Mariage franco-belge à Compiègne !

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Louise d'Orléans par Winterhalter - ©Wikimedia Commons • Léopold Ier par Winterhalter Louise d'Orléans par Winterhalter - ©Wikimedia Commons • Léopold Ier par Winterhalter
Château de Compiègne Château Mariage

Château de Compiègne, 9 août 1832.

Venez assister au mariage de la fille du roi des Français Louis-Philippe, Louise d’Orléans, avec le roi des Belges Léopold Ier !

Brrr... il règne une ambiance sinistre, dans la chapelle du palais ! Louise, terne et absente, s’est résignée devant ce mariage de raison. Une pauvre loque, face à ce mari qui a l'âge d'être son père.

Ca commence mal, vous trouvez ? Attendez, il pourrait y avoir des surprises en chemin...

Présentation du couple !

Léopold

Voici Léopold de Saxe-Cobourg, 1er roi des Belges !

Il fait partie de l’armée impériale russe, combat Napoléon Ier avant d’épouser la fille du roi d’Angleterre, Charlotte de Galles.

Celle-ci disparue à 21 ans en 1817, on offre à Léopold le trône de Grèce (qui vient juste d'obtenir son indépendance de l’empire ottoman).

Il refuse. La situation là-bas est encore bien trop tendue !

Mais comme il a de très bonnes relations avec le gratin européen, on le choisit comme tout premier roi des Belges, le 4 juin 1831.

Louise

Née Louise-Marie-Thérèse-Charlotte-Isabelle d’Orléans le 3 avril 1812, c’est la fille aînée de Louis-Philippe d’Orléans, roi des Français. Celui avec la tête de poire, vous savez ?

Devinez qui se cache derrière sa mère, Louise-Adélaïde de Bourbon... la fille de la sœur de Marie-Antoinette, Marie-Caroline d’Autriche !

La Belgique unie à la France, mais pourquoi ?

Figurez-vous qu'avant Léopold Ier du nom, la Belgique actuelle n’existe pas !

C’est un territoire régi par les Hollandais : une révolution en 1830 va lui permettre d’accéder à l’indépendance.

A la base, c’est même le fils de Louis-Philippe (oui, le futur beau-frère de Léopold) qui doit devenir roi de Belgique.

Mais les Anglais s’y opposent violemment, vous pensez : la France, la mort dans l'âme, doit renoncer à la couronne belge.

Alors, pour ne pas heurter l’égo du roi des Français, on lui promet que le nouveau roi belge épousera... sa fille !

Un sacrifice très pénible...

La réaction de la princesse Louise, à l’annonce du mariage ? Elle enrage !

C’est un « sacrifice de raison, un sacrifice pour l’avenir très pénible ». Oulà !

Louise, 20 ans, sait juste de son futur mari qu’il a 22 ans de plus qu’elle, qu’il est austère, luthérien, veuf depuis 14 ans.

En un mot, son fiancé lui « est aussi indifférent que l’homme qui passe dans la rue »...

Compiègne ou Paris ?

La cérémonie aurait dû avoir lieu à Paris, mais c’est finalement à Compiègne qu'elle se déroule. La capitale est en effet sous le coup d'une grave épidémie de choléra !

Après avoir ravagé les Indes dès 1826, le choléra sème la mort jusqu'en Russie, en passant par la Turquie, les pays baltes, puis l'Angleterre.

Signalé à Calais début mars 1832, elle fera plus de 18 000 morts rien qu'à Paris.

Simple et rapide !

Ce qui s'annonce comme un traditionnel mariage de raison se déroule dans la chapelle du château de Compiègne.

Le mariage se compose d’une cérémonie civile, puis d’une messe catholique et d’une bénédiction luthérienne, Léopold étant protestant.

On n’a jamais vu un mariage aussi peu coûteux et aussi simple. La messe dure à peine 10 minutes !

Surprise !

Louise se rend vite compte que son mari n’est pas ce monstre de froideur qu'elle avait imaginé.

Délicat, très sensible, il lui arrive de pleurer ! Louise écrit à sa mère quelques jours après le mariage, une fois en Belgique :

« Je suis parfaitement à l'aise avec lui. Je lui parle de tout, je le consulte sur tout. Je suis contente de ses sentiments et de ses principes moraux qui sont tout à fait les miens. Et vous ne vous faites aucune idée de sa bonté pour moi... j'en suis profondément touchée.

