Saint-Bruno de Bordeaux : miasmes et trompe-l'oeil

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L'intérieur - ©GO69 / CC-BY-SA L'intérieur - ©GO69 / CC-BY-SA
Eglise Saint-Bruno de Bordeaux Eglise paroissiale Epidémie

Une belle chartreuse


Mon royaume pour une chartreuse !


Un couvent de Chartreux existe déjà depuis 1583, à Bordeaux. Mais devenu trop petit, il faut se décider à l'agrandir. Ca tombe bien ! Frère Amboise, plus connu sous le nom de Blaise de Gasc, a légué tout son argent au couvent avant de mourir, pour qu'un monastère et une église dédiée à saint Bruno soient construits.

Il faut un terrain, pour ça ! Aucun problème : le cardinal François d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux depuis 1599, va leur donner les terrains dont ils ont besoin pour cette fondation.

Marais boueux et fièvres mortelles


Mieux que ça, il va réaliser des travaux d'aménagement sans précédent dans la ville : l'assèchement complet des marais qui se trouvent dans cette partie de la ville. Oui, Bordeaux, c'est l'ancienne Burdigala, littéralement... « marais boueux »... ça ne s'invente pas !

Aah, une bonne chose, car l'eau stagnante provoque alors des maladies mortelles et des épidémies terribles de fièvre... Un chroniqueur de l'époque parle des « vapeurs épaisses » des marais, des « abîmes d'eaux qui ne laissaient passer ni à pied, ni à cheval »... vous voyez un peu le tableau !

La Médicis baba


Mais ces travaux coûtent horriblement cher, la ville ne peut pas les prendre en charge. Sourdis paiera donc tout de sa poche !

D’ailleurs, on raconte que lorsque Marie de Médicis rend visite à notre cardinal, il lui avoue qu'il dépensera 100 000 livres, au moins ! Elle lui répond qu'il va finir par se ruiner, avec ces longs travaux, et qu'il ne récoltera rien en échange... Il lui dit que : au moins, il aura eu la consolation d'avoir recherché la gloire de Dieu et l'utilité publique !

Creuser, planter, assécher


Une fois les plans dressés en 1606, le prince de Condé Henri II, de passage dans la ville, pose la première pierre de la chartreuse en juin 1611. Le chantier dure 10 ans : 20 hectares de marais asséchés, 6 000 mètres de canaux creusés, 30 hectares de terrains incultes transformés en vignes...

Les moines construisent une église, un cloître avec leurs cellules autour, un monastère et de grands bâtiments conventuels ; ils aménagent de beaux jardins, des prairies, de grandes allées bordées d'arbres... Le tout dédié à la Vierge, comme l'indiquait une inscription gravée à l'entrée de la chartreuse.

Bref, le résultat est grandiose, plus beau que ce qu'on a jamais vu encore en France : on dit la chartreuse plus belle que les Tuileries, à Paris ! On compose même des poèmes à la gloire de Sourdis, de son chef-d'œuvre et de ses travaux colossaux.

L'église baroque


Les fresques trompe-l’œil


Et quid de notre église ? Hé bien, le cardinal de Sourdis la consacre en 1620.

Entrons à l'intérieur : on remarque immédiatement la fresque en trompe-l’œil de la voûte, peinte entre 1767 et 1772 par le peintre italien Giovanni Antonio Berinzago, assisté d'un certain Gonzales. Berinzago a été professeur de géométrie et de perspective à l’Académie de peinture de Bordeaux, jusqu'à la Révolution... Une fresque toute en perspective, de style baroque : baroque, comme le marbre, les dorures qui décorent l'église...

Le buste du cardinal


Ah, tenez : faisons un rapide inventaire des objets d'art ! Au niveau du maître-autel, voilà les deux effigies en marbre du Bernin qui représentent l'Annonciation : à droite la Vierge, à gauche l'ange Gabriel agenouillé. Ensuite, le tombeau en pierre de Taillebourg de Marie-Charlotte d'Avaray, épouse du marquis de Sourdis Charles d'Escoubleau (neveu du cardinal), mort en 1691. Le cardinal de Sourdis a lui aussi été inhumé à Saint-Bruno...

Ah, je n'oublie pas le buste du cardinal par Le Bernin, qui se trouvait dans notre église, déposé depuis au musée d'Aquitaine de Bordeaux !

Revoilou les miasmes


Voilà pour ces œuvres d'art. Ensuite... Pendant la Fronde, tout va mal : on oublie de s'occuper des canaux, qui retrouvent leur état de crasse et de puanteur. Rebonjour les maladies !

Puis, au moment de la Révolution, les moines sont chassés, la chartreuse démolie. On aménage le Grand cimetière général en 1791, suivi en 1802 d'un jardin des Plantes puis en 1806 d'une pépinière départementale. En 1836 et 1896, les fresques de l'église, très abîmées par l’humidité, reçoivent des retouches visant à raviver leurs couleurs, grâce aux peintres Beauregard, puis Lemeire et Lavigne.


Et encore !