Maman Quiou veille sur son petit roi de Rome

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Médaille pour la naissance du roi de Rome - ©Defranoux / CC-BY-SA Médaille pour la naissance du roi de Rome - ©Defranoux / CC-BY-SA
Château de Courtanvaux Château Napoléon II Maman Quiou

Louise et le fiston de Napo

Les Tellier gardent le château jusqu'en 1781, date à laquelle il passe dans la famille de Montesquiou-Fezensac. On compte dans cette famille Louise-Charlotte Le Tellier, comtesse de Montesquiou, gouvernante du roi de Rome... le fils de Napoléon Ier et de l'impératrice Marie-Louise ! Le petit la surnomme affectueusement « maman Quiou »... A Courtanvaux, ce sont eux qui procèdent aux premières restaurations dans le style troubadour, en 1815.

Louise naît au château en 1765, c’est la petite-fille de Louvois ! En 1780, elle épouse Pierre de Montesquiou, futur comte de l’Empire : elle a tout juste 15 ans (comme Anne de Souvré, tiens) !

Et voilà que Napoléon Ier la nomme Gouvernante des Enfants de France en 1809, en remplacement de Talleyrand. Le Corse l’appréciait beaucoup et avoue qu’elle a été « juste parfaite pour son fils » ! Elle est là, lors de l’accouchement, en mars 1811. La duchesse d’Abrantès rapporte dans ses Mémoires :

« Mme de Montesquiou était derrière Marie-Louise dont elle tenait la tête en l’encourageant par ces paroles : « Allons, Madame, courage, vos précieux jours ne sont pas en danger. Je suis passée par là moi aussi... »

Ze suis le roi, na !

Plus qu'une nounou, Louise devient une mère pour le petit, l’accompagnant partout : il ne la quitte pas d’une semelle, se jette dans ses bras dès qu’elle s’est éloignée plus de 30 secondes.

Un jour qu’ils sont aux Tuileries, Napoléon dans son bureau, le petit échappe à sa surveillance et fonce devant le bureau de son père. Manque de bol, un garde lui barre le chemin : Napo a donné l’ordre de ne laisser entrer personne ! « Laissez-moi entrer, ze veux voir pôpa, ze suis le petit roi ! », piaille le petit. Rien n’y fait, le garde refuse : « Je ne peux pas ouvrir, vous êtes tout seul ». Oui, papa Napo avait donné l’ordre que jamais l’enfant ne quitte sa gouvernante...

Mais Louise arrive aussitôt et le petit lui prend la main en réitérant : « Ouvrez-moi, ze suis le petit roi ! » Et la porte s’ouvre devant un gamin tout fier, la menotte dans celle de sa gouvernante...

Adieu...

Et puis, arrive l’exil sur l’île d’Elbe pour l'Empereur : Louise doit fuir avec le petit à Vienne. Son fils, Anatole de Montesquiou, la rejoint, mais bientôt on murmure qu’il est venu prendre le petit roi pour le ramener en France ! Anatole se fait arrêter. On raconte partout qu’un complot tramé par les Montesquiou se prépare... Oh là, il fallait éloigner Louise du petit ! On imagine les adieux déchirants... Elle écrit :

« Je songeais à être la première au moment du réveil de l’enfant à l’occasion du jour anniversaire de sa naissance. Je donnais donc ordre à sa berceuse, au moment où il ouvrirait les yeux, de l’apporter dans mes bras.

Alors je l’embrassai de tout mon cœur. Je lui appris qu’il avait 4 ans et je lui demandais depuis combien de temps il m’aimait. Il me répondit : « Depuis 4 ans ». Et ajouta : « Je vous aimerai toute ma vie... »

Tout ce qu’elle emporte avec elle comme souvenir est la layette du petit. Elle et son fils restent enfermés plusieurs mois avant de pouvoir regagner la France. Louise passera le reste de ses jours à Courtanvaux, et y mourut à l’âge de 70 ans, en 1835... 3 ans après la mort du prince, dont elle n’eut plus jamais de nouvelles.


Et encore !