Montaigne dans sa tour d'ivoire

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Chambre dans la tour - ©Mcleclat / CC-BY-SA Chambre dans la tour - ©Mcleclat / CC-BY-SA
Château de Montaigne Château Michel de Montaigne

Le château des Eyquem

Le château a été construit par la famille de Montaigne, les Eyquem. On ne connaît pas bien leurs origines, mais on pense qu'ils sont portugais. Et bien installés dans la région, puisque possédant plusieurs fiefs dans le coin, dont le célèbre Château-Yquem ! Ramon Eyquem, grand-père de Michel et riche négociant bordelais, achète les terres de Montaigne et de Belbeys en 1477.

Mais on doit la reconstruction du château primitif au père de Michel, Pierre Eyquem, maire de Bordeaux, anobli en 1519 en tant que « seigneur de Montaigne ». Pierre, qui selon les mots de son fiston a la « manie de la truelle », a beaucoup transformé le château, le renforçant pour se protéger des attaques de plus en plus nombreuses des Anglais dans la région.

Sa femme, Antoinette, née Lopez de Villanueva (en français dans le texte : Loupes de Villeneuve) donne naissance à Michel en 1533, ici à Montaigne. Puis, à la mort de son père en 1568, Michel s'installe au château avec sa femme. Conseiller à la cour des aides de Périgueux, conseiller au Parlement de Bordeaux, il se retire vite de la vie publique pour mener une vie mélancolique à Montaigne.

La tour de Michel

Là, dans sa tour, il écrit ses Essais pendant 20 ans : sa grande œuvre (qui connaît 3 éditions de son vivant) toute en humanité et en tolérance. Mais laissons Montaigne décrire ces lieux (description tirée des Essais, livre III) :

« Chez moi, je me détourne un peu plus souvent à ma librairie... Là je feuillette à cette heure un livre, à cette heure un autre, sans ordre et sans dessein, à pièces décousues. Tantôt je rêve, tantôt j'y enregistre et dicte, en me promenant, mes songes que voici. Elle est au 3e étage d'une tour. Le 1er, c'est ma chapelle.

Le 2nd, une chambre et sa suite, où je me couche souvent, pour être seul ; au-dessus, elle a une grande garde-robe ; c'était au temps passé le lieu le plus inutile de ma maison. Je passe là la plupart de mes jours de ma vie, et la plupart des heures du jour. A sa suite est un cabinet assez poli, capable à recevoir le feu pour l'hiver, très plaisamment percé. »

La tour, c'est la maison de Montaigne, donc : il y passe ses journées seul, jamais ses nuits. Il « s'y recueille en sa coque comme les tortues » dit-il. Il passe là du temps à chérir le souvenir de son père et de son ami La Boétie :

« Depuis 18 ans mon père s'est éloigné de moi et de la vie : je ne me lasse pas d'embrasser et de pratiquer sa mémoire, son amitié, sa société, d'une parfaite union et très vive. »

Bon, reprenons : au rez-de-chaussée, on a une salle ronde (une chapelle), avec sa voûte décorée de fresques et d'écussons, dont celui des Eyquem « d'azur semé de trèfles d'or, à une patte de lion armée de gueules, mise en face ». Au 1er étage, une chambre avec cheminée flanquée d'un petit oratoire qui permet à Montaigne d'entendre la messe dite juste en dessous. A côté, une autre chambre.

A l'étage supérieure, la librairie (bibliothèque), qui dit-on, pouvait contenir 2 000 volumes ! Pas peu fier, Montaigne en disait que c’était une bien belle librairie, pour une « librairie de village »... A l'époque, il avait rangé les livres « sur des pupitres à cinq degrés tout à l'environ ». Oh, mais regardez là-haut : sur les poutres du plafond, on peut lire des inscriptions latines et grecques, au nombre de 75 !

A côté de la librairie se trouve le cabinet décoré de fresques et de médaillons, endroit que Montaigne aime beaucoup. Le monsieur est assez frileux, et contrairement à la bibliothèque sujette au courant d'air, il y fait bon ! Et qui dit que Michel passait du temps tout seul dit qu'il ne voyait pas beaucoup sa femme : on dit qu'une galerie communiquait de la tour jusqu'aux appartements de madame Eyquem !

Montaigne jusqu'à aujourd'hui

En attendant, Montaigne meurt ici en 1592 : sa fille unique, Léonore, hérite du château, qui restera dans sa descendance jusqu’en 1811. Un temps acquis par le ministre de Napoléon III, Magne, un terrible incendie le détruit dans la nuit du 12 janvier 1885. Miracle !

Seule rescapée : la tour de Montaigne ! Qui donc est restée telle quelle depuis le XVIe siècle... Les enfants de Magne reconstruisent le château à l'identique, enfin presque ! Dans le style à la mode, le néo-gothique...


Et encore !