Mademoiselle Papillon et le préventorium de Valloires

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Tombe de Thérèse - ©Mikola77 / CC-BY-SA Tombe de Thérèse - ©Mikola77 / CC-BY-SA
Abbaye de Valloires Abbaye Cistercien

Depuis la Révolution Française (qui laisse l’abbaye intacte, fait rare), Valloires en a connue, des vies…

La venue en 1817 d’une confrérie laïque belge, les Basiliens, la transformation en orphelinat, en 1887… jusqu’à la vente en 1906 et la reconversion en hôpital militaire belge, entre 1915 et 1919.

Et nous voilà en 1922...

Préventorium ??

En 1922, donc, l’abbaye de Valloires devient préventorium. Préven-quoi ??

Le préventorium accueille des enfants infectés par la tuberculose, mais qui n’ont pas développé la forme active de la maladie.

Et si vous vous demandez, ce mot un peu barbare vient de « préventif » et de la fin du mot « sanatorium », l’établissement spécialisé dans le traitement de la tuberculose !

Le projet de Valloires

Ce projet de transformation en préventorium, on le doit à Mlle Thérèse Papillon, qui débarque à Valloires avec l’idée de racheter l'abbaye.

Son projet ? « Du soleil et de la joie pour les petits enfants », comme le dit un article paru dans Le Petit Journal du 5 septembre 1929.

En 1929, près de 300 enfants infectés viennent pour 10 francs par jour (pas cher, pour l’époque) profiter de soins et, surtout, du grand air frais de la campagne picarde.

Les infirmières, des dames bénévoles de la bonne société, prodiguent leurs soins aux petits patients, qui ont besoin de repos et d’une alimentation variée.

La tuberculose pendant la guerre

Le vrai combat de Mlle Papillon commence après la guerre, dans une Picardie totalement sinistrée. Auprès des enfants qui souffrent de diverses pathologies, mais surtout de tuberculose.

Cette saleté a déjà fait des ravages dans les tranchées, à cause du manque de nourriture et de la promiscuité.

Une maladie pulmonaire super contagieuse, qui ravage complètement la France, à l’époque. Le Service de Santé aux Armées pendant la Première Guerre Mondiale (Alain Larcan, 2008, éd LBM) nous précise :

« Entre 1914 et 1918, près de 150 000 cas avérés sur 400 000 cas suspects furent diagnostiqués dans les armées françaises, causant près de 40 000 morts. » 

A cause des conditions de vie, tiens. Les mêmes que dans les tranchées ! Les gens vivent entassés dans les villes, dans la pauvreté, le manque d’hygiène, la malnutrition...

On découvre le bacille de la maladie en 1882 : il faut attendre 1921 pour voir arriver le premier vaccin...

Qui est Mlle Papillon ?

Mais qui se cache derrière la bonne âme à l’origine de ce projet, Mlle Papillon ?

Thérèse naît en 1886 à Saint-Germain-en-Laye, près de Paris.

Sa vocation ? Infirmière ! Puis, elle devient professeur à l’école d’infirmières de sa ville. Ca tombe bien, la 1re Guerre Mondiale arrive !

Thérèse part pour le front, pour la bataille de la Somme. Elle aura tant à faire, là-bas, quand on sait la boucherie que 14-18 a été...

Elle reçoit la Croix de Guerre et la croix de chevalier de la Légion d’Honneur, pour tous ses services.

Conclusion

Bien sûr, pendant la 2nde Guerre, la courageuse Thérèse entre dans la Résistance et cache même des enfants juifs, à Valloires. Toujours fidèlement épaulée par son frère Jean-Baptiste...

Le Papillon de l’abbaye pousse son dernier soupir un jour de mars 1983, à Valloires, où elle repose aux côtés de son frère.

Le préventorium, lui, a fonctionné jusqu’en 1974.


Et encore !