Philippe-Egalité et ses fils enfermés au fort Saint-Jean de Marseille

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Le fort - ©Toutaitanous / CC-BY-SA Le fort - ©Toutaitanous / CC-BY-SA
Fort Saint-Jean de Marseille Fortification

Le duc d'Orléans Philippe-Egalité (papa du futur Louis-Philippe Ier de France) se fait emprisonner au fort en avril 1793, avec ses fils Antoine-Philippe d’Orléans et Louis-Charles d’Orléans (respectivement duc de Montpensier et duc de Beaujolais), mais aussi sa soeur, Bathilde d'Orléans.

Quelle histoire les conduit dans ce fort médiéval, transformé en sinistre prison d'Etat pendant la Révolution française ?

Quelles sont leurs conditions de détention ?

Qui se cache derrière Philippe-Egalité ?

Les Orléans, la branche aînée des Bourbons

Ah, mais si, je suis sûre que vous le connaissez !

Il s'agit du père du futur Louis-Philippe Ier de France, Louis-Philippe d'Orléans.

Aaah, ces Orléans… une des branches de la famille royale des Bourbons.

Pour vous la faire simple : on compte la branche aînée des Bourbons, régnante, donc légitime, et la branche cadette des Orléans, dont fait partie Egalité.

Philippe-Egalité descend du frère de Louis XIV, Philippe d’Orléans, tout comme la reine Marie-Antoinette, du côté paternel !

Un cousin honni

« Je suis vraisemblablement condamné à une oisiveté éternelle. A quoi puis-je aspirer ? » geint celui qui va prendre Philippe-Egalité comme nom de sans-culotte.

Oui, môssieur est partisan des idées nouvelles de la Révolution... mais il s'ennuie.

On le dit arrogant, mou, vil comploteur. Il fait partie des francs-maçons. La dot monstrueusement colossale de 6 millions de livres de sa femme l'a fait devenir l'homme le plus riche du royaume.

Cet oisif va s'en trouver une belle, d'inspiration ! Laquelle ? Le complot.

Ah mais, il aime ça, comploter chez lui, au Palais-Royal, contre son cousin Louis XVI.

Un cousin qu’il ne peut pas sentir. Il rêve de pouvoir... devenir calife à la place du calife ? Un fantasme !

Aurait-il, comme il se murmure dans les couloirs froufroutant de crinolines de Versailles, tenté de faire assassiner Marie-Antoinette ?

En tout cas, il vote la mort de son cousin Louis XVI. 360 voix votes contre la mort du roi, 361 pour… celle d’Egalité a tué le roi !

Le récit de la détention au fort Saint-Jean

Malgré le surnom de Philippe-Egalité qu'il s'est choisi, la Convention juge le duc d'Orléans très louche et le fait arrêter, lui et sa famille.

Nous sommes le 6 avril 1793.

Trois jours plus tard, on décide de transférer les prisonniers loin, très loin de Paris. A Marseille !

Les fils du duc, Antoine et Louis-Charles, ont respectivement 18 et 14 ans.

Antoine se retrouve séparé de son frère et de son père.

C'est lui qui rédige ces Mémoires du duc de Montpensier (1837), dont voici quelques passages, relatant la détention des trois hommes à Marseille...

Obscurité, puanteur et horreur

« Nous entrâmes donc au fort Saint Jean. Après avoir traversé une petite cour sombre, nous tombâmes dans l'obscurité la plus parfaite en passant sous une longue voûte qui menait à la partie du fort où se trouvait le logement destiné à ma tante. [...]

A peine ma tante fut-elle entrée dans son logement qu’on cria : « Maintenant, citoyens, il faut conduire les deux jeunes Orléans à la tour ! »

Aussitôt fait que dit. Nous voilà au pied de l'infernale tour dans laquelle nous restâmes onze mois consécutifs.

On ouvrit une grille et nous montâmes un petit escalier tournant, étroit, noir et infect ; il n'y pouvait tenir qu'une personne dans la largeur, et les municipaux et gardes nationaux s'y précipitèrent avec un tel empressement, que nous étions au moment d'étouffer. [...]

On me fit redescendre quelques marches, puis après avoir ouvert deux énormes portes à triples verrous, on me fit entrer dans mon cachot. L’obscurité, la puanteur et l'horreur de ce séjour me forcèrent à m'écrier : « Quoi c’est ici ! » [...]

Entre quatre terribles murs...

« Je restai donc seul entre quatre murs noirs comme la cheminée la plus enfumée et surmontés d'une sombre voûte, ne recevant dans cette espèce de tombeau que la clarté qui pouvait pénétrer à travers deux soupiraux, dont la plus grande ouverture était de deux pieds carrés sur trois d'épaisseur et qui étaient obstrués par trois rangs de barreaux et une grille.

Il était sept heures du soir et l'obscurité de ma nouvelle demeure paraissait complète. Cependant, comme il faisait encore jour au-dehors, les terribles barreaux se détachaient sur le clair d'une manière vraiment cruelle. [...]

L’obscurité extrême qui régnait perpétuellement en ce lieu le peu d air qui pouvait y circuler étant infecté par des latrines dont on n'était séparé que par une petite porte très mince tout enfin contribuait à accabler l'esprit et le corps de la manière la plus cruelle. [...] »

Chaleurs de Provence, brûlage de sucre et air pur

« Nous étions alors au milieu de l'été, et les chaleurs de Provence étaient difficiles à supporter, dans un cachot où l'air ne pouvait jamais se renouveler. Nous passions la journée en chemise, malgré la grande humidité de notre triste demeure.

Ce fut en vain que nous essayâmes d'y brûler des sarments pour la rendre plus saine ; la fumée nous suffoquait tellement qu’il fallut y renoncer.

Pour remédier à l'infection des latrines, Gamache (le domestique d'Antoine, ndlr) brûlait du sucre et je me faisais apporter des fleurs, que je conservais dans l'eau, et que j'avais continuellement sous le nez.

Souvent accablés par la chaleur et le besoin de respirer un peu d'air pur, nous nous élancions chacun de notre côté à notre soupirail. Le visage collé aux barreaux, nous humions de toutes nos forces la très petite quantité d’air qui pouvait nous parvenir. »

L'après Marseille

Les destins de quatre Orléans

Si Philippe-Egalité se fait guillotiner place de la Concorde à Paris, le 6 novembre 1793, un tout autre destin attend sa soeurs et ses rejetons :

• Bathilde d'Orléans reste enfermée un an et demi au fort Saint-Jean. Puis, ce sera l'exil en Espagne.

• les deux jeunes ducs se font libérer fin 1796. Malades, fragilisés par la détention, ils s’embarquent pour l’Amérique, direction Philadelphie.

Montpensier meurt le 18 mai 1807 à l’âge de 31 ans, de la tuberculose contractée à Marseille. Son frère meurt de la même maladie le 30 mai 1808, à 28 ans.

L'anecdote qui va bien !

Quid du 3e fils de Philippe-Egalité, le futur Louis-Philippe Ier, 20 ans ?

Il a échappé à l'incarcération à Marseille !

Pour cause : il a filé en douce en Suisse 3 semaines avant l'arrestation de ses proches.

Sans le sou, il y devient professeur sous le pseudo de Chabos.

« C'est le premier prince de sang qui travaille pour gagner sa vie », remarque Montesquiou-Fézensac dans A la recherche de la Fortune du duc d'Orléans !


Et encore !