Petite histoire de la basilique Saint-Martin d'Ainay

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La basilique - ©Phinou / CC-BY-SA La basilique - ©Phinou / CC-BY-SA
Basilique Saint-Martin d'Ainay Basilique

Martyrs et immortels


On va commencer avec un peu d'étymologie : d'où vient le nom Ainay ?

Il faut d'abord savoir que l'endroit où se trouve notre église s'appelle à l'époque romaine Athanacum. Jusqu'au Moyen-Age, Athanacum forme une île, mentionnée en tant que insula Athanaco dans les chartes du XIIe siècle. De riches marchands, surtout des négociants en vin, y vivaient. Quant à savoir ce que signifie cet Athanacum, dont dérivera plus tard le nom d'Ainay, mystère...

Peut-être du grec athánatos, qui signifie « immortel » en grec, en référence aux martyrs des chrétiens massacrés à Lyon en 177 ? Ou bien, Athanacum, pour évoquer une probable athénée (sorte de lieu public où venaient discuter les philosophes) à Lyon ? Ou encore le mot celte athan, qui signifie cours d'eau...

Une puissante abbaye


Blandine, sa crypte et les Huns


Bref : quand je vous parlais de martyrs, et bien, les voilà : on trouve au tout début, à l'emplacement de notre église actuelle, une crypte dédiée à sainte Blandine et à ses 48 compagnons chrétiens qui ont trouvé la mort lors de leur martyr.

Vers 330, un ermite du nom de Badulphe aurait construit une église dessus. Détruite par les Huns à la toute fin du IVe siècle, rebâtie par l'évêque génois Salone vers 450 et dédiée à Saint-Martin, voilà les Sarrasins qui la détruisent une nouvelle fois !

Alors, l'évêque Aurélien la reconstruit en 830. C'est à ce moment qu'un prieuré voit le jour, la future abbaye. En 954, l'archevêque de Lyon Amblard fait construire l'église actuelle, consacrée en 1106 par l'évêque Gauceraud et le pape Pascal II, de passage à Lyon.

La règle stricte de St-Benoît fait son entrée dans l’abbaye à la fin du XIIe siècle, histoire de remettre de l'ordre dans la vie bien dissolue des moines ! L'ordre bénédictin y restera jusqu'en 1685, date de la sécularisation de l'abbaye...

Imprimerie à l'abbaye


Règle stricte, oui : travail, prières... tout ça, d'accord ! Mais au Moyen-Age, le monastère devient vite très riche ! Il possède de nombreuses terres et prieurés (plus de 70, dit une bulle du pape Innocent IV) dans le Lyonnais mais aussi partout en France et même à l'étranger. L'abbaye possède même sa propre imprimerie, au XVIe siècle !

A cette époque, elle se compose de l'église et de ses bâtiments conventuels, le tout entouré d'une puissante muraille. Au nord, le cloître. A l'est, les bâtiments et leurs vastes jardins. A l'ouest, le palais abbatial. Et hop, une partie de cet ensemble finit détruit par les Protestants en 1562. Ils emportent avec eux le trésor de l'église, de nombreuses reliques parmi lesquelles figurent les cheveux de la Vierge et le corps de saint Badulphe...

L'église St-Martin


En 1685, la communauté bénédictine est dissoute et remplacée par des chanoines ; l'église devient paroissiale en 1690. Après une rapide transformation en grenier à grains pendant la Révolution, l'architecte Pollet se charge de la restauration du monument, dès 1829 : le plus gros chambardement consiste dans le remplacement de la charpente en bois par une voûte en briques. Et oui, c'est une église romane, mais on y trouve de vrais petits bijoux du XIXe siècle qui cohabitent avec des éléments architecturaux plus anciens...

Piliers romains et martyrs


Regardez un peu ça : avez-vous remarqué les grosses colonnes qui supportent le poids de la voûte ? On dit que ce sont les piliers de l'ancien temple de Rome et d'Auguste, LE monument romain de l'antique site des Trois Gaules !

De l'époque romane toujours, voici la chapelle Sainte-Blandine (la crypte), par laquelle on accède par un petit escalier percé au XIXe siècle situé au sud-est de l'église. La mosaïque au sol date de 1855. C'est là que les restes de Blandine et de ses acolytes reposeraient...

Fresque et autel cuivré


Du XIXe siècle, voilà, dans l'abside, la jolie fresque du Lyonnais Hippolyte Flandrin, réalisée en 1855. Jésus au centre, se fait présenter Blandine et Clotilde par sa mère Marie ; à gauche se trouvent saint Pothin et saint Martin.

Du XIXe siècle, aussi, le très bel autel réalisé par l'orfèvre parisien Placide Poussielgue-Rusand sur les dessins de l'architecte des monuments historiques, Charles-Auguste Questel : il est en cuivre doré et inspiré par l'autel de la cathédrale de Bâle (XIIIe siècle), conservé au musée de Cluny (75) !


Et encore !