Hier, quand j'ai passé la frontière, quand ce sol de France qui m'est si cher s'est enfui devant mes pas, je n'ai pu retenir mes larmes. Le roi a été peiné du chagrin que j'éprouvais, et il s'est mis à pleurer aussi. Je ne saurais dire combien j'en ai été touchée. »

(La cour de Belgique et la cour de France de 1832 à 1850 : lettres intimes de Louise-Marie d'Orléans, première reine des Belges, au roi Louis-Philippe et à la reine Marie-Amélie, 1933)

Les enfants du couple

Louise et Léopold ont-ils eu des enfants ? Oui ! Quatre, tous nés au château de Laeken, au nord de Bruxelles :

• Louis-Philippe-Léopold (remarquez l'habile combinaison des prénoms des deux grands-pères), né en 1833. Le petit Babochon, comme le surnomme sa maman, meurt d’une inflammation des muqueuses, âgé d'1 an à peine ;

• Le futur roi des Belges Léopold II, né en 1835 ;

• Philippe, né en 1837. Le futur papa du roi Albert Ier de Belgique, et donc, l'ancêtre de tous les membres actuels de la famille royale belge !

• Charlotte, née en 1840. La future impératrice du Mexique, par son mariage avec Ferdinand-Maximilien d'Autriche.

Zoom sur les relations de couple

Louise et Léopold mènent une vie toute simple. « Nous restons toujours seuls », écrit-elle. Puis : « C'est le roi qui fait tout... tout ce qu'il y a de bien, du moins. »

Plus les jours passent, plus Louise semble ravie de sa nouvelle vie :

« La tendresse du roi, sa rare sérénité d'âme, sa parfaite bonté me touchent et m'inspirent une affection basée sur une profonde estime comme toutes les affections durables. Et je dois dire qu'il est très sensible à ma manière  d'être et très heureux de la tendresse que je lui témoigne. »

(La cour de Belgique et la cour de France de 1832 à 1850 : lettres intimes de Louise-Marie d'Orléans, première reine des Belges, au roi Louis-Philippe et à la reine Marie-Amélie, 1933)

Elle que ses parents ont connu timide la redécouvrent à travers ses lettres : « Je suis plus expansive, nullement timide et embarrassée avec lui. »

Incroyable ! Le mariage de raison se transformerait-il en belle histoire d'amour ?

« Il y a eu hier un mois que je me suis mariée, cependant je suis déjà heureuse, je l'aime et je l'estime surtout profondément. Il est difficile de trouver un homme moins égoïste, plus délicat, plus sain, d'une humeur plus douce et plus égale. Mon cœur eut choisi qu'il n'eut pas choisi autrement. »

(La cour de Belgique et la cour de France de 1832 à 1850 : lettres intimes de Louise-Marie d'Orléans, première reine des Belges, au roi Louis-Philippe et à la reine Marie-Amélie, 1933)

Louise redevient une vraie ado. Tenez : après une courte absence du roi, elle écrit : « Nous nous sommes revus avec autant de plaisir que si nous avions été séparés plusieurs semaines. C'en était presque ridicule, et j'en étais honteuse. »

Arcadie, la maîtresse

Léopold Ier, malgré son infinie tendresse pour sa Louise, finit par prendre une maîtresse. Il n'en aura qu'une, mais ce sera LE grand amour !

Elle s’appelle Arcadie Claret. Elle a de jolis yeux de biche et une douceur infinie qui font chavirer le cœur de Léopold.

Scandale à la cour du roi de Belgique ! Il la rencontre à plus de 40 ans, elle a à peine 16 ans, en 1844... Ils auront deux fils, Arthur et Georges-Frédéric von Eppinghoven, et leur histoire improbable durera plus de 20 ans.

Musset et son Fantasio

L’histoire de Louise et Léopold inspire à Alfred de Musset l’intrigue de son Fantasio, la célèbre comédie de 1834.

Musset connaît la princesse par le biais du frère de celle-ci, le duc de Chartres, avec qui il est allé au lycée !

Conclusion

Quelques jours après le mariage, la princesse Louise d'Orléans quitte la France pour le nord de Bruxelles et son palais de Laeken. Un déchirement !

Pourtant, Louise fera des merveilles, dans son nouveau pays.

Par sa douceur et sa générosité, elle conquiert le cœur des Belges, jusqu’à sa mort en 1850, à seulement 38 ans. Léopold lui survit 15 ans.


Et encore !