Non, le connétable de Bourbon n'est pas un traître. Juste un homme, humilié

Vinaigrette 0
Charles de Bourbon - ©The British Library / Public domain Charles de Bourbon - ©The British Library / Public domain
Forteresse de Bourbon-l'Archambault Château Trahison Charles de Bourbon François Ier

Voici le destin d’un homme brisé. Couvert de tous les honneurs, qui découvre l’humiliation. Son propre pays, la France, l’a traîné dans la boue. L’a rabaissé pire qu’un chien.

C’est l’histoire d’un homme qui a soif de vengeance. Et qui passe chez l’ennemi. On a retenu quoi, de lui ? Qu’il est le plus grand traître de toute l’histoire de France. Son nom ? Charles de Montpensier, connétable de Bourbon.

Ca reste dans la famille, hein

1494. Papa Montpensier est parti se faire charcuter à la guerre, alors son petit Charles se fait recueillir par son oncle le duc de Bourbon, Pierre II. Sa femme s’attache à ce petiot comme la chair de sa chair.

Minute ! Vous la connaissez : il s’agit d’Anne de Beaujeu, la fille du roi Louis XI. Elle finit par lui donner sa fille en mariage. La propre cousine de Charles, Suzanne de Bourbon. Hé, le mariage du siècle ! Mais les deux sont terriblement mal assortis.

Je vais vous dire pourquoi : Suzanne est petite, laide et difforme. Mais c’est la petite-fille de Louis XI ! Et aussi l’héritière du duché de Bourbon-l’Archambault ! Ce qui fait de Charles un duc de Bourbon. A la tête du plus puissant duché du royaume. Aussi riche que le roi.

Vous sentez venir l’embrouille ?

Fidèle jusqu'à la mort !

Charles a presque le même âge que François Ier, son roi et copain, et descend comme lui de saint Louis. Oouh, il est beau, grand, musclé et sportif, l’œil brun velouté, Charles. Il fait craquer les filles. Puissant aussi, maintenant, presque autant que le roi. Y’a pas mieux !

Mais à la richesse, Charles veut ajouter le courage et la reconnaissance par les armes. Briller en devenant non pas un fidèle compagnon du roi parmi tant d'autres, mais LE seul, le meilleur. Celui qui donnerait sa vie.

Il part faire la guerre en Italie, pour ça. S’en prend plein la tronche, brille par son sang-froid. Alors, François Ier le fait connétable. Le plus haut grade militaire. La crème.

Mais la cassure arrive sans prévenir, le jour du baptême du fils de Charles, à Moulins, en présence du roi. Une fête où se pressent 500 vassaux. Du jamais vu. Le roi en prend plein la gueule, vexé à mort. L'élève a surpassé le maître.

Une première fêlure. Toute petite... mais qui suffit à amorcer la chute de Charles. Petit à petit, elle s’insinue, par des drames...

Les charognards sont de sortie

Mais voilà le drame qui fait tout basculer : notre connétable a repoussé les avances de la maman de François Ier, Louise de Savoie. La dent de François contre Bourbon grossit.

Je vais vous dire un truc : au fond, l’histoire de la mère du roi repoussée, c’est secondaire. La vraie raison de sa disgrâce, c’est que Charles dérange. Il est devenu plus riche, plus puissant que le roi. Il faut l’arrêter. Tout simplement !

Alors le roi veut se venger. Comment ? En piquant les biens de Charles. Surtout sa terre, le Bourbonnais, le plus grand duché de France, à l’époque.

Alors, quand Suzanne de Bourbon la chétive meurt en 1521, François et sa daronne deviennent des vautours. Les charognards contestent l’héritage. L’affaire est facilitée, il n’y a pas d’héritiers (3 bébés morts tout jeunes) : et puis, Louise descend des Bourbons par sa mère !

Charles n’a pas son mot à dire : en 1523, après procès, le château de Bourbon-l'Archambault se fait saisir. Son duché, tout.

Sa vie vient de s’effondrer.

Un gouffre d'idées noires

Le connétable suffoque. Empêtré dans une poisse visqueuse. Celle de la honte. Trahi. Sali. Révolté par cette injustice où il s’est fait écraser comme la sale araignée qu’il est devenu.

Vous ne vous sentiriez pas blessé à en crever, à sa place ? Si celui qui vous avait donné tous les honneurs possibles, celui que vous considériez comme un ami, vous plantait un terrible coup de poignard dans le dos ? Et vous laissait là, à l’agonie. A terre.

Pour une histoire de fierté mal placée.

Je te maudis, la France !! Ces mots, Charles les retourne dans sa tête, quand un certain Charles Quint pointe son nez.

Les ragots viennent de lui apprendre que Charles, noyé au fond du gouffre de ses idées noires, serait prêt à tout pour se venger. Quint, le leader du Saint-Empire germanique, LE super ennemi de François Ier. Qui promet au connétable la main de sa sœur et la création d’un royaume indépendant en Provence, rien que pour lui.

Pour ça, Charles devra combattre contre François, avec l’empereur. Avec l’ennemi ?... ça s’appelle une trahison !

Echecs... et mat

Informé, François envoie des hommes arrêter le traître, mais Charles a le temps de filer de sa forteresse de Chantelle et de passer en Italie.

C’est le début d’échecs cuisants. Echec de la prise de Marseille, la capitale de son royaume promis par l'empereur. Echec de la prise de Rome pour l’empereur, où il meurt au combat en 1527, à 37 ans.

Seul. La rage au ventre. Tiraillé par ses démons, jusqu’à la dernière seconde de sa vie.

Parait-il qu’il voulait conquérir la ville italienne pour l’offrir à François Ier, en signe de pardon... Le château de Bourbon-l’Archambault ? Réuni définitivement à la Couronne en 1531.

La boucle est bouclée. Et le traître gagnait sa place éternelle dans les bouquins d’histoire...


Et encore !