Marie-Antoinette et Mirabeau : l'entrevue choc de Saint-Cloud

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Marie-Antoinette, Mirabeau - ©Leipzig University Library / Public domain Marie-Antoinette, Mirabeau - ©Leipzig University Library / Public domain
Domaine national de Saint-Cloud Château Complot Marie-Antoinette Honoré de Mirabeau Révolution Française

Marie-Antoinette à Saint-Cloud

1785. Voilà Marie-Antoinette qui débarque. Oui, elle vient d’acheter Saint-Cloud pour 6 millions de livres et transforme l’intérieur du palais à son goût : guirlandes de fleurs sculptées dans les boiseries couleur pastel, lit douillet à la polonaise tout décoré de sphinx et de rubans, pékin blanc avec oiseaux et fleurs, acajou, bronze doré...

Elle aime bien Saint-Cloud, la Marie-Antoinette, car c’est tout près de Paris, pratique pour aller aux bals. Et puis ici, l’étiquette n’a plus cours... Elle organise des fêtes immenses où se presse tout le monde, riche, bourgeois, simples péquins. Et la reine se mêle parmi le peuple. Bain de foule parmi les bourgeois, my god ! C’est pas ça qui la rendra plus populaire, murmurent déjà des voix, alors que ne gronde même pas encore la Révolution...

« Nous allons voir les eaux de Saint-Cloud et l’Autrichienne » disent alors les gens. Il y a tellement de monde que beaucoup tombent dans la Seine (sans mal), se font repêcher et bourrent des coudes pour remonter vers le château !

Eviter la guillotine à la reine

Mais voilà, en juin 1790, après avoir passé l’hiver aux Tuileries, enfermés, la reine et les siens font un dernier séjour à Saint-Cloud. Ici, il y a de l’espace, de l’air pur, on se sent libre. C’est là que se déroule l’entrevue secrète de Saint-Cloud, le 3 juillet 1790... Ah ah, mystère !

Eté 1790. La reine s’est donc retirée au domaine pour ce dernier été. Ses derniers moments de liberté avant la prison à Paris... Louis XVI n’est plus roi de France et il règne une atmosphère bizarre au château. Dans le parc, Marie-Antoinette reçoit son beau Fersen venu lui apporter des nouvelles du pays. Faut dire qu’il y a de quoi se cacher, ici, avec les feuillages épais...

C’est comme ça que la reine va rencontrer Mirabeau. Oh mein gott, elle le hait plus que tout, celui-là. Mais on dit qu’elle a besoin de lui pour sauver la monarchie ! Mirabeau le révolutionnaire, rédacteur des droits de l’homme, qui voulait une monarchie constitutionnelle... que peut-il pour le roi, et pourquoi bougerait-il le petit doigt pour lui ?

C’est que Mirabeau s’était en fait séparé du mouvement révolutionnaire, en 1790. Hop, il signe aussitôt un accord secret avec le roi pour le conseiller. Et celui-ci lui paye toutes ses dettes ! Le 3 juillet, entrevue avec la reine pour sauver la monarchie, pour faire accepter la constitutionnelle au roi à tout prix. Pour lui éviter la guillotine.

Marie-Antoinette V.S. Mirabeau : le choc

Mirabeau est venu depuis Auteuil avec sa voiture et son neveu déguisé en cocher. Il entre dans le parc, col relevé, par une petite porte latérale laissée ouverte. Le rendez-vous a lieu dans « un endroit non pas commode, mais suffisant pour le voir et pallier tous les inconvénients des jardins et du château » dit la reine dans une lettre.

Dans la moiteur de ce petit matin de juillet où tout le monde dort encore, au milieu de l’odeur de terre humide et du lourd jasmin qui embaume l’air, un choc se produit. La reine, le colossal orateur, le « monstre » comme elle l’appelle, face à face !

Marie-Antoinette frémit de dégoût en le voyant débarquer. Oh, elle reste digne, même si cette entrevue la blesse dans sa fierté. Mais de toute façon, plus rien à faire, le sort est scellé : la reine allait mourir... Bref : on ne sait pas ce qu’ils se sont dit, mais Mirabeau ressort de là en disant à son neveu :

« Elle est bien grande, bien noble et bien malheureuse, mais je la sauverai. »

Ben alors, le Mirabeau, il joue de quel côté ? C’est pas un révolutionnaire ? Du côté de ses copains révolutionnaires, il joue leur jeu... mais joue aussi du côté du roi. Mais ce n’est qu’en avril 1791, après sa mort, qu’on découvre son double jeu.

Et dire qu’on le pleurait, dans les chaumières, lui, le premier homme à entrer au Panthéon ! En 1793, ses lettres secrètes avec le roi sont découvertes : rôôôh le scandale ! Zou, on le vire du Panthéon, sous les insultes...


Et encore !