Mesmer place Vendôme : les baquets et les transes du charlatan

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Patients mesmérisés, tableau de C.-L. Desrais (1784) - ©Wellcome Library, London / CC-BY Patients mesmérisés, tableau de C.-L. Desrais (1784) - ©Wellcome Library, London / CC-BY
Place Vendôme Rue Quartier

Fluide et fuite à Paris

Au n° 16 de la place Vendôme, regardez : voilà l’hôtel de Serres. Le célébrissime Mesmer s’y installe en 1778 ! LE docteur dont les baquets magnétiques font courir le tout Paris ! Il a étudié la médecine tout ce qu'il a de plus classique, chez lui, en Allemagne.

Mais un jour, il découvre les travaux d'un père jésuite sur le magnétisme animal. Le quoi ?? La capacité qu’a tout homme à guérir son prochain grâce à un fluide particulier qu’on se refile à coups de « passes ». La révélation !

Il fonde sa clinique à 40 ans, à Vienne en 1773, où on soigne les malades avec des fluides métalliques. Mais comme l'état de certains patients se dégradent et que des plaintes sont déposées, Mesmer doit éviter le scandale et filer... à Paris !

Les séances

A Paris, il s'installe place Vendôme. Les malades comme les gens avides de trucs bizarres se ruent chez le toubib. On lit le déroulé des séances dans l’Encyclopédie théologique de Jacques-Paul Migne... Dans la grande salle de l’hôtel, Mesmer place un grand baquet en bois, rempli d'eau et de bouts de ferrailles.

Du baquet sortent des tiges en fer que Mesmer applique là où on a mal. On se tient tous à une corde, histoire de bien faire circuler le fluide. Mesmer se balade « en habit lilas » entre les baquets et vient effleurer les patients avec sa fine baguette remplie de soi-disant fluide. La vache : la mise en scène est grandiose.

Et là, les crises magnétiques commencent : les yeux se ferment, on suffoque, on ne contrôle plus son corps. Pleurs. Gémissements. Soufflements rauques. Tout le monde convulse, ça y est. Comme en transe ! A ça s’ajoute la musique limite stressante du piano et de « l’harmonica de verre »... des verres musicaux frottés avec des mains humides.

La salle des crises

Quand la crise devient trop importante, Mesmer prend le malade dans ses bras et l’emmène à l’écart dans sa « salle des crises », dit Histoire académique du magnétisme animal de Claude Burdin. Une pièce matelassée où le patient se roule par terre en attendant que le maître le calme...

Et vous savez quoi ? Les gens emmenés dans cette salle sont toujours des femmes, ah, comme par hasard ! Bref. Mais le magnétisme, ça n’a rien de très médical. Aussi, on condamne Mesmer à l'exil, one more time. Il meurt en Suisse en 1815. Bah, il avait bien eu le temps de se faire un paquet de pognon, entre temps...


Et encore !