Petite histoire et trésors de l'abbaye Saint-Etienne d'Aubazines

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Tombeau d'Etienne - ©MOSSOT / CC-BY-SA Tombeau d'Etienne - ©MOSSOT / CC-BY-SA
Abbaye Saint-Etienne d'Aubazines Abbaye Cistercien

La fondation

Etienne dans sa cahute

1120. Un prêtre originaire de la région d'Argentat, Etienne de Vielzot, débarque au beau milieu de la Corrèze.

L'endroit, désert, ne le rebute pas plus que ça. Il se construit une petite cabane et vit de prières, dans la solitude la plus totale. Sauf que bientôt, de nouveaux amis arrivent, avec dans l'idée de construire une abbaye !

Là va naître Aubazine, ou Obazine comme elle s'écrit d'abord... Etienne choisit de placer son monastère sous la règle de Cîteaux. Et la communauté corrézienne grandit... sans compter qu'Etienne fait des miracles ! Si, il multiplie les pains par temps de famines (pratique), guérit les infirmes... la routine, quoi !

Des os nickels !

Etienne meurt le 8 mars 1159 à l'abbaye de Bonnaigue, non loin d'Aubazine. On le ramène en vitesse, suivi par une foule gigantesque, venue pour un dernier miracle... On ouvrira sa tombe en 1880, pour découvrir ses restes, intacts. Un miracle de plus ? On les a mis dans une belle châsse et son superbe tombeau est encore là, après tout ce temps... C'est peut-être ça, le vrai prodige !

Mince, des femmes !

Mais savez-vous la meilleure ? C'est que parmi les compagnons venus prêter main forte à Etienne pour la construction du monastère, on comptait des femmes. Il fallut leur construire leur abbaye : ce fut celle du Coiroux, toute proche d'Aubazine.

Jusqu'à la Révolution, les femmes allaient vivre sous la domination des hommes d'Aubazine : voilà l'origine du dicton « Qui a fille à Coiroux a gendre à Aubazine » !

On visite quoi ?

Du canal à Coco Chanel

L'abbaye, donc, a été fondée en 1135 par saint Etienne. Aujourd'hui encore, on peut voir son église de style roman (la plus grande du Limousin à l'époque de sa construction), avec à l'intérieur le tombeau d'Etienne ; visiter les bâtiments conventuels avec la salle capitulaire, le cloître et son lavabo, la salle de lecture, la cuisine...

Le clou de la visite se passe à l'extérieur : voilà le « canal des moines ». Vieux de 800 ans, ce sont les Cisterciens qui l'ont aménagé. Ils ont capté le Coiroux pour le faire arriver près des cuisines, afin d'irriguer les jardins et d'alimenter les bassins destinés à la pisciculture. Ingénieux !

Vendue à l'Etat à la Révolution, l’abbaye devient un orphelinat de jeunes filles jusqu'en 1965 : saviez-vous que Coco Chanel en a été pensionnaire ? Aujourd'hui, l’abbaye appartient à l'église grecque Melkite catholique.

Le tombeau de saint Etienne

Un vrai chef-d’œuvre ! Réalisé en calcaire, il date du milieu du XIIIe s. On ne voit pas le gisant tout en bas, à première vue, caché sous le sarcophage, tant celui-ci est magnifique ! Il semble en forme de maison, un peu comme les châsses limousines en émail de la même époque !

On a une file de personnages menée par saint Etienne, qui avancent à travers les arcades des deux côtés du sarcophage, vers la Vierge à l'Enfant, assise au bout. On voit l'abbé à genoux, puis des moines à capuchons, d'autres en robes, des domestiques ensuite au bout de la file, avec des animaux.

Regardez un peu : le visage du gisant a bien été abîmé ! Savez-vous pourquoi ? Parce que les pèlerins grattaient un peu de pierre pour s'en faire une décoction miracle, censée guérir tous les maux !

D'autres merveilles

Dans l'église, ne pas manquer non plus les stalles et leurs miséricordes du XVIIIe s ainsi que l'armoire liturgique en bois, considérée comme la plus ancienne de France ! Elle date du XIIe s, 1175 plus précisément, ce qui en fait non seulement la plus vieille armoire mais aussi le plus vieux meuble de France !

Elle a été faite en bois de chêne. Viollet-le-Duc et d'autres auteurs l'ont décrite. Elle mesure 2 m de haut, elle a deux vantaux. Elle « était probablement peinte, car on remarque encore quelques parcelles de tons rouges entre les dents de scie de la corniche », écrit Viollet dans son Dictionnaire raisonné du mobilier, à l'article « armoire ».


Et encore !