Maltraitance sur les mers : l'histoire du capitaine du Trévou au château du Taureau

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Le château - ©Thesupermat / CC-BY-SA Le château - ©Thesupermat / CC-BY-SA
Château du Taureau Château

Le fort du Taureau, c’est un peu le château d’If de l’Atlantique !

Dès 1721, il sert de prison : des nobles enfermés sur lettres de cachets, puis des révolutionnaires de tous poils.

Je vous présente un des prisonniers les plus célèbres, avec Auguste Blanqui : Jean-Baptiste du Trévou, enfermé en novembre 1792.

Oh, le nom ne vous dira rien... mais son histoire (édifiante) mérite d’être racontée !

Le Papillon et son commandant

Voilà donc Jean-Baptiste du Trévou, le fier commandant de la corvette Le Papillon, en 1788, ancien lieutenant de vaisseau de Brest et chevalier de Saint-Louis...

Un joli CV, voui... qui pourtant ne l'empêche pas de se retrouver ici, en novembre 1792, au trou au fort du Taureau.

Ce qu’il a fait ? Mauvais traitements sur ses hommes d’équipage, au cours d’une expédition vers l’Inde...

Hééé, pire que mauvais : barbares, cruels. De la torture !

Trévou était devenu parano, croyant qu’on conspirait de tous les côtés à bord de son rafiot. Le fou entendait punir tout les monde...

Des punitions inexplicables

Ca commence par deux matelots maltraités à coups de pieds et de corde, sans que personne ne sache pourquoi.

Ensuite, Trévou traite le pilote de « sot et de manant » et le met au trou pendant 8 jours, après lui avoir dit de faire attention aux airs arrogants qu’il prenait avec lui.

Un autre jour, il réunit l'équipage : il trouve ses gars... désobéissants.

C’est un matelot qui prend, attaché à un canon avec la pancarte « sujet désobéissant et incorrigible » autour du cou, puis fouetté jusqu'au sang.

Sans encore ne pas comprendre ce qu’ils ont fait !

Supplice de la cale et pétage de plombs

Mais ça continue : Trévou est persuadé qu’on complote dans son dos, menaçant de mort tout l’équipage.

Pire, il leur fait subir le supplice de la cale. Un classique de la torture maritime !

On attache la victime par une corde, et on la hisse à la vergue du grand mât du bateau (la pièce de bois perpendiculaire), avant de la précipiter dans la mer, parfois les pieds lestés avec un poids, ce qui la maintenait sous l’eau.

Opération parfois répétée 4 ou 5 fois, avec des risques mortels, bien sûr.

Un mousse à bout de nerfs finit par se jeter à la mer pour en finir, mais on le sauve de justesse !

5 mois de cauchemar

Vous avez compris : je ne continue pas la longue liste des sévices subis pendant tout le voyage. Les mêmes choses se renouvellent tous les jours !

Le cauchemar dure du 20 juin 1788 au 22 novembre 1788.

Une fois revenu en Bretagne, l’équipage raconte son histoire. Personne ne les croit, au début, tu parles ! Trévou fait partie de la noblesse, il est quasi in-tou-chable.

On décide juste de lui enlever le commandement et on l’envoie en Angleterre un moment...

Enfemé au fort du Taureau

Mais vu le nombre de témoignages édifiants et le foisonnement de détails, ça ne fait aucun doute : Trévou est coupable.

Hop, la maréchaussée l’arrête, et l'enferme au Taureau en novembre 1792.

Hé bien, Trévou va s’échapper de sa geôle avec une corde faite avec ses draps et ses vêtements. Voui, m’dame !

La mer devait être mauvaise : on retrouve son cadavre sur une plage voisine près de Plouézoch, le matin du 23 janvier 1793...


Et encore !