambée de violences !
Oui. La terrible et tristement célèbre Inquisition connaîtra son heure de gloire à cette époque... Fondée par Grégoire IX pour les moines Dominicains installés à Toulouse en 1215, l'Inquisition les forme à être entièrement dévoués à la chasse aux hérétiques : grâce à ce nouveau moyen de pression, ils vont pouvoir obtenir des aveux plus facilement ! D'ailleurs, vous savez, saint Louis, tout pieux qu'il est, a horreur des cathares !

Il dit lui-même : « Si quiconque s'avise de médire de la foi chrétienne, il ne faut la défendre qu'avec l'épée et on doit donner de l'épée dans le ventre autant qu'elle peut y rentrer. » Et puis, voilà l'acte final : en 1242, alors que le comte Raymond VII de Toulouse s'est définitivement soumis, les « derniers » cathares se retranchent dans leur château de Montségur, dans l'Ariège.

Le siège dure de mai 1243 à mars 1244 : jusqu'à ce que les 200 assiégés capitulent enfin. Mais hommes et femmes refusent de renier leurs croyances. On les brûlera le 16 mars 1244 dans la cour du château... Les cathares continuent d'être chassé et interrogé, mais pourtant, leur nombre diminuent progressivement. A la toute fin du XIIIe s, ils ont tous quitté la région...


Musique et troubadours


Qu'écoute-t-on à la cour du roi Louis ? Je crois que les troubadours sont en vogue !
Oui ! Les troubadours sont apparus au XIe s mais c'est au XIIIe s qu'ils connaissent un franc succès, avant de s’essouffler à la toute fin de ce siècle. On recense alors près de 270 troubadours et près de 2 700 poèmes ! On pense que le mot troubadour vient du provençal trobaire, signifiant trouveur. Ce musicien vient effectivement du sud de la France (pays d'oc), contrairement au trouvère qui est son pendant du Nord (pays d'oil). Mais on parlera du trouvère plus bas...

Il y a plusieurs types de compositions, c'est ça ?
Et bien, à la différence de la musique d'église, qui ressemble de plus en plus à de la polyphonie, la musique des troubadours se veut monodique. Ce sont les moines eux-mêmes qui transforment les chants lyriques et sacrés en texte plus léger, avec des thèmes comme l'amour courtois, la politique et la satire. Le tout en langue vernaculaire ! Les troubadours sont des moines, mais aussi des laïcs, des bourgeois.

On l'a dit, ils apparaissent dans la partie sud du pays : d'abord dans le Limousin, puis l'Aquitaine, la Provence, la Navarre.Le thème principal de leurs chansons reste l'amour. Aah, l'amour ! Chez les troubadours, il est idéalisé, c'est véritablement l'amour chevaleresque ! On distingue plusieurs sortes de chants : le canso, le chant courtois ; le tenso ou partimen, chant de dialogue ou de dispute ; la pastorela, l'amour champêtre ; l'alba, la chanson de guetteur ; l'ennueg, la chanson d'ennui ; le planh, la complainte ; le sirventes, le chant du serviteur ; l'aubade et la sérénade.

Au début, on se transmet ces chansons oralement, avant qu'au XIIIe s on ne voit l'apparition des toutes premières feuilles de notation musicale. Plus pratique ! Seuls les hommes chantent ces chansons, mais on connaît tout de même quelques femmes trobairitz ! Pour accompagner les chansons, il y a une quantité d'instruments de musique : harpe, flûte, psaltérion, vièle à archet, rebec...

Mais comment la musique des troubadours a migré vers le pays d'oil ?
Et bien, surtout grâce aux jongleurs, qui suivent la cour, les rois et les pèlerinages, propageant la musique à travers tout le pays. N'oublions pas qu'à cette époque, le centre du pouvoir se trouve en Ile-de-France, dans le Nord ! La diffusion de la musique se fait plus facilement. Mais la diffusion se fait aussi grâce aux grands du royaume, par exemple grâce à Aliénor d'Aquitaine, petite-fille du 1er troubadour célèbre, Guillaume IX de Poitiers.

Aliénor donnera naissance à la poète de langue d'oil Marie de France, qui à son tour protégera les trouvères Chétien de Troyes, Gace Brulé et Conon de Béthune ! On trouve à l'époque 250 trouvères et plus de 4 000 chansons. Comme chez les troubadours, plusieurs statuts sociaux se côtoient : jongleurs (Muset), hauts personnages (le comte de Champagne Thibaut IV), gens d'église (Gauthier de Coinci), bourgeois (Jehan Bretel).

Le thème des chansons ne diffère pas tellement de celui des troubadours, mais à ceux-ci s'ajoutent : les thèmes celtiques (la « matière de Bretagne », avec Tristan et Yseult, etc.), les chansons de femmes mal mariées, les reverdies, qui marient amour et nature au printemps, les chansons de jongleurs, les « sottes chansons »... A Arras, dans le Nord, on fait des tournois de chants, des joutes poétiques dans ce qui s'appelle le puy verd, ou puis d'amour d'Arras ! Ces concours se répandent pendant tout le XIIIe s dans tout le Nord, les Flandres, la Picardie et même en Normandie.

 

La fondation de la Sainte-Chapelle


Alors, cette fondation ?
C'est une sorte de reliquaire géant que Louis veut faire construire, pour y mettre les reliques que l’empereur Beaudoin lui a donné. Et il en a, des reliques, Louis ! Voilà un aperçu de la « petite » liste : la couronne d’épines, un morceau de la Croix, un morceau de fer de lance, l'éponge, les menottes, le sang de Jésus, du linge ayant servi aux lavement des pieds, du lait et des cheveux de la Vierge, un bout d'os de saint Jean-Baptiste, un morceau du saint suaire, la tête de saint Clément, de sainte Ursule, le bras de saint Léger et de saint Georges, la tunique de saint Louis, etc, etc.

La liste est looongue ! Je vous épargne tous les détails.Bon, en attendant, il existe à l'emplacement de notre future Sainte-Chapelle une petite chapelle Saint-Nicolas, fondée par Louis le Gros vers 1020. La construction, confiée à l'architecte Pierre de Montreuil, commence en 1245. Elle se termine 3 ans plus tard, pour un coût total de 40 000 livres tournois et 100 000 livres tournois pour les reliques et les châsses.La Sainte-Chapelle devient un monument inégalé, on veut le copier : il faut savoir qu'à cette époque apparaît la mode d'installer dans les cathédrales des crocodiles empaillés, des os de baleines, des œufs d'autruches et reliques d'animaux fabuleux pour y attirer le chaland ! La Sainte-Chapelle ne fait défaut, et toutes les cathédrales se mettent à copier cette mode curieuse.

Il y a un mystère autour du cœur de Louis... On ne sait pas où il se trouve !Effectivement, le cœur avait disparu et on s'est toujours demandé s'il se trouvait sous une dalle de la Sainte-Chapelle... En janvier 1803, des ouvriers qui travaillent sur le chantier de restauration trouvent en creusant le sol de la chapelle haute, au niveau du chœur, un cœur desséché gardé dans une chape de plomb ! Pas de date, ni de nom sur la mystérieuse boîte...

On procède à des tests d'identification, dès 1845. Mais bon, à l'époque, les techniques ne sont pas très au point ! Ce qui entraîne une guerre entre scientifiques, les uns reconnaissant l'authenticité du cœur, les autres pas...Une chose est sûre : Philippe Le Hardi a fait embaumer le cœur de Louis sur place, là où il est mort, à Tunis. Il a alors entrepris le long voyage de retour vers la France, avec le cœur, en passant par l'Italie.

Mais il ne l'a pas donné, comme le voudrait une légende, au frère de Louis, Charles d'Anjou, roi de Naples ! Il l'aurait placé après la canonisation dans la Sainte-Chapelle. En 1312, Philippe le Bel portait la tête de son grand-père à la Sainte-Chapelle dans un reliquaire en argent repoussé. En attendant, le cœur repose toujours sous sa dalle, et attend peut-être une nouvelle identification !


Et encore !