Promenade pittoresque dans les boutiques du Palais-Royal !

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Détail - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA Détail - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Palais Royal de Paris Hôtel particulier

Venez avec nous faire un tour à la découverte des boutiques du Palais-Royal, à la fin du XVIIIe s et au XIXe s !

N.B. : Pour les curieux, les détails proviennent des Chroniques du Palais-Royal (Agricol Beynet, 1860) et Connaissance du Vieux Paris (J. Hillairet, 1977).

Les galeries de Louis-Philippe d’Orléans, le prince fauché

Les boutiques du Palais-Royal ? Elles existent depuis le XVIIIe s !

C’est Philippe-Egalité (Louis-Philippe d’Orléans de son vrai nom), qui crée les galeries et leurs boutiques, dès 1780.

Son arrière-grand-père, Philippe d’Orléans (neveu de Louis XIV), passa sa vie au Palais-Royal, devenu résidence de la famille royale en 1636, quand Richelieu l'offre à la reine, sur son lit de mort.

Autour du jardin, l’architecte Victor Louis réalise les galeries actuelles avec rez-de-chaussée, entresol et étage. Au rez-de-chaussée, les fameuses boutiques !

Des galeries publiques où le peuple venait vaquer jusqu’à 2 h du matin.

Louis-Philippe réalise ce grand projet de spéculation immobilière, car il croule sous les dettes, il a trop fait la fête ! Il espère récupérer un peu de liquidités…

Promenade pittoresque au Palais-Royal

Le camp des Tartares

Sur les 4 galeries de prévues, l'architecte en a seulement construit 3... faute d'argent !

A la place de la 4e, provisoirement, on a une galerie faite de planches de bois : on l’appelle le Camp des Tartares, le rendez-vous de tous les débauchés de la ville !

Il s'agit de l’actuelle galerie d’Orléans, construite par Fontaine, en 1829.

On y venait pour les attractions, toutes plus sensationnelles les unes que les autres : la géante prussienne Mlle La Pierre, Paul Butterbrodt, un colosse de 240 kg : « Le voir manger était une attraction de haut luxe », dit un journal de l'époque.

Pour 2 sous, on voyait aussi « ce que Dieu lui-même ne saurait jamais voir »... on rentre, on se voit dans un miroir et une grosse voix dit : « Tu vois ton semblable, ce que Dieu ne peut pas voir, car Il n’a pas de semblable. »

Police, tripot et prostitution

Philippe-Egalité avait interdit à la police de mettre les pieds chez lui.

Du coup, une grande liberté règne ici, plus que n’importe où à Paris !

Maisons de jeu glauques et prostituées font leur apparition après la mort du prince, arrêté dans son palais et guillotiné en 1793.

Le plus célèbre tripot se trouve au n°9 de la galerie de Montpensier, le Pince-Cul : beaucoup de joueurs fauchés s’y suicident, dit Connaissance du Vieux Paris.

Et puis, on a les fameuses « nymphes du Palais-Royal », qui se promènent le soir dans les galeries, avec leur décolleté avantageux... C’est le fiston de Philippe-Egalité, le roi Louis-Philippe, qui vire tout ce petit monde, en 1836.

Bizarrement, le jardin et ses galeries redeviennent tout calme !

La galerie de cire de Curtius... et une certaine Mme Tussaud !

Au n°17 de la galerie Montpensier, regardez : le cabinet de cires du sieur Curtius, installé en 1785. L’ancêtre du musée Grévin, créé en 1882 dans le passage Jouffroy !

Grande première mondiale : ce médecin anatomiste et sculpteur sur cire allemand crée la première galerie de personnes en cire, grandeur nature.

Sa jeune assistante, Marie, la fille de sa femme de ménage française, se charge de réaliser les plus belles pièces, les bustes de Voltaire ou Benjamin Franklin.

Plus tard, Marie épouse un certain M. Tussaud, avant de filer à Londres créer le célèbre musée...

Les restaurants

• Au n°36 de la galerie Montpensier, voici le café des Mille Colonnes (1807), avec ses 30 colonnes reflétées par des glaces, tenu par la Belle Limonadière, la plus belle femme de Paris, paraît-il... aussi belle que la dame de la galerie Véro-Dodat ?

• Au n° 79, l’ancien Café de Chartres fréquenté par les royalistes, l'actuel resto du Grand-Véfour : le plus ancien établissement du Palais, fondé en 1784 !

Le poète Lamartine, le général Murat, Mac-Mahon en font leur cantine. Au 1er étage du resto, on pouvait voir les appartements de l’actrice La Montansier.

• Un autre resto, au n°121 de la galerie de Valois, le Café mécanique : pas de serveur, juste un monte-plat qui monte et descend au centre de chaque table. Les badauds s'agglutinaient même devant la vitrine rien que pour voir les allers-retours des plateaux !

• C’est au n°114-118 de la galerie de Valois que le royaliste Pâris assassine le député Lepeletier de Saint-Fargeau. Un des martyrs de la Révolution, avec Marat !

Les premiers cabinets d'aisance de Paris

Sa viez-vous que le premier « cabinet d’aisance » naît au Palais-Royal ? Un terme pudique pour désigner l'ancêtre de nos toilettes publiques !

Sébastien Mercier raconte dans son Paris pendant la Révolution (1862) :

« Celui-là fut très judicieux qui voyant au Palais ci-devant royal les restaurateurs glaciers établir leurs réfectoires et leurs cabinets particuliers en aussi grand nombre et aussi près les uns des autres fit construire des lieux d'aisance pour les dîneurs à dix-huit livres par tête.

Il pensa que tant de dindes aux truffes, tant de saumons, tant de hures de sangliers, tant de saucissons de Bologne, tant de vins, de liqueur, de sorbets et de limonades devaient trouver là, en dernière analyse, leur réservoir commun, et qu’en le faisant assez spacieux et surtout assez commode pour tant de gens qui se font de tout une matière de volupté, le caput mortuum des cuisines environnantes deviendrait pour lui une mine d'argent.

En effet, ce qui prouve le bon sens du spéculateur c'est que sa fosse lui produit un revenu annuel de onze à douze mille livres au moins.

C'est au Palais Égalité qu'en tout genre l'or qui provient de ce qu'il ya de plus immonde ne laisse aucune trace de mauvaise odeur. »


Et encore !