Petite histoire du château de Romefort

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Le château - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA Le château - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Château de Romefort Château

Une forteresse au bord de la Creuse

Un donjon pour se défendre contre les Anglais

Situé au bord de la Creuse, au beau milieu du département de l'Indre, c'est ce gros et haut donjon carré qui attire l'attention, là ! Flanqué de ses 4 tours cylindriques, il en impose ! Si on oublie les remaniements dont il a fait l’objet au cours du XIXe siècle (merci Viollet-le-Duc !), c'est le plus vieux donjon de France, avec ses frères les donjons carrés de Niort et de Beaugency.

Mais pourquoi avoir construit un château à cet endroit désert, que diable ? Sont-y pas bien ? Ce à quoi on répond : au Moyen-Age, le Berry se trouve voisin du Poitou et du Limousin, de belles provinces certes, mais anglaises ! Le roi de France et les Anglais sont donc sans arrêt en train de se chercher des noises.

Du coup, on doit se protéger. Ici, à Ciron, la Creuse offre une barrière naturelle très efficace contre l'ennemi, car il n'y a pas encore de barrage à Eguzon et la rivière est très, très tumultueuse. Donc difficilement franchissable !

Un fabuleux colosse de pierre

Là, le fils du seigneur de Ruffec, Gaudin (premier seigneur de Romefort), construit son donjon. Nous sommes à la toute fin du XIIe siècle. Trois enceintes gigantesques voient le jour pour protéger le donjon. La plus importante d’entre elles descend jusqu'à la Creuse. Il ne reste rien de ces murs d'enceinte aujourd'hui, juste les bases d'une tour ronde assise à l'écart du donjon...

En face du donjon, on a le corps de logis flanqué d'une tour ronde avec son aile en retour d'équerre. Un logis qui a subi bien des remaniements mais qui date probablement du XVe ou XVIe siècle... Le donjon carré de 12 mètres de large pour 30 mètres de haut se trouve à 22 m au-dessus du niveau de la Creuse. Il a gardé la même physionomie qu'il avait au Moyen-Age... ou presque.

Il a subi de véritables chamboulements au cours du XIXe siècle ! C'est qu'il se trouve en bien mauvais état, alors. Il a été trop longtemps abandonné, du coup il n'a plus de toit, ses salles sont ouvertes à tous vents, remplies d'humidité... Le rez-de-chaussée reste indemne mais le reste tombe en ruine.

Le néogothique s'en mêle

C'est la famille de Bondy qui le transforme et le sauve de la ruine entre 1872 et 1877. Elle demande de l'aide à l'architecte Harveuf, un élève de Viollet-le-Duc, pour restaurer ce formidable morceau de Moyen-Age. Sauf qu'à l'époque, on aime un style qui deviendra célèbre sous le nom de « néogothique »... Une revisite du Moyen-Age pas très académique, qui fait hurler les puristes !

L'architecte perce de grandes ouvertures romanes dans les murs, transforme les intérieurs dans le style troubadour... faisant perdre à Romefort un peu de son côté défensif originel. A l'intérieur, il aménage la bibliothèque en réunissant le 2e et le 3e étage. La salle ainsi créée est très haute, flanquée d'une mezzanine à balustrades très peu médiévale, c'est vrai...

Du temps du Moyen-Age, cette salle abritait la « salle de réunion » des seigneurs et desservait les chambres et les latrines situées dans les tours rondes qui flanquent le donjon. Tout en haut se trouve un chemin de ronde d'où on a une jolie vue sur la campagne berrichonne et sur la Creuse.

Visite une fois par an !

Comment se passe la visite au fait ? Eh bien, ce château est fermé au public... argh, mais pourquoi nous en parler, alors ? Parce qu'il ouvre exceptionnellement une journée par an, pendant les Journées du Patrimoine en septembre ! Ne ratez pas ce rendez-vous : les amateurs de Viollet-le-Duc et les dingues de châteaux-forts y trouvent leur compte !

C'est un exemple unique de donjon médiéval revisité à la sauce néogothique. On visite quelques salles, dont la belle et haute bibliothèque. Ouvrez l’œil : un peu partout se cachent des sculptures amusantes d'animaux ou de guerriers...


Et encore !