Orléans, 1560 : mais de quoi est mort le roi de France François II ?

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La mort de François II dans l'hôtel Groslot (P. Dupuy, 1865) - ©Wikimedia Commons La mort de François II dans l'hôtel Groslot (P. Dupuy, 1865) - ©Wikimedia Commons
Hôtel Groslot Hôtel particulier François II Guerre de Religion

François II, vous le connaissez, celui-là ? Bof, hein ? Sûrement pas un des rois de France les plus célèbres.

Au moins, vous savez qui sont ses parents : Henri II et Catherine de Médicis. Et son papy s'appelle... François Ier !

Le pauvre p’tit François II, né en 1544, monte sur le trône après la mort horrible et brutale de son papa, pendant un tournoi en juillet 1559.

Le règne du petiot ne va durer qu’un an et quelques mois ! On va voir pourquoi : de quoi a bien pu mourir François II à 16 ans, le 15 décembre 1560 ?

Qu’est-ce que le roi fiche à Orléans ?

On est le 13 décembre 1560, au cœur des guerres de Religion.

On a réuni les Etats-Généraux, histoire de causer de la crise qui divise protestants et catholiques.

Car depuis la mort du paternel de François II, c’est la lutte pour le pouvoir : les Guise cathos d’un côté, Les Bourbons-Condé protestants de l’autre...

Le jeune roi et son épouse Marie Stuart font une entrée triomphale dans la ville, dès octobre 1560.

Le bailli d'Orléans, Jérôme Groslot (un protestant), accueille le couple, sourire aux lèvres. C’est chez lui que loge le couple, dans son hôtel !

La maladie du roi

Voilà, vous le savez, maintenant : François II va mourir, là, sous vos yeux, le 15 décembre 1560. Il a 16 ans.

Comme d’hab’ quand on a besoin de détails sur la mort d’un roi de France, hop ! On se réfère au bouquin mythique d’Augustin Cabanès, Les morts mystérieuses de l’Histoire.

Qui raconte ceci...

Le roi à la bouche ouverte

Apparemment, François développe très tôt la maladie qui va l’emporter :

« Il était de ceux qu’on appelle mal-nez (ne se purgeant ni par le nez, ni par la bouche, laquelle il portait ouverte pour prendre son vent (respirer, ndlr), dont se forma un abcès à l’oreille. »

(Agrippa d’Aubigné, Histoire universelle, 1616)

Ah. On y est. Un abcès ! Le jeune ado souffre depuis tout petit d'amygdales hypertrophiées qui empêchent la respiration par le nez.

D'où respiration par la bouche et mucosités qui s'installent sur lesdites amygdales !

Oui, mais voilà : François, comme tous les gosses, ne recrache pas les mucosités accumulées.

Cet amas ragoutant de morve fourmillant de microbes lui refile moult désagréments, hormis l'abcès :

• le teint blanc comme un chicon anémié (oulà, c'est vous dire) ;

• le visage boutonneux et bouffi ;

• une haleine à décoller les tapisseries, une voix nasillarde et enfin, l’oreille enflammée par un abcès.

Diagnostic, doc ? Cabanès pense à des végétations adénoïdes. Une hypertrophie des glandes du pharynx !

Les derniers jours de François II

Et puis, tout s’accélère !

Début novembre 1560, après un été tranquillou à Fontainebleau, la cour débarque à Orléans, où les Etats-Généraux se réunissent.

Jusqu'au dimanche 15 novembre... c'est le drame ! François le roi-plein-de-morve s’évanouit en pleine messe, dans la cathédrale orléanaise.

Mis au lit à l’hôtel Groslot, il se réveille en hurlant : une douleur à peine supportable lui déchire l’oreille gauche. La fièvre monte en flèche et ne baisse pas pendant plusieurs jours.

Les chirurgiens parlent de trépanation. Mais c’est trop risqué...

Le 15 décembre 1560, vers 10h30, François meurt dans son lit, étouffé par ses amygdales :

• après des douleurs d’oreilles horribles ;

• une suppuration de l’abcès ;

• une méningite mortelle.

Le tout causé par ces foutues végétations adénoïdes, qui ont complètement dégénéré !

La question des restes

On dépose le cœur de François II dans la cathédrale d’Orléans (les protestants qui assiègent la ville 2 ans plus tard le déterrent et le brûlent).

Quid du corps embaumé ? Transporté dans la basilique Saint-Denis !

Et Marie Stuart ?

La moitié de François II, la belle Marie Stuart, voit les prétendants toquer à sa porte 3 mois après sa mort... dont Charles IX son beau-frère, qui avait été élevé avec elle et qui l’aimait comme un fou !

Marie s’embarque le 15 août 1561 pour l’Ecosse, sans se retourner. Elle n'est plus reine de France : reine d'Ecosse, en revanche, si !

La mort prématurée de son papa, Jacques V, l'avait fait accéder au trône écossais, à l'âge de 6 mois...

Mais Marie la catholique (à moitié française par sa mère Marie de Guise), revient dans un pays devenu protestant.

Elle ne connaît que l'hostilité.

Elle y perdra son trône... et sa tête !

L’œil et l'oreille

Faire un bon mot après la mort de quelqu’un, c’est toujours très fin...

Lui l’a fait. Lui qui ?!

Le protestant suisse Jean Calvin ! Qui écrit sur la disparition de François II :

« Dieu qui avait frappé le père à l’œil a frappé le fils à l’oreille. »

Hé oui : François II meurt un an et demi après son pater Henri II, l’œil et la tête transpercés par un bout de bois pendant un tournoi sur l’actuelle place des Vosges !

La succession : et de trois !

C’est le frangin de François II, Charles IX, qui lui succède ; comme il n'a que 10 ans, sa mère Catherine de Médicis devient régente.

Et de deux rois, dans la fratrie... pas le dernier, puisqu’à la mort de Charles IX en 1574, Henri III grimpera, hop, sur le trône !


Et encore !