Petite histoire de la porte de Bourgogne de Bordeaux

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La porte - ©Patrick Despoix / CC-BY-SA La porte - ©Patrick Despoix / CC-BY-SA
Porte de Bourgogne Arc Louis XIV Napoléon Ier

Sel et Trompette


Un grain de sel gênant


Pour mieux comprendre l'histoire de la fondation de notre porte, remontons le temps jusqu'au XVIIIe siècle : la ville de Bordeaux, la plus importante après Paris, se retrouve alors encombrée de remparts et de forteresses (le château Trompette et le fort du Hâ) hérités de l'époque médiévale.

Des bouts de caillou bien inutiles, en ce brillant siècle des Lumières ! On venait de créer la place Royale, et les quartiers se désencombraient peu à peu. Mais du côté de la porte des Salinières, rien ne change : pourtant, l'endroit est animé !

C'est un port occupé par une foule de gens et de bateaux qui déchargent leurs cargaisons, ces fameuses denrées salées qui ont donné leur nom à la porte. C'est le marquis Louis-Urbain Aubert de Tourny, alors intendant de Guyenne à Bordeaux, qui reçoit la lourde tâche de réaménager la ville afin de la moderniser et de l'assainir.

Pour le fiston de Louis


Tourny décide donc de faire aménager une place semi-ovale et une porte monumentale, dès 1750. Il fait appel à l'architecte Gabriel (qu'on ne présente plus) pour les plans, que l'architecte Portier se chargera d’exécuter.

C'est le fils de Louis XV, le duc de Bourgogne, qui lui donne son nom actuel : la dédicace se fait en grande pompe en septembre 1751...

En 1755, la place et la porte de Bourgogne sont achevées. Le décor de celle-ci devait consister à quelques trophées militaires, une couronne et des fleurs de lis portées par une sphère ailée, le tout supporté par un triton et une néréide soufflant dans une conque.

Mais le projet reste sans suite, ce qui fait que notre porte reste vierge de tout ornement. La porte traverse ainsi la Révolution sans encombres : forcément, puisque sans fleurs de lis ou de représentation royale à marteler, les révolutionnaires passent leur chemin et ne la saccagent pas !

Le Corse s'en fiche !


La maquette fiche le camp


Puis, on décide de la transformer en arc de triomphe, en 1804. Histoire de célébrer le nouvel empereur, Napoléon !

A l'époque, les abords de la porte sont entièrement couverts de maisons, de petites boutiques, d'échoppes en tout genre : il faut dégager tout ce bazar !

Ensuite, la ville adopte le plan du sculpteur lyonnais Joseph Chinard : un arc dorique en pierre et en marbre, flanqué d'un aigle et d'un lion (le rapace emportant dans ses serres le buste de l’empereur) et de deux bas-reliefs représentant la Patrie et la Liberté.

Mais alors que les travaux devaient commencer, stupeur ! Chinard annonce qu'il a donné sa maquette pour un arc triomphal... dans sa ville natale de Lyon !

Snobé par Napo !


La porte ne change donc pas d'allure et accueille tout de même Napoléon, en 1808 : on raconte que l'empereur, lors de sa visite, passa sous l'arc sans même lui prêter attention ! Peut-être parce qu'à cause de la déconvenue causée par Chinard, on avait voulu tout de même décorer l'arc à l'aide d'artifices, pas forcément du plus bel effet... La porte actuelle date de 1858.


Et encore !