Mort sur le trône (sans blague) : 5 choses à savoir sur l’assassinat d’Henri III à Saint-Cloud

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Jacques Clément, Henri III - ©Austrian National Library (ÖNB) / Public domain Jacques Clément, Henri III - ©Austrian National Library (ÖNB) / Public domain
Domaine national de Saint-Cloud Château Homicide Henri III Guerre de Religion

Dans le genre mort unique, Henri III fait fort. Il meurt sur le trône un jour d'août 1589, au château de Saint-Cloud, assassiné par le moine Jacques Clément.

Le trône, les gogues, les petits coins. Les toilettes, quoi ! Enfin, la chaise percée comme ça s’appelle à l’époque.

Et il y a du monde hein : regarder le roi couler un bronze, c’est un privilège. Les médecins au garde à vous attendent de pouvoir s’extasier sur la couleur de l’œuvre du roi et voir s’il pète (oui, bon) la forme.

Donc, le roi pousse quand une ombre se jette sur lui pour lui planter sa lame...

1 - Le contexte : Henri III le Diable incarné, l’assassin

On est en pleine guerre de Religion. Cathos VS protestants. Se pose une question épineuse : qui va succéder au roi Henri III, qui n’a pas eu d’héritiers ?

Son plus proche parent, Henri de Navarre. Futur Henri IV ! Mais un autre Henri voudrait bien monter sur le trône (le vrai, hein, cette fois) : Henri de Guise.

Bon. Les Français veulent bien de Navarre... p’tit hic, il est protestant ! En plus, il propose son soutien au parti d’Henri III.

Et ça, ça ne plaît pas à La Ligue, groupe de cathos fraîchement créé mené par Guise : des cathos plus cathos que tout le monde... qui menace la monarchie tant elle devient puissante !

Un roi qui ne veut rien entendre et qui s’allie avec un huguenot, hééé, n’importe quoi... La Ligue impose sa loi. Paris devient volcanique comme l’enfer sur terre : et puis Guise le populaire, le défendeur du catholicisme se fait assassiner par Henri III à Blois, en 1588.

Le coup de grâce : un roi assassin, parjure, démoniaque. Indigne de son rang. En plus, Navarre et le roi s’allient.

Sauf que... un moine taré va tout faire capoter.

2 - Jacques Clément, bras armé par la vengeance d'une femme

Des rides amères lui plissent le front. Des rides creusées comme des sillons arides sur un visage fatigué. Mais déterminé. Déterminé à faire crever ce chien galeux qu’on appelle roi.

Catherine de Lorraine, duchesse de Montpensier, a faim de vengeance. Et elle compte bien se mettre bientôt à table ! Henri III a tué son frère, Henri de Guise. Il va payer.

Comment ? En envoyant le moine Jacques Clément abattre le roi.

Le gars a 22 ans. Fils de paysans bourguignons, galvanisé par la haine déversée par les prêtres à l’encontre des huguenots, il veut éliminer le roi, l’ennemi du catholicisme. Fou, Clément ? Oui. Et Catherine a armé sa folie.

Hééé ! Comment croyez-vous que le moine a obtenu les saufs-conduits lui permettant d’approcher le roi, à Saint-Cloud ?

Le matin du crime, la Montpensier soupire : « Je ne suis bien marrie (fâchée, ndlr) que d’une chose, c’est qu’il (Henri III, ndlr) n’ait pas su avant de mourir que c’était moi qui l’avait fait faire. » Avant de parcourir Paris en voiture et de brailler : « Bonne nouvelle, mes amis, le tyran est mort ! »

3 - Mort sur le trône, nu comme un ver !

1er août 1589. 8 h 04. Chaleur de plomb sur le château de Saint-Cloud. Un soleil fracassant perce par les volets entrouverts de la chambre tendue de violet, depuis la mort de Catherine de Médicis, la reine-mère.

Le roi chie. Au milieu de ses mignons et de sa garde, les fameux Quarante-Cinq.

Nu comme un ver. C’est le chroniqueur l’Estoile qui le dit :

« Il était environ 8 heures du matin quand le roi fut averti qu’un moine de Paris voulait lui parler ; et était sur sa chaise percée, ayant une robe de chambre sur ses épaules (sans être aucunement habillé). »

Voui, car Clément réussit à se faire introduire dans la chambre d’Henri (il porte un soi-disant message secret). Il fait mine de chercher le papier dans une poche, mais sort son couteau. Et frappe. Dans le bas-ventre du roi.

Henri se lève, chausses à ses pieds, à poil, les mains instinctivement portées à son bas-ventre. Chaleur visqueuse. Du sang. Partout. Vision d’horreur écarlate. Il est en train... de se vider de ses entrailles.

4 - Même les tripes à l’air, la mort du roi n’a pas été instantanée

L’autopsie rapporte (vue dans La mort des rois de France depuis François Ier, Dr Corlieu, 1873) un coup au-dessous du ventre qui a percé une partie de l’intestin grêle...

Pourtant, même avec les tripes à l'air, la mort n'est pas instantanée : Henri se sent patraque, sans plus, au début. Il écrit même à sa femme qu’il va remonter fissa à cheval ! Sauf que du sang coagulé d’un noir implacable sort bientôt de la plaie.

A 3 heures du matin, dans une chambre dévorée par les ténèbres de la nuit, tenaillé par des douleurs atroces et une soif intense, Henri III, 37 ans, s’éteint...

5 - Clément est déjà mort quand on l’écartèle

A peine le coup porté, Clément se fait trucider par la garde royale. C’est donc un régicide déjà clamsé depuis un moment qu’on amène sur le lieu de son supplice pour se faire écarteler.

Ses cendres se font disperser dans une Seine sombre et froide... pour que ses restes ne soient pas vénérés comme des reliques. Hé, le moine catho qui a tué le mauvais roi ! Le pape de l’époque a même voulu un moment le canoniser, vous imaginez...

Et comme il faut un procès et qu’il est mort, c’est au cadavre du moine qu’on en fait un.


Et encore !