Petite histoire du palais de marbre

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Détail - ©Gilnice06 / CC-BY-SA Détail - ©Gilnice06 / CC-BY-SA
Palais de marbre Hôtel particulier

Le ton est lancé ; sur le péristyle de la villa, on lit cette phrase de l'Irlandais John Keats, tirée de son poème Endymion (1818) : « A thing of beauty is a joy for ever ». Autrement dit, « Un objet de beauté est une joie pour l'éternité ». Quoi de mieux pour notre palais de Marbre, la demeure des arts ! Les archives de la ville s'y sont installées depuis 1965. Quel cadre ! Une vraie villa à l'italienne, avec sa loggia et ses colonnes parées de marbre...

Honoré Gastaud


Tout commence avec un riche banquier, Honoré Gastaud, qui acquiert un domaine à Nice en 1840. Le terrain mesure un peu plus de 20 ha, il se trouve juste en face de la mer dans le quartier de Fabron. Le monsieur a dans l'idée de se faire construire une magnifique villa avec un parc planté de palmiers.

Ce qui lui a peut-être donné son nom primitif de « Villa Les Palmiers » ! Les fêtes y sont fastueuses : Gastaud y reçoit la veuve du tsar Nicolas Ier de Russie en 1856, mais aussi Napoléon III et l'impératrice Eugénie en 1860 ! Mais la roue tourne : Gastaud essuie une grosse perte d'argent, il ne peut plus assumer l’entretien de sa villa.

Ernest Gambart


Un riche imprimeur d'art


Il la vend donc à Ernest Gambart en 1870. Qui est Gambart ? Un riche imprimeur d'art d'origine belge, très actif à Londres au milieu du XIXe siècle. Oh, il a commencé très modestement, comme courtier pour un cabinet anglais de gravures. Ensuite, il crée sa propre affaire, la Gambart & Junin Compagny, en 1842 : des spécialistes de la reproduction d’œuvres d'art !

Gambart adore l'art, il s'associe avec la fine fleur des peintres victoriens comme Turner, Landseer, John Everett Millais et la française Rosa Bonheur. Il invitera celle-ci, d'ailleurs, lors des magnifiques soirées données aux Palmiers : Sarah Bernhardt ou le roi des Belges Léopold II, feront aussi partie des invités ! Et voilà Gambart qui s'improvise du même coup marchand de tableaux.

Le plus beau des palais


A Nice, où il s’installe avec sa femme, il demande à l'architecte Sébastien-Marcel Biasini de transformer la villa de Gastaud en un vrai palais. Les travaux durent de 1874 à 1879 : 5 ans pour réaliser la villa qu'on voit aujourd'hui ! C'est un rez-de-chaussée et un étage dont la façade ouvrant vers la mer se démarque par sa loggia ornée de fresques. Au-dessus de cette loggia, 4 statues : les muses de la Peinture, la Sculpture, l’Architecture et la Gravure.

On a donc un avant-corps légèrement avancé, et en retrait deux ailes sur les côtés : des niches abritent les statues de la Danse, la Poésie, l'Astronomie et la Musique. Mais d'où vient ce nom de « palais de marbre » ? Du convoi de 27 bateaux venus d'Italie, chargés du précieux marbre de Carrare qui a servi à habiller tous les éléments de la façade ! Gambart n'a pas lésiné sur les moyens : à l'intérieur, les appartements et les pièces de réception sont décorés dans le style Louis XVI.

Gambart a toute la place qu'il veut pour mettre toute sa collection d’œuvres d'art ! Il fait aussi aménager une serre et un jardin d'hiver, accolés à sa villa. Côté jardin, des essences méditerranéennes viennent compléter l'ensemble déjà existant. Devenu sujet britannique à part entière en 1846, puis Consul d'Espagne à Nice, Gambart mourra dans cette ville en 1902, à l'âge de 88 ans...

Suite... et fin


C'est un riche baron allemand, Alexandre Von Falzfein, qui acquiert la villa, en 1905 : il fait aménager un lac artificiel dans le parc. La villa, désormais appelée Villa des Grands Cèdres, passe ensuite entre les mains d'Edouard Soulas, un spéculateur immobilier, très riche lui aussi. Il fait réaménager les intérieurs par le décorateur Pinard : de là datent les boiseries de stuc, les décorations type « chinoiseries » très en vogue au XVIIIe siècle, mais aussi le grand escalier central.

Il demande au paysagiste Octave Godard de redessiner le parc avec des broderies de buis et des vases dans l'esprit d'un jardin à la française. Que se passe-t-il, ensuite ? Hé bien, les armées allemandes puis américaines occupent les lieux pendant la Seconde Guerre. En 1956, la famille Soulas vend la villa à des agents immobiliers qui font construire des immeubles tout autour. Sans toucher à notre palais, heureusement !


Et encore